ICONOGRAPHIE DE VAN DYCK
Que si l'on essaye de scruter les moyens par lesquels des résultats si francs ont été obtenus, on reste surpris de leur simplicité. Les chairs modelées par des points, les cheveux dessinés en traits souples, les ombres suggérées par des traits parallèles qui balafrent les contours, tout constitue une technique rationnelle, étrangère aux recettes d’atelier. Le génie seul a pu tirer de tels éléments un si beau parti.
Yan Dyck, cependant, dirigeait la publication d’un recueil de portraits de ses plus illustres contemporains. Cette Iconographie était une entreprise commerciale tout au moins autant qu’artistique. Yan Dyck avait réuni un groupe de graveurs parmi lesquels figurent les meilleurs des auxiliaires de Rubens, Lucas Yorsterman, Paul Pontius, Peter de Jode, les Bolswert. Le peintre peignait des esquisses en camaïeu que ses collaborateurs gravaient au burin selon leurs procédés coutumiers. L’on admirerait davantage leurs œuvres si elles ne subissaient l’écrasante comparaison des pièces que nous venons d’examiner. Ces pièces, Yan Dyck résolut de les incorporer dans l’ensemble et, soit scrupule d’unité, soit dédain pour le goût public, soit enfin que lui-même se refusât à communiquer à la foule des croquis intimes, il crut nécessaire de les faire achever et compléter au burin. Ainsi modifiées, même par les mains les plus expertes, ces pages délicates ont été, sinon toutes abîmées, au moins toutes alourdies. Le propre portrait de Yan Dyck, tête fièrement jetée au haut d’une feuille blanche, confidence exquise de ce gentilhomme né, est méconnaissable dans la composition banale dont on l’a serti pour le frontispice du recueil. D’autres portraits, fort heureusement, ont été à peine retouchés. Tous, il faut les voir dans leur fleur, dans les rares épreuves qui nous ont été conservées.
L’élan que Rubens et Yan Dyck avaient imprimé à la gravure flamande ne leur survécut pas. Comme elle l’avait fait avant eux, la gravure s’enlisa de nouveau, dans les besognes mercantiles, et la décadence politique de l’empire espagnol en rendit la chute plus profonde.
YI. L’heure de la décadence des Flandres coïncida avec l’apogée de la puissance hollandaise. Rubens et Yan Dyck mouraient au moment où Rembrandt arrivait à l’âge de maturité. Quelques minutes d’abandon avaient valu aux Flandres les plus belles estampes dont elles se puissent glorifier: l’abandon, la sincérité, furent la règle constante de l’art hollandais et la gravure, propice aux expansions et aux méditations intimes, joua, dans leur développement artistique, un rôle essentiel. Cela même renversa le