GEOFFROY TORY
Durant ces années d'incubation, Lyon rivalise avec Paris, mais sans éclat. Les planches du meilleur ouvrage illustré sorti des presses lyonnaises, Térence, de 1493, ne paraissent point originales. C'est à Lyon, cependant, que fut publié l'unique ouvrage français du xve siècle où l'on ait fait appel à la taille douce. C'est l'édition française de la Peregrinatio de Brevdenbach qui parut en 1488, avec les grandes vues de villes gravées sur cuivre. Il n'est pas d'ailleürs démontré que lés clichés fussent vraiment français. -
IL— Le xyi6 siècle marque une ascension et une extension continues de la gravure française. C'est l'unique période où le bois, qui a seul été employé au siècle précédent, coexiste avec le cuivre qui le supplantera absolument au xvne siècle. Les graveurs ressentent le malaise qu'éprouve à ce moment, sous toutes ses formes, la pensée française travaillant à se dégager des influences étrangères qui l’enrichissent et menacent de l'accabler. Il faut enfin remarquer que, loin d'être centralisée, l'activité des graveurs s'exerce en de nombreux foyers provinciaux. Paris et Lyon restent les deux grandes villes de l'imprimerie, avec des physionomies bien tranchées. A Paris triomphe, dans l’illustration, l’influence italienne. Un nom domine, celui de Geoffroy Tory, de Bourges. Homme à idées, écrivain, auteur d’un livre inédit et bizarre, le Champ fleary , dessinateur, graveur peut-être, imprimeur,; et libraire, Tory a soutenu l'excellence de la langue française, il a contribué à faire remplacer dans l'impression en France les caractères gothiques par les lettres romaines. Tory, illustrateur, a fort rarement signé ses dessins et. le plus souvent, il s’est contenté d’y apposer une marque d’atelier, la croix de Lorraine, que d’autres, sans aucun doute, ont utilisée concurremment avec lui. Il est donc difficile de définir exactement sa production. Mais, si l’on hésite à lui attribuer telle ou telle page, rien n’est mieux déterminé que son style. L’ornementation en est la partie maîtresse : feuillages, rinceaux, cartouches, nœuds de rubans s’ordonnent avec une élégance parfaite, une légèreté grêle, où se ressent l’influence des grotesques italiens épurés et simplifiés. Il semble que les motifs s’élancent d’un jet souple vers le haut de la feuille. Des lettres sont ornées avec une semblable richesse distinguée. Les Heures de la Vierge éditées par Simon de Colines donnent la meilleure idée de ce luxe exquis (fig. 66). De même, quelques marques de libraires, comme celle de Simon Galvarin (1558).
Les dessins de Tory ne se recommandent parfois que par leur con-