III. — l.i: BANDIT MONTAGNAHD IltEALlSÎ
nombiables cantons de la (irèce, malgré leur commune oiigine pélasgi([iie; mais l'accession au pouvoir d'hommes provenant de la même bande tend, par intervalles, à resserrer plus ou moins brusquement le lien primitif, d'autant plus que ces bandits ne sont pas des étrangers, mais des enfants du pays, dont les ancêtres ont jadis gagné le maquis. Des groupes sympathiques se forment donc çà et là; les liens de l'hospitalité, ceux du mariage, ceux du voisinage entrent en jeu. Entre deux basileus grecs, il y a des terrains d'entente qui n'existent pas entre un quelconque de ces basileus et le barbare. Car le terme de « barbare » va apparaître, indice d'un état d'âme tout spécial chez les Grecs qui l'emploient. C'est contre les barbares, ou contre les gens réputés tels, que se formeront les plus célèbres coalitions de la Grèce.
En attendant, les discordes intestines de la Grèce nous donnent le spectacle d'autres coalitions. La plus célèbre est celle des sept chefs qui vont assiéger Thèbes, lorsque Polynice, fils d'OEdipe, en est banni par son frère Etéocle. Polynice va en eft'et faire appel à ses amitiés. Il va trouver son beau-père Adraste, roi d'Argos, et Adraste met à son service le crédit dont il dispose autour de lui. A son appel, des chefs illustres s'enrôlent : Tydée, roi de Calydon, autre gendre d'Adraste et par conséquent beau-frère du proscrit; Capanée, gendre d'un chef de clan nommé Iphis, qui partageait avec Adraste la « royauté » d'Argos; Parthéiiopée « fils d'une chasseresse des montagnes » (Atalante), qui a été élevé dans Argos, et se rattache ainsi au clan d'Adraste; Amphiaraûs, beau-frère de ce dernier, que la légende représente marchant à contre-cœur, par devoir de clan ; plus un certain Étéocle, homonyme du chef thébain, et un certain Hippomédon, sur lesquels la légende ne nous renseigne pas. Ni l'échec de cette ligue, ni la mort de tous les chefs, ni celle même de Polynice, ne découragent les « amis » de ce dernier, car une nouvelle coalition s'organise pour rétablir, comme chef du clan thébain, Thersandre, lîls de Polvnice.
Cette guerre des Sept contre Thèbes est devenue célèbre dans la légende, grâce à son caractère fratricide qui lui donna un
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cachet particulier d'horreur. Mais, en réalité, une foule d'expéditions et de yroupements semblables ont dû exister, et l'on entrevoit le tableau que devait présenter la Grèce à cette époque lointaine. C'est l'émiettement de la souveraineté, mais c'est aussi l'effort continu pour grouper en faisceaux des clans épars. C'est la guerre perpétuelle, mais c'est aussi le jeu perpétuel des amitiés, des relations, des intérêts sympathiques. C'est l'anarchie pillarde et belliqueuse corrigée par une multitude de petites harmonies particulières.
Les éle'ments fédératifs : 1' Les Amphictyonies. — Cette tendance à l'harmonie, on essaie de la faire passer dans des institutions effectives.
La légende donne un frère à llellen et l'appelle Amphictyon. Cet xVmphictyon, dont on fait un des anciens rois d'Athènes, donne son nom aux « amphictyonies ».
Les amphictyonies paraissent n'avoir été tout d'abord que des conventions de bon voisinage entre cités juxtaposées. Elles devinrent ensuite des conventions d'une nature plus large et plus générale, destinées à faciliter, malgré l'état de guerre, le culte des divinités communes aux Hellènes.
2" Les pèlerinages. — Justement à cette époque, en effet, l'apothéose — progressive sans doute — des grands Héraclides de l'époque précédente, achevait son œuvre, et la personnalité merveilleuse de ces chefs inoubliables achevait de se confondre cavec les diverses forces de la nature, ba fusion des diverses mythologies pélasgique, héraclide, exotique aboutissait à une cristallisation, et l'on ressentait le besoin d'opérer, en ce qui concernait ces divinités à iigure parfois un peu flottante, un classement définitif. Les représentants de la religion prirent probablement cette initiative, et une entente générale, par leur entremise, eut lieu dans tout le monde grec pour proclamer la prééminence officielle des douze (jrawh dinu:. Mais ces dieux avaient, <;îï et là, des sanctuaires particulièrement révérés auxquels des dévots de diverses régions se rendaient volon-
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tiers (Ml pèlcrinai^c De là un l)csoin de neutralise?' certains points privilégiés, poiii- porincttre à ces dévotions de se manifestei'. et à certaines grandes fêtes d'être célébrées à frais communs, par des fidèles venus de tous les points du pays. On sacriliait en commun au dieu et l'on chantait ses louanges. On était toujours à temps de se battre ensuite. Il y eut donc des « commissions », des « conseils », quelque chose comme des « congrès » à mandat plus ou moins limité. Il y eut des essais de codification d'un droit international très élémentaire. On décida, par exemple, qu'aucune peuplade grecque ne devait, en cas de g-uerre, saccager de fond en comble la résidence d'une autre, et — détail curieux — qu'aucune ville assiégée ne devait être privée d'eau par des assiégeants. Des traits semblables accusent la supériorité et la civilisation du type.
