‹ La Grèce ancienneChapitre 116 sur 144 · vu. I · texte numérisé non relu

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\. — LES MEHCENAIRES. 271

(le Spai'te môme — nous ne disons pas sous ses murs, car les Spartiates, confiants dans la force de leurs bras, n'avaient jamais voulu iortilier leur ville — et pense un instant s'en emparer. Pourtant, dans cette crise suprême, la valeur Spartiate remporte un dernier succès, et le vieil Agésilas, à la tète de sa dernière armée, mano'uvre si hien qu'il force Epaminondas à la retraite. Epaminondas, en se retirant, laissait du moins le Péloponèse transformé. Il avait reconstruit Messène — dont les fortitications ont laissé d'imposantes ruines — et créé en Arcadie la ville de Mégalopolis, située sur une route stratégique. Il avait mis garnison à Tégée, autre ville d'Arcadie. Sparte se trouvait donc bloquée non point seulement dans le Péloponèse, mais dans un cul-de-sac de cette péninsule où elle était naguère encore la cité suzeraine et maîtresse.

Mais plusieurs choses gênaient Epaminondas : ses incursions ne pouvaient, conformément à la nature des bandes qu'il conduisait, se prolonger au delà du temps nécessaire pour consommer les produits du pillage. En outre, la démocratie thébaine, comme toutes les démocraties, se montrait jalouse et soupçonneuse à son égard, et il eut à traverser un temps de disgrâce. En troisième lieu, ces Thessaliens dont nous avons constaté le réveil, et en particulier le « tyran » Alexandre de Plières, se montraient remuants sur les frontières du Nord, tandis que sur la frontière du Sud les Athéniens, inquiets de la trop rapide expansion thébaine, se retournaient vers Sparte, leur vieille ennemie. Enfin, les clans de montagnards arcadiens ne pouvaient s'entendre les uns avec les autres. Les Mantinéens, notamment, ennemis des Tégéates, appelèrent Agésilas, et les Thébains durent faire une nouvelle invasion pour remettre sur pied leur œuvre compromise. Ce fut, en partie, la répétition de la précédente campagne. De nouveau, Epaminondas marcha victorieusement sur Sparte et faillit encore s'en emparer. De nouveau, Agésilas exécuta des manœuvres savantes qui forcèrent son ennemi à s'éloigner. Pendant ce temps, les Athéniens arrivaient au secours de Sparte avec leur cavalerie récemment perfectionnée. Une sérieuse bataille se livra enfin à Mantinée entre les Thébains et leurs alliés d'une

part, lesLacédémonienset les Athéniens de lautre. Epaminondas y fut tué ainsi que tous ses lieutenants (362), La victoire, dessinée sur le champ de bataille en faveur des Thébains, resta pratiquement à peu près indécise. La guerre se trouva suspendue, non point qu'on manquât de gens disposés à se battre, mais les belligérants se lassaient de voir leure forces égales et de s'escrimer sans profit. Il restait aux spécialistes la ressource d'aller batailler au dehors, et l'on vit Agésilas, comme Iphicrate, faire voile pour l'Egypte où, malgré son grand âge, il combat pour détrôner le roi Takhos et le remplacer par le roi Nectaiiabis. Pour une surenchère, il eût évidemment détrôné Nectanabis et l'eût remplacé par Takhos.

L'impuissance des cités hors de leurs hmites et le retour à 1 anarchie. — La courte épopée thébaine aboutit, en somme, à prouver qu'en Grèce aucune cité nest capable de prendre l'hégémonie, et cela, parce que chaque cité n'est qu'une cité, Non seulement aucune organisation centrale ne se crée; mais, depuis la guerre du Péloponèse, nous assistons à une série de résurrectiotis locales, véritables réactions de l'esprit d'autonomie contre les contraintes extérieures : résurrection d'Athènes, résurrection de Thèbes, résurrection de l'Arcadie, résurrection de Messène. Toutes les petites indépendances, dans leurs coins de montagne, se rebifient contre les dominateurs que le militarisme Spartiate avait pensé un instant leur fournir. D'autre part, si Athènes s'est relevée, son action sur les îles et les rivages d'Asie est, en raison des habitudes rompues et des « présents d'Artaxerxès " à payer de retour, moins forte qu'avant la guerre du Péloponèse. De nouveau, les traditionnelles « révoltes d'alliés » la tiennent en haleine. Les cités grecques, en définitive, ne sont pas précisément épuisées, mais elles se neutralisent par leurs luttes perpétuelles. Quelques centaines de vigoureux gaillards qui auraient suffi à mettre en déroute des milliers de Perses, perdent obscurément leur force à lutter çà et là, dans des coins de montagne grecque, contre quelques centaines d'autres gaillards non moins vigoureux. La division en cités souveraines, merveilleuse pour

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