LA QUATRIÈME DESCENTE DES MONTAGNARDS LE TYPE MACÉDONIEN
Les bannis héraclides dans la montagne. — Les Macédoniens étaient, comme les Doriens, des montagnards du type albanais, essentiellement belliqueux, mais devenus, aux yeux des Grecs du Sud, à demi barbares.
La Macédoine était un asile montagneux où ron se réfugiait. Parmi les bannis qui s'y retirent, à l'époque historique, on compte Ilippias, fils de Pisistrate. Mais tout donne à croire que ces bannis ne faisaient que suivre un mouvement commencé dans l'âge préhistorique. Les Macédoniens, en un mot, étaient un ramassis d'émigrés, comme les Héraclides, comme les Hellènes, comme les Doriens. Mais c'étaient des réfugiés qui, avant gagné la montagne lointaine et compacte, avaient perdu en grande partie, pendant longtemps, le contact avec les rivages, c'est-à-dire avec cet intense mouvement de commerce et d'idées qui produisait la civilisation grecque.
Pourtant, c'étaient des Grecs, comme le prouvaient leur langage, la physionomie de leurs noms, et leur aptitude à entrer dans l'état d'âme des autres Grecs lorsqu'ils venaient à se trouver en rapport avec eux.
Gomme les Albanais modernes, les 3Iacédoniens étaient divisés en clans remuants et hostiles, vivant de pâturage maigre, d'une culture rudimentaire, et volontiers aussi de pillage. Les meurtres et les vendettas étaient fréquents. En certains endroits,
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l'homme qui n'avait pas tué au moins un ennemi était considéré comme déshonoré.
Toutefois certaines familles jouissaient d'un grand prestige. Une bravoure supérieure, un emplacement plus avantageux, mettaient en relief tel ou tel « roi des montagnes ». Certains chefs, comme en Grèce à l'époque héroïque, parvenaient à imposer aux autres leur ascendant, puis leur direction, et réunissaient autour d'eux des « amis», ou « compagnons », ou gardes du corps qui partageaient leurs dangers comme leurs plaisirs. L'absence du type de la cité maritime avait préservé ces chefs des divers mouvements qui, sur les rivages, avaient abouti à la fondation des démocraties. La Macédoine était donc demeurée gouvernée par des « rois », c'est-à-dire que les clans étaient dirigés par des familles investies d'un prestige traditionnel, et que la « famille régnante » du clan principal avait fait rayonner le sien sur un espace relativement considérable.
Diverses légendes couraient sur l'origine de ces rois et les rattachaient aux Héraclides du Péloponèse, c'est-à-dire à d' « illustres bannis ». Un de ces Héraclides, nommé Caranos, serait venu d'Argos en Macédoine vers le ix^ siècle, avec une troupe d'amis. Alexandre I", qui vivait au moment des guerres médiques, fit valoir cette origine pour concourir aux Jeux Olympiques, où il fut admis en effet. Au cours de ces guerres médiques, les Macédoniens, encore mal organisés, avaient obéi aux sommations des Perses, leur avaient livré passage, et leur avaient fourni des troupes mercenaires. Mais, en cachette, ils favorisaient les Grecs, dont ils se sentaient frères, et le roi Alexandre devint précisément populaire en Grèce à cause de ce double rùlc qu'il avait joué. C'était un « traître sympathique », à qui l'on avait dû plusieurs fois des renseignements précieux.
Pendant la guerre du Péloponèse, Sparte et Athènes se disputèrent l'alliance des Macédoniens, mais tout en la considérant comme une chose accessoire. En eflet, les montagnards de cette région, robustes et braves, ne possédaient pas encore les secrets de cette laclique sévère et raffinée (jui faisaient la force des petites armées grecques. C'était encore une cohue de rudes
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bandits, incapables de se mesurer sérieusement avec des hoplites rangés en bataille. Mais il iio leur manquait, après tout, que la (lécouvorto (le ces secrets pour valoir autant, ou même plus.
