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LES PORTRAITS DE VAN DYCK

Par la qualité de l'invention, par la saveur clu travail, le Christ au roseau mérite d'être opposé à ceux qui absorbent trop volontiers la gloire de Y an Dyck dans celle de Rubens.

Ce joyau n'est pourtant pas le plus haut titre de Van Dyck aquafortiste. Sa supériorité a éclaté, surtout quand il ne s’est pas soucié de la produire. Jaloux de fixer la physionomie de quelques-uns de ses confrères ou de ses amis, au lieu de la crayonner sur une feuille de papier, il la traça à la pointe sur le cuivre. Il le fit sans aucun souci d'art, avec le seul plaisir de conserver des figures sympathiques et, de cette indifférence et de cette joie, naquirent des pages belles de spontanéité et de chaleur intime. La pointe a couru sur la plaque vernie avec la rapidité du crayon, et l’artiste s'est arrêté, non quand l'œuvre était achevée au sens extérieur du terme, mais quand il avait résumé l’essentiel de ce qu'il voulait dire. De là, une sobriété rare dans les Flandres.

Indiquée d’une façon décisive et sommaire, l image émerge du papier. Ici il s’est contenté de modeler la tête, là il a ajouté quelques brèves indications de la collerette, du costume, et dessiné une main, là encore il a dessiné le buste tout entier, ou même il a Indiqué un fond de paysage ; tantôt c'est un simple crayon sans aucun effet ; tantôt il y a jeu de lumière, puissance, éclat et, sans que l'on puisse toujours expliquer pourquoi il n’a pas dépassé tel degré, on devine que, jamais, il n’a agi par caprice et souvent l’on entrevoit ses raisons. N’avait-il pas tout dit, quand il avait brièvement, gravement, dessiné la droite et loyale figure de Snyders, quand il avait attesté ce regard franc et limpide ? Au contraire, pour raconter l’exubérance de santé de gaité de Snellincks , il fallait présenter le personnage tout entier : et eût-on compris la fière allure, le caractère somptueux, altier, le génie bilieux de Lucas V orsterman (fig. 46) sans une théâtrale mise en scène? Aussi, dans cette courte série — elle ne comprend que dix-huit pièces — règne la plus extrême variété, et les pages discrètes qui évoquent, avec plus de finesse et moins d’abandon, les chefsd’œuvre des Clouet ou d’Holbein, y succèdent à celles qui appellent le souvenir de Franz Hais : ainsi Josse de Momper , l’homme au gant, d’une venue si hautement cavalière.

Ce ne sont pas des portraits intimes, on voit que les originaux ont posé devant l’artiste, mais on sent aussi une communication entre le peintre et ses modèles. Van Dyck, familier des rois et des princes, leur a refusé cette gloire qu’il a réservée à des amis personnels, artistes comme lui ou bourgeois obscurs.

Fig. 46. — Van Dyck. Portrait de Lucas Vorsterman.

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