BERCHEM. KAREL DU JARDIN
peintres impressionnistes, il tient toute sa planche dans la gamme la plus claire, et c’est par la simplification du relief écrasé par le soleil, par la disparition des détails qui échappent à un œil éhloui qu’il crée en nous l'illusion. La pièce qui passe d’ordinaire pour son chef-d’œuvre et que ses admirateurs ont surnommée « le diamant », le Joueur de cornemuse [B. 4] est précisément d’un effet plus sec, parce que les noirs, d’ailleurs très beaux de qualité, n’y ont pas été évités.
Dans tous les paysages de Berchem, les animaux domestiques interviennent ; ils n’y jouent jamais un rôle négligeable et souvent ils occupent la première place. Ce sont des moutons, des vaches, des chèvres, moins souvent des chevaux, surpris dans leurs attitudes familières, broutant, ruminant, au repos, à l’abreuvoir, conduits sur les routes, passant des gués, sans aucun souci de noblesse artificielle, avec un plein désir de sincérité. Berchem les aime, non comme des figurants capables d’animer un ensemble, mais pour eux-mêmes ; il éprouve un plaisir à nous les présenter dans la vérité de leurs formes, et dans quelques suites désignées par deux frontispices, les deux cahiers à l'homme , les deux cahiers à la femme , les Vaches à la laitière , il nous donne, en dehors de toute anecdote, de tout prétexte épisodique, de véritables portraits de bestiaux. Ce ne sont pas les pages les moins intéressantes de son œuvre, non plus que les têtes de boucs qu’il a dessinées, la Tête de bouc à gros traits [B. 17] avant les autres (fi g. 65). On ne saurait lui adresser d'autre reproche que d’attribuer souvent aux bêtes un regard spirituel et quasihumain.
La technique de Berchem est fortement influencée par l’exemple du burin ; il trace, avec des pointes de différentes finesses, des traits plus ou moins forts ou légers, et cette régularité bien inutile donne à ses estampes un caractère un peu trop arrêté ou écrit.
Il y a plus de liberté chez son élève, Karel du Jardin (1635-1678) qui procède par petits traits, courts, hachés, et en dit plus à moins de frais. L’observation, chez Karel du Jardin, a aussi plus de finesse et ses animaux, plus largement traités, gardent le regard vide et morne dont la nature les a dotés. Les types sont moins sélectionnés et à côté des belles bêtes figurent des chevaux efflanqués comme ceux que Méryon a copiés. Les Deux ânes (1652) [B. 6], les Quatre chèvres [B. 13], les Deux bœufs (1655), [B. 24], les Trois cochons près de la haie [B. 16J, des études de brebis (Hg. 51) comptent parmi les meilleurs morceaux de du Jardin. Supérieur à Berchem comme animalier, il ne rivalise pas avec lui comme pavsa-