PAUL POTIER
déjà arrivées et se reposent. On découvre, au delà de l'étang, la silhouette d'une ville dont le vague s'oppose à la précision du premier plan. Le Berger de 1644 [B. 15] traduit des préoccupations semblables et, de plus, une recherche des effets de lumière. Sur Un tertre un berger étendu joue de la flûte : son chien est près de lui ; à ses pieds paissent ses brebis ; au loin, s’étend un vaste champ dans lequel est presque perdu un laboureur à sa charrue; des collines, une église, ferment l'horizon. Le soleil, en son plein, étend sur toutes choses ses rayons contre lesquels l’homme et quelques-unes de ses bêtes se sont imparfaitement protégés.
Par la suite, Potter renonce à des ensembles si vastes; il abandonne les panoramas, ne désire plus le pittoresque : il se montre épris uniquement de vérité et de vérité particulière; sa curiosité se concentre sur un objet déterminé qu'il scrute avec plus d'exigence.
Il ne trace désormais que des monographies, mais celles-ci sont définitives. A la précision des formes générales, aux traits qui caractérisent la race ou l'espèce s'ajoute, indiquée d’une pointe qui se joue, la notation de la robe, du pelage (fig. 52). Ici le poil est hérissé, là il forme une grosse mèche; sur le flanc d’une vache restent collées des bouses. Le Taureau de 1650 [B. I] est le frère du célèbre Taureau de La Haye, peint trois ans auparavant et ne lui cède en rien. Deux ans plus tard, en 1652, il publie, d’une pointe plus grêle, une suite de chevaux et oppose à son cheval opulent des Fris-es, des rosses poussives et décharnées; [B. 9-13]. Il est dans sa vingt-huitième année, la mort le guette.
Considérait-il, ainsi que l'a pensé Fromentin, les travaux d’observation aiguë, dans lesquels il se cantonnait, comme une préparation nécessaire à des grandes compositions qu'il lui fut refusé de mûrir? Songeait-il à reprendre avec plus d’ampleur le Vacher et le Berger ? Il semble, au contraire, qu'il ait subi l’évolution qui entraînait les meilleurs esprits de , son temps : partis de la recherche du pittoresque dictée par l’Italie, ils renonçaient peu à peu aux conceptions ambitieuses, pour donner un jeu plus libre à leur instinct modeste et puissant de véracité.
Pareille aventure arriva à son émule excellent, A. Yan de Yelde (1635? — 1672). Il débuta, comme graveur, en 1653, par une grande pièce: \q Berger et la Bergère avec leur troupeau [B. VT], belle et lumineuse composition où sedevinaitl’influence de Berchem ;il continua par des estampes plus restreintes, dessinant taureaux, vaches, bœufs ou chèvres avec une verve et une force qui le font, de tous ses contemporains, le plus
ANIMALIERS HOLLANDAIS
proche de Potter ; la suite qu’il publia en 1670 et où figurent les Deux Moutons [B. 15] est également fort belle.
La passion pour les animaux domestiques, cette passion vraiment
nationale, même quand elle s'appliquait en Italie, n’inspira pas seulement ces illustres maîtres. La liste serait trop longue de ceux qui, quelque jour, tracèrent à l'eau-forte des croquis bien venus de vaches ou de chevaux. Les rosses que dessina J. Y an Àcken méritent d'être regardées [B. 1-6] et aussi celles que le Bamboche, Peter de Laer (1590-après 1656) observa