‹ La Grèce ancienneChapitre 123 sur 144 · XI. — LF. TYPE MACÉDONIEN · texte numérisé non relu

XI. — LF. TYPE MACÉDONIEN

rien de bon. » Cette éloquence est vive, pressante, ironique, acérée, fuyant « la phraso » et courant droit h un but poursuivi passionuéiiient : celui de secouer l'apathie ou le sce[)ticisme des Athéniens, de leur /aire comprendre à toute force que le péril e.st immense, de les obliger à s'armer, à rechercher des alliances, à faire les sacrifices nécessaires pour écarter le danger. Chose typique : l'argent manque pour l'année, et il abonde pour les représentations théâtrales. Démo.sthènes s'épuise en précautions oratoires pour tourner la loi qui défend, sous peine de mort, d'affecter à dautres dépenses le budget du théâtre. Il stigmatise avec douleur l'égoïsme des cités qui ne veulent pas s'unir pour la défense commune et qui pAtiront de leur inertie. Cet homme n'est pas seulement orateur, mais homme d'État. Administrateur, il répare les fortifications d'Athènes, et y contribue de ses deniers, ce qui lui vaut une couronne d'or, hommage dont Eschine, après coup, attaquera la légalité. Ambassadeur, il négocie avec diverses cités grecques, et notamment avec Thèbes, qu'il parvient à détacher, mais un peu tard, de l'alliance macédonienne. Après la mort d'Alexandre, il sera le porte-drapeau de l'insurrection suprême contre la Macédoine, et paiera de sa vie cette dernière équipée.

Procédés de Philippe. 1" La guerre commerciale dans le nord : Philippe, intercepteur de routes. — Chaque cité de la Grèce a ainsi ses Eschiues et ses Démosthènes, mais ceux d'Athènes ont seuls passé à la postérité, pour cette double raison qu'Athènes est particulièrement menacée par l'ambition de Philippe, et que le mérite intellectuel de ses orateurs donne une valeur littéraire à leurs productions. Mais, pendant que les politiciens des cités sont aux prises, Philippe s'avance, et l'ensemble des mouvements qui le font avancer peut se décomposer en trois sortes d'opérations : la guerre commerciale, l'intervention religieuse et l'invasion définitive.

La guerre commerciale prépare le terrain. Elle consiste dans la mainmise du roi de Macédoine sur les cités maritimes du nord de l'Archipel, qui étaient pour Athènes des étapes ou des

amorces de routes importantes. Philippe prend Amphipolis, Pydna, Potidée, Méthone, intervient enThrace au profit des clans ennemis d'Athènes, renverse les chefs locaux alliés de celle-ci, fait de sérieuses démonstrations du côté de l'Hellcspont et de Byzance. Le siège de Hérée, citadelle de cette dernière ville, jette l'affolement dans Athènes, car c'est une route qui va être coupée. Puis, le succès de I*hilippe n'ayant pas été définitif, l'affolement fait place à un nouveau retour de légèreté et d'insouciance. Bientôt Philippe s'en prend à l'Eubée, un des greniers d'Athènes, et parvient à y établir des « tyrans » dévoués à sa personne. Tous ces mouvements tendent à diminuer les ressources économiques d'Athènes, et, par contre-coup, à augmenter les siennes, puisqu'il détourne à son profit un trafic établi depuis des siècles. La chute d'Olynthe, que trois discours de Démosthènes essayent inutilement de conjurer, marcpie la ruine définitive de cet empire septentrional d'Athènes, fondé sur des « alliances » plus ou moins imposées et sur un réseau ingénieux de relations commerciales.

Contre ces attaques, Athènes n'est plus en mesure de se défendre efficacement par mer. Beaucoup d'îles ont secoué le joug de son « alliance ». Elle a encore, sans doute, des navires et des marins ; mais, moins riclie en tributs versés par les « alliés » , elle recule devant les sacrifices d'argent qu'il faudrait consentir pour « équiper » des flottes sérieuses. Les Athéniens aisés se rebiffent contre les contributions extraordinaires qu'il faudrait payer. En outre, l'amour du bien-être porte beaucoup de citoyens à fuir le service personnel et à laisser celui-ci à des spécialistes mercenaires, lesquels, à leur tour, désertent parfois parce qu'ils ne sont pas exactement payés. De là ces « vaisseaux vides » devant lesquels gémit Démosthènes, vaisseaux vides qu'il n'y a pas moyen de remplir, bien que, s'ils étaient remplis, on pût en faire un excellent instrument de défense contre Philippe, et couper court, par la sauvegarde de certaines positions maritimes, à son système de « blocus continental ».

2" La guerre sacrée : Philippe, vengeur d'Apollon. — En bonne

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postun* (lu côtr des voies commerciales, Philippe appelle à son aide la religion. Il profite d'une (piorellc survenue entre les Amphicfyons et les IMiocidiens, à [)ropos du temple de Delphes, pour s'érig-er en veng-eur d'Apollon et obtenir libre passage vers le sud. Ses soldats marchent le casque couronné de lauriers. Ce n'est pas une guerre, c'est une « croisade ». La majorité des cités grecques applaudit à ce zèle pieux. Par cette intervention, Philippe confond les arguments de ceux qui le qualifient de « barbare ». Non seulement il se comporte en Grec, mais il prend la défense d'une des plus vieilles institutions qui aient jamais relié les cités grecques. En vain les Phocidiens utilisent les trésors du temple de Delphes pour recruter des mercenaires. Cet acte de banditisme sacrilège ameute contre eux l'opinion hellénique. Athènes et Sparte, qui au fond comprennent que ces bandits sont les défenseurs de l'indépendance de la Grèce, n'osent pas leur porter secours. Après quelques péripéties, Philippe triomphe des Phocidiens et, tirant parti de l'auréole que lui donne son titre de vengeur d'Apollon, s'élance vers les Thermopyles pour les occuper. Mais, cette fois, les Athéniens se sont remués, et ont occupé le détilé avant lui. C'est donc partie remise, mais, cette retraite momentanée, Philippe l'opère du moins avec gloire. Le sentiment religieux de la Grèce va conspirer dorénavant avec lui.

