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L ART DE REMBRANDT

figure d'un comparse, nous sollicitait vers des -personnages de second plan; des corrections remettent les figurants à leur place et Je récit s’ordonne avec une parfaite unité. Dans Y Ange disparaissant devant la famille de Tobie (1641) (fig. 57), l’effet est plus subtil; tout converge sur le céleste messager qui s'évanouit, éblouissant, dans l'espace. La sollicitude de l’artiste s’applique à souligner le jeu lumineux et irréel, et rien n’est plus curieux que de suivre la pointe qui modèle la lumière et l’ombre par des indications paradoxales et d’un effet absolu. Parfois, surtout dans les pages de l’âge mûr, les états témoignent non des progrès, mais de l’incertitude d’une pensée inquiète et ce n’est pas une leçon médiocre et indifférente que de voir souffrir ou hésiter le génie.

Additions ou changements, nul n’a manié le cuivre avec la hardiesse désinvolte de Rembrandt. Surtout à la fin de sa vie, il efface, reprend, transforme comme avec le fusain et la mie de pain sur une feuille de papier. Dans un portrait célèbre, le petit Coppenol, il avait dessiné, dans l’ombre, un œil-de-bœuf; au troisième état cette tache noire lui déplaît, il l’atténue, puis il lui substitue un triptyque où l’on devine, au centre, une crucifixion, mais voilà que ce triptyque détourne l’attention, il disparaît à son tour et, finalement, dans un dernier stade, l’œil-de-bœuf est reconstitué.

Rembrandt a gravé dès le début de sa carrière. Son plus ancien tableau connu, le Saint Paul dans sa prison , est de 1627 ; nous avons des estampes datées à partir de 1628. Depuis ce moment, les années ont été plus ou moins fécondes, mais il n’a jamais abandonné la pointe, jusqu’en 1661, époque où il a signé sa dernière eau forte. A-t-il fait dans ses conceptions deux catégories, a-t-il réservé à la peinture un domaine distinct ? Il ne le semble pas. Il s’est servi, tour à tour, pour les mêmes idées, des deux langages : il est tout entier dans son œuvre gravé comme dans son œuvre peint.

On voudrait pouvoir le suivre pas à pas, mesurer, d’une page à l’autre, 1’évolution de son génie, mais, sur plus de 350 estampes qui lui appartiennent, un tiers à pleine est daté. On a tenté de classer les autres et les connaisseurs s’accordent dans les dates qu’ils attribuent à la plupart des pièces ; quelques- unes cependant ne peuvent être positivement déterminées1. La complexité d’inspiration rend, par ailleurs, difficile ou approximative la classification par ordres de sujets : tout au moins,

1 Le petit Coppenol est daté de 163,2 par Middleton, de 1650 par Vosmaer; le Triomphe de Mardochée est de 1640 (Middleton), ou de 1651 (Vosmaer) etc.

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