‹ La Grèce ancienneChapitre 117 sur 144 · X. — LES mi:r(:enaihes · texte numérisé non relu

X. — LES mi:r(:enaihes

la prniliRtiuii (le certains organismes, de certaines lumières, de certaines gloires, devient, par son exagération, un obstacle à la sécurité intérieure et à l'expansion de la race.

Mais, en même temj)s, ces luttes continuent de former des soldats d'élite, dont les procédés, maintenant mieux connus, se propagent du Sud au Nord, donnant naissance à des essais avortés de domination, comme ceux de Jason et d'Alexandre de Phères. Or, ce Nord de la Grèce recèle des masses profondes de montagnards qui ne sont pas encore descendus sur la scène, sauf à titre d' « utilités », c'est-à-dire de renforts accessoires. Mais les rùles secondaires, quand l'acteur est intelligent, suffisent à la longue pour lui faire apprendre les premiers.

Les meilleurs esprits de la Grèce ont l'intelligence de la situation. L'orateur Isocrate, avec sa lucidité d'Athénien raffiné, voit parfaitement ce qui manque à la race, et il ne cesse de répéter qu' « il faut un chef à la Grèce ». Son célèbre discours sur le Paiiégijrique d'Athènes, et plusieurs autres, traduisent ces aspirations d'une minorité pensante vers un organisme centralisateur et pacificateur. Isocrate était rhéteur, avocat, moraliste, politicien et très artiste. Il avait, après une assez longue carrière consacrée à la composition de plaidoyers, abandonné rélo([uence judiciaire, et s'était mis à composer des discours qui fussent, pour le fond, « panhelléniques et politiques » et, pour la forme , « plus semblables aux œuvres d'art qu'accompagnent la musique et le rythme qu'au langage qu'on entend devant les tribunaux ». Ce merveilleux ciseleur de paroles avait un peu rêvé de voir Athènes, sa cité, étendre son pouvoir sur toute la Grèce; mais il avait compris que ce rôle dépassait la taille de sa patrie, et il avait conçu l'idée bien nette de quelque chose de supérieur à Athènes, mais de supérieur en même temps aux autres cités, qui viendrait rétablir l'ordre au milieu de l'anarchie belligérante. M. Alfred Croiset résume ainsi ses raisonnements : « D'où vient le mal? Est-ce de la puissance du grand roi? Non. Moins de dix mille Grecs ont pu récemment traverser l'Asie entière sans être sérieusement inquiétés par toutes ses armées. Ce qui fait sa force, c'est la désunion de la Grèce.

Athènes et Sparte, par leur rivalité fratricide, l'ont grandie comme à plaisir. Même en paix, elles se haïssent et se jalousent; chacune d'elles aime mieux l'ennemi commun que sa rivale... Tout n'est que désordre et confusion... Mais... si la division de la Grèce est la source de toutes ces misères, il suffit de s'unir pour les réparer. Que toutes les cités grecques se rapprochent les unes des autres; qu'elles s'entendent enfin pour combattre le bar- ]>are, pour étendre sur l'Asie entière les lois et les civilisations de la Grèce. Pour cela, il faut qu'elles consentent à suivre une direction unique et qu'elles rétablissent à leur tète une hégémonie nécessaire ^ . » Cette citation, qui résume la substance de plusieurs discours d'Isocrate, rend parfaitement compte de l'état d'esprit qui commence à se dessiner en faveur d'une intervention extérieure et puissante, pourvu que cette intervention puisse être qualifiée de « grecque » et ne pas tomber sous l'épithète flétrissante de barbare. Kn un mot, la décentralisation, chose excellente en soi, a versé en Grèce dans l'abus et a produit des conséquences extrêmes. C'est rémiettement, c'est la guerre endémique de voisin à voisin, c'est Vanarchie intermunicipale. Si quelque grand montagnard, assez grec pour se dire le cousin de tous ces hommes, est en mesure de descendre avec des forces imposantes, en promettant à tout ce monde l'ordre et la sécurité, c'est l'heure ou jamais pour lui de se mettre en branle et d'accomplir sa mission.

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