Les Macédoniens, en vertn de leur formation, excellaient auv marches de montagne. Ils e.vcellaient aussi, grâce à leur endurance, au.\ marches de toute saison, et leur aptitude à faire campagne pendant l'hiver devait entrer plus tard dans les facteurs de leurs succès.
Tout pays montagneux contient quelques vallées qui contribuent puissamment à former son unité, sans enlever le caractère montagnard à la l'ace. Ces vallées, avec les vallons qui s'y embranchent, sont des couloirs de communication et des centres de domination.
Telle est la vallée de l'Axios (aujourd'hui le Vardar), qui remonte dans la montagne par des gorges profondes. Mais cette vallée, avant d'arriver à la mer, s'élarg-it pour se confondre, en une sorte de carrefour, avec la vallée de l'Haliacmon (la Vistritsa) qui descend du massif du Pinde. Le carrefour se complique par l'arrivée d'un autre cours d'eau, le Ludias, dont la vallée est intermédiaire entre les deux autres, et dont le cours élargi forme un petit lac. C'est dans ce carrefour, au bord de ce lac, que s'élevait Pella, capitale des rois de Macédoine. Admirablement situé pour commander trois entrées de la grande montagne, ce poste n'était pas loin de la mer, c'est-à-dire des colonies grecques du voisinage, et constituait une porte heureusement ouverte aux influences du Midi.
La civilisation en route du sud au nord; influence des Athéniens : les cités de la côte. — Or, nous l'avons constaté, un mouvement civilisateur est en route du sud au nord. Les progrès accomplis depuis un siècle ou deux par la Grèce centrale et méridionale, dus à des causes particulières à ces régions, et spécialement à l'essor des ports maritimes, ont été rapides et ont laissé la Macédoine dans cet état de demi-barbarie dont nous avons parlé. Mais cette rupture de niveau social appelle par réaction un rétablissement d'équilibre, et le progrès accumulé
au sud tend depuis quelque temps à s'épancher vers le nord. Il y tend pour trois causes, ou plus exactement, par trois sortes de canaux.
Le premier canal est celui des cités grecques du rivage septentrional de l'Archipel, cités de race ionienne et depuis assez longtemps dans la dépendance d'Athènes. Ces cités, en fait, vivent de la vie athénienne. Elles gravitent dans la sphère du commerce athénien et participent à la culture intellectuelle d'Athènes.
Parmi ces cités qui s'échelonnent depuis les côtes de Thessalie jusqu'à l'Hellespont, il en est quelques-unes qu'il faut citer, notamment .\mphipolis, Stagyre et Olynthe.
Amphipolis, dépendance d'Athènes, domine le cours inférieur du Strymon. C'est par elle que les bois de construction arrivent à la marine athénienne. Elle est aussi voisine des mines d'or du mont Pangée. Par ce comptoir important sont centralisées diverses denrées septentrionales, ce qui occasionne naturellement un trafic important entre les urbains raffinés de la côte et les frustes montagnards de l'intérieur du pays.
Stagyre est une des trente-deux cités de la Chalcidique, péninsule très découpée qui, du rivage nord-ouest de l'Archipel, s'allonge vers le Midi. Stagyre est à la racine de la péninsule, en face d'xVmpliipolis. Elle est donc très rapprochée de la Macédoine proprement dite et des relations sérieuses existent entre ses citoyens et les Macédoniens. Stagyre fournit des intellectuels à la « cour » de Macédoine. Xicomaque, père d'Aristote, a été médecin du roi Amyntas. et Aristote lui-même sera choisi par Philippe comme précepteur de son fils Alexandre.
Olynthe est en quelque sorte la capitale d'une petite fédération formée par les trente-deux cités de la Chalcidi([uo. Entre cette cité relativement brillante et les clans montagnards du nord, des relations étroites se nouent. Il y a des alternatives d'amitié et de querelle, mais les relations n'en sont que plus fréquentes, jusqu'au moment où, malgré les cris d'alarme de Démosthènes, la Macédoine mettra la main sur le pays.
Par cette route des cités grecques du rivage, une foule de