RUYSDAEL
des animaux, allaient être désormais le propre des artistes hollandais. Everdingen leur en donna le double exemple.
Après Everdmgen, les animaliers graveurs furent très nombreux, lespaysagistes plus rares. Dix pièces constituent l’œuvre gravé de Ruysdael (1628-1682) : encore aucune d’elles n’appartient à l’époque de sa maturité et ne reflète l’ampleur et la sérénité de ses grandes peintures. Les premières ont été conçues sous l’influence manifeste d’Everdingen. Ce sont des paysages tourmentés ou de grands arbres ambitieux élèvent leurs, troncs et leurs rameaux tordus jusqu’au ciel, compositions puissantes, dessinées avec une extraordinaire sûreté et* qui, par le jeu des traits, presque sans aucune indication de modelé, obtiennent un étonnant relief. Les Deux paysans, et leur chien [B. 2], la Chaumière au sommet de la colline [B. 3], sont animés d’une fougue à laquelle s’ajoute une poésie grandiose dans la pièce des Voyageurs [B. 4], où des arbres touffus émergent parmi des étangs (fîg. 50). Le Bouquet de trois chênes [B. 6], le seul morceau qui soit daté, — il porte la date de 1649 — marque une évolution dans la conception et dans la technique. La pensée s’est rassérénée, elle est devenue plus simple et plus personnelle : si les trois chênes se profilent encore avec une fierté romantique, on sent mieux l’observation; la compréhension est plus souple et plus riche ; en même temps, les grands linéaments qui sculptaient les formes, non sans dureté, cèdent la place à de petits traits hachés qui indiquent les masses sans les priver de leur souplesse. L’évolution est achevée dans le Ruisseau traversant le village [B. 7], ou dans le Champ bordé d’arbres [B. 5], calme et savoureux. Ce sont, malheureusement, les dernières eaux-fortes du maître.
Antoine Waterloo (1618-1662), son contemporain, grava d’une pointe très fine des paysages très inégaux, parfois peu sentis, dont les meilleurs ne sont pas sans grâce.
En face des génies nationaux, voici les italianisants. Jan Both d’Italie (1610-1652), dans les grandes machines prétentieuses où il se guindé,, échappe involontairement à la froideur, parce qu’il s’intéresse à la lumière,, aux groupes pittoresques, aux troupeaux et à leurs pâtres 1 (le Muletier [B. 6], les Deux vaches [B. 8]).
Pour que le soleil méditerranéen inspire un hollandais, il faut qu’il enveloppe de ses rayons des scènes familières. On pardonne à Berchem
1 Au contraire Abraham Genoels (1640-1723) est un type de solennel et insipide italianisant-
LES ITALIANISANTS
(1620-1683) d’avoir franchi les Alpes, parce qu’il ne tenta dans les terres classiques rien d’héroïque ou de traditionnel, et qu’il chercha parmi ces sites différents à satisfaire les instincts de sa race.
Berchem avait un sentiment remarquable de la lumière. Il la répand intense dans ses estampes ; le soleil ne remplit pas seulement l’horizon, il pénètre parfois et mange les formes. Berchem obtient cette irradiation, sans effort apparent; il se garde bien d’introduire des masses noires, sous prétexte défaire contraste aux lumières ; avec le même instinct que (nos