‹ La Grèce ancienneChapitre 124 sur 144 · Discours sur la Couronne · texte numérisé non relu

Discours sur la Couronne

fait extraordinaire et glorieux cette pauvre petite alliance d'\thènes et de Tlièbes conclue au dernier moment. Réunir deux cites rivales en une pareille occasion, quelle merveille ! Oui ! mais il aurait fallu plusieurs merveilles de ce genre pour arrêter l'invasion.

Nous avons noté à Athènes le rôle de l'amour du bien-être parmi les causes qui paralysaient la défense. Cette même cause agissait en d'autres cités. Le luxe, l'oisiveté, les arts eux-mêmes, les longues conversations philosophiques sous les portiques ou dans les jardins, le dilettantisme élégant, l'amour intense des représentations théâtrales et autres divertissements urbains, ne poussaient pas aux résolutions guerrières, ou poussaient à leur ajournement même lorsque Fintelligence des hommes d'État en avait saisi l'opportunité. « Qu'attonds-tu donc pour proposer la guerre? » disait Hypéride à Phocion. — « J'attends, répliquait celui-ci, que les jeunes gens consentent à servir, les riches à payer l'impôt, les orateurs à ne plus voler le public. » En outre, cette corruption et ces douceurs de la vie urbaine produisaient décidément une trop grande rupture d'équilibre entre les montagnards du Nord et les citadins du Sud. Ceux-ci avaient bien la, ressource des mercenaires, mais les mercenaires, outre qu'ils manquent de dévouement, coûtent cher, et des sacrifices trop exceptionnels de ce côté obligent précisément à diminuer le bien-être. Notons enfin qu'à Athènes, centre naturel de la résistance, l'esprit critique, développé à outrance, nuisait à l'esprit d'action. Le plaisir d'ergoter, de démontrer, de contredire, de rechercher ce qu'il faudrait faire et ce fjuil aurait fallu faire, engendrait une espèce divresse intellectuelle qui nuisait aux initiatives. « Par Hercule ! disait Phocion, que de stratèges et combien peu de soldats! » Le trait le plus curieux de cet état d'âme est précisément ce fait que la grande et définitive lutte entre Eschine et bémosthènes, le fameux procès sur la Couronne, se place en l'année 330, sous le règne d'Alexandre, liuit ans après la bataille de Chéronée. Les chefs-d'œuvre d'éloquence des deux orateurs roulèrent précisément sur ce cjuil aurait fallu faire, i\ une é[)oquc où il nij avait plus rien à faire, et le succès de ce

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