3" L'invasion définitive. — Reste alors à employer l'invasion directe. Cette invasion, en Thessalie, est déjà une affaire faite. Philippe, profitant de guerres civiles occasionnées par la mort du « tyran » Alexandre de Phères, est descendu dans le pays, selon la vieille formule des grands bandits montagnards, « pour faire la police », s'ériger en redresseur des torts et se mêler aux vendettas des principales familles. Son intervention a apaisé en effet des querelles, mais l'impérieux médiateur s'est fait payer pour sa peine. Il a rançonné les Thessaliens en exigeant d'eux le revenu des foires et des villes de commercé, et les sommes ainsi perçues lui ont servi à recruter des mercenaires. C'est une première étape vers le sud. Derrière la Thessalie s'étend

la Béotie, dirigée en fait par la puissante cité de Thèbes. Ennemis des Pliocidiens, les Thébains ont accueilli avec joie Tintervention de Philippe dans la guerre sacrée. Ennemis des Athéniens, ils ne sont pas fâchés des pertes inflig-ées à ceux-ci par l'extension des conquêtes macédoniennes. Pourtant le moment arrive où les Thébains découvrent avec effroi combien est redoutable le voisin que les derniers événements leur ont donné. C'est à ce moment qu'arrive Démosthènes, avec une amlDassade athénienne, pour les exhorter à oublier tous les griefs passés et à se liguer avec Athènes contre l'ennemi commun. L'alliance est conclue. Les armées athénienne et thébaine réunies marchent contre Philippe, et la bataille s'engage. C'est la fameuse journée de Chéronée, où les Athéniens font d'abord reculer Philippe, mais où le jeune Alexandre, fils de celui-ci, inaugure ses exploits de tacticien supérieur en enfonçant le « bataillon sacré » des Thébains, puis en changeant, par une habile conversion, le triomphe momentané des Athéniens en une irrémédiable déroute. Décidément, l'art militaire des Macédoniens s'est assimilé tous les progrès techniques réalisés par les Epaminondas et les Iphicrate. Il les a même dépassés, et le jeune Alexandre, vainqueur en bataille rangée des troupes les plus solides de la Grèce, pourra marcher à ses conquêtes avec des soldats dignes de lui (338).

L'anarchie entre cités rend inévitable le triomphe des Macédoniens. — Philippe a vaincu la Grèce parce qu'il a imité les Grecs et s'est inspiré de leurs progrès sans leur prendre cette division en cités qui paralysait leur résistance. Nous avons déjà constaté cette anarchie des cités devant l'invasion perse ; mais, alors, la supériorité de la tacti(|ue grecque était si considérable que les masses barbares, après quelques triomphes dus au nombre, purent être rompues et refoulées par les forces de «juclques cités seulement. Encore, on se le rappelle, la lutte avait été angoissante. L'écrasement de Léonidas aux Thcrmopyles et l'incendie d'Athènes par Xerxès avaient fait craindre un dénouenieul fatal. En effet, Athènes et Sparte, avec quelques

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alliés peu [niissants, ttaiciit seuls eu liiiiie. Même à Marathon, les Athéniens avaient été obligés de marcher seuls, les Spuifiatos u'étaut pas arrivés à Icui^js. Devant l'invasion macédouieune, l'anarchie subsiste, mais la situation n'est plus la mènu', car l'ennemi est admirablement discipliné et en possession de tous les secrets de la tactique. Plus que jamais, luiiion totale serait nécessaire, et Démosthènes s'eu rend bien compte ; mais cette union ne se produit pas, car les intérêts immédiats ne sont pas les mêmes. Sparte, qui voit avec déplaisir les progrès des Macédoniens, ne s'ébranle pourtant pas, parce qu'elle sait que les premiers coups ne seront pas pour elle. Elle s'ébranlera plus tord, quand Athènes et Thèbes auront été écrasées, et sera écrasée à son tour. D'autres cités raisonnent de même. « Chacun, s'écrie avec douleur Démosthènes, semble compter qagné jjour lui le temps employé à la destruction d'un autre. » C'est le grand vice de la communauté hellénique, privée d'une direction qui s'impose. En outre, nous savons que les cités, grâce aux « amitiés » conquises par Philippe, sont divisées. iMéme quand les patriotes l'emportent, ce n'est pas sans de fâcheux débats qui retardent les mesures à prendre et donnent léveil à l'ennemi. Bien différente, à ce point de vue, est la situation de Philippe, roi et chef militaire des clans macédoniens. « Tout ce qu'il jugeait à propos, dit après coup Démosthènes, il le faisait à l'instant sans l'annoncer dans des décrets, sans délibérer en public, sans être cité en justice par la calomnie, ni accusé comme infracteur des lois, sans être obligé de rendre compte à personne, partout souverain arbitre, chef et maître absolu. Pour résister à un tel prince... qu'avais-je à ma disposition? Rien. Le droit même de monter à la tribune, seul avantage que je pusse lui opposer, je le partageais avec ses mercenaires, et chaque fois qu'ils l'emportaient sur mes conseils, ce qui n'arrivait que trop souvent sous divers prétextes, vos résolutions furent prises en faveur de l'ennemi^. »

Aussi l'orateur athénien considère-t-il comme un fait tout à

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