‹ La Grèce ancienneChapitre 122 sur 144 · Philippique · texte numérisé non relu

Philippique

Tout crabord, i-icn d'étonnant si le grand ennemi de Philippe est un Athénien. La puissance macédonienne, on se développant, menace tout d'abord les cités maritimes du nord de l'Archipel, alliées ou comptoirs d'Athènes. Elle sagne vers Byzance et rilellespont, c'est-à-dire vers cette i^oiite des blés (jui fait en grande partie la fortune d'Athènes. Aussi, la ville d'Olynthe et la presqu'île de Chersonèse (Dardanelles donnent-elles leur nom à quatre des discours les plus virulents du yrand orateur. On dirait qu'il ne perd pas un instant de vue la ligne de rivages qui va d" Athènes à la mer Noire, et cela est très grec. Très grecque aussi, cette fureur de persuader qui forme pour ainsi dire tout le génie de Démosthènes, et qui, en faisant l'admiration des critiques, montre de quelle immense force disposait le parti adverse, puisqu'il fallait revenir si souvent sur les mêmes choses et mettre tant de fougueuse àpreté dans ces sempiternelles objurgations. Très grecque encore, cette destinée de l'orateur, condamné comme tant d'autres à une succession de faveurs et de disgrâces, banni, puis rappelé, puis banni de nouveau. Très grec enfin et très « actuel », le côté mercenaire de son éloquence, subventionnée par le roi de Perse pendant que celle d'Eschine est subventionnée parle roi de Macédoine. Mercenaires, les deux orateurs le sont également, mais Démosthènes a pour lui de pouvoir dire que celui qui le paye n'est plus dangereux pour sa patrie. Voilà pourquoi il est l'homme du parti national. Autour de lui brillent quelques autres orateurs du môme parti : Lycurgue, llypéride, Hégésipj^e, qui le secondent, avec une belliqueuse éloquence, dans sa tâche d'avertisseur et d'excitateur.

Cette éloquence, dans sa beauté naturelle et tragique, tourne toujours autour du même refrain. Démosthènes gourmande ï insouciance de ces citadins gâtés par les distractions de la vie urbaine et par l'abus des occupations politiques : « Vous ne savez, leur dit-il, que faire des lois et chercher des nouvelles. » Et ailleurs : « Si nous nous tenons renfermés dans nos murs sans autre occupation que d'écouter des harangueurs qui s'accusent et se déchirent les uns les autres, nous ne ferons jamais

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