Le lieu de pèlerinage le plus illustre, c'était Delphes. Là palpitait, on peut le dire, l'àme religieuse de la Grèce. Le lieu était considéré comme le centre mathématique du monde. Sur un territoire neutre, inviolable et sacré, séle valent des temples et des « trésors », entretenus par les diverses cités. Là triomphait le fameux oracle d'Apollon, représenté parla Pythie, et fidèlement consulté par une multitude de personnes, qui enrichissaient le sanctuaire de leurs cadeaux. Une voie sacrée — détail significatif — avait été construite pour relier Delphes à l'Olympe, et l'on y faisait des processions. C'est presque le symbole du lien moral qui relie le type hellène au type héraclide.
Un autre pèlerinage d'Apollon était celui de Délos, île qui avait été, disait-on, le berceau de ce dieu. Il était surtout fréquenté, comme de raison, par les Grecs maritimes. L'oracle d'Esculape, à Épidaure, avait aussi beaucoup de clients. Une sorte de fraternité religieuse se faisait naturellement sentir entre les pèlerins de diverses provenances qui s'acheminaient vers ces lieux, et ces lieux eux-mêmes devenaient, par un consentement unanime, des sortes de petits territoires fédéraux.
C'est très probablement durant cette période que s'organisèrent régulièrement les « grands jeux ».
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S'' Les grands jeux. — Les pèlerinages de Delphes, en rassemblant beaucoup de fidèles à certaines époques particulièrement solennelles, devaient se prêter à ces manifestations expansives. De très bonne heure, en ce lieu, il s'établit des concours. Une chose intéressante à noter, c'est que les « .leux Pythiques », établis à Delphes, furent d'abord des luttes intellectuelles, des concours de musique et de chant. On peut y voir un divertissement de nature pélasg-ique adopté et patronné par les grands chefs héraclides. Mais, avec le temps, les jeux changèrent de caractère. Ils devinrent des luttes corporelles. Pourquoi? Parce que la physionomie sociale de la Grèce se modifiait et que Ton sentait de plus en plus le besoin impérieux d'orienter l'éducation vers les prouesses physiques, afin d'obtenir de brillants guerriers.
Comme les Jeux Pythiques, les Jeux Olympiques se célébraient tous les quatre ans. Un sanctuaire de Jupiter, situé à Olympie en Élide, avait été le centre de ralliement. Les Jeux Néméens, célébrés tous les trois ans non loin d'Argos, avaient eu pour fondateurs, d'après la tradition, les sept chefs de la coalition contre Thèbes. Les Jeux Isthmiques se célébraient à l'isthme de Corinthe, à l'endroit où une langue de terre unit le Péloponèse à la Grèce continentale en séparant les deux golfes projetés en ce point, d'un côté par l'Adriatique, de l'autre par l'Archipel. L'importance commerciale et stratégique de ce lieu a toujours été grande, car il constitue un double passage, un croisement de routes, et, au besoin, une barrière. C'est là que Sisyphe, un fameux bandit, mais un bandit très cultivé, ingénieux à ses heures, et protecteur des récréations intelligentes, avait, dit-on, institué des jeux. Ce qu'un bandit avait fait, un autre le défit, et le brigand Sinnis, rapporte la tradition, interrompit la célébration des Jeux. Il ne fallut pas moins que l'intervention d'un troisième bandit, l'illustre Thésée, pour les rétablir.
La course à pied, la course en char, la lutte simple, la lutte armée, le pugilat, le disque, l'arc et le javelot, tels étaient les [)iincipaux exercices. Plus tard, cinq genres de concours furent conservés comme « classiques » : la course, le saut, le disque,
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le javelot et la lutte. I.'aïc [)assa probablement de mode comme suranné et la lut le armée lut sans doute écartée comme trop dangereuse. Quoi qu'il en soit, ces divertissements faisaient fureur. Le zèle que l'on met de nos jours à exceller en certains .sports, tels que celui de la bicyclette, ne donne qu'une faible idée de l'enthousiasme et de la passion avec lesquels les Grecs cherchaient à se rendre supérieurs en ces sortes de prouesses. Et cela se cont-oit. ('/est par la force physique et l'agilité que l'intelligence menait la Grèce. Le bandit n'établissait et ne maintenait son influence, ne gagnait et ne conservait des fidèles que grAce au prestige attaché à l'homme qui se bat bien, court vite, saute loin et se rend physiquement invincible. Les pères de famille savaient très bien que c'était de ce côté qu'il fallait pousser leurs enfants. Chaque localité avait ses « petits jeux », sa palestre , où la jeunesse s'exerçait. Aucune distraction plus noble, plus instructive, plus passionnante, plus conforme à l'intérêt des familles et des classes, ne pouvait donc agrémenter ces pèlerinages à la mode. Gomme le moyen âge devait avoir la trêve de Dieu, la Grèce avait la trêve des jeux. On sentait en quelque sorte que l'avenir de toute la race était là.
Mais, ici encore, le montagnard de l'Othrys se montre un bandit intelligent. Son ardeur pour les exercices du corps n'est pas le fait d'une brute puissante, heureuse de déployer la robustesse de ses biceps. C'est une ardeur méthodique et raisonnée, l'adaptation prévoyante d'un moyen à une fm. Nous ignorons si déjà les vainqueurs sont chantés par des poètes, comme ils le seront dans la suite; mais, en attendant, des concours poétiques, musicaux, se combinent avec les épreuves athlétiques, preuve que le côté intellectuel n'est pas oublié.
Les variétés du type hellène : 1" l'Hellène ébauché : Eoliens, Myniens, Cadméens. La Thèbe d Œdipe. — Malgré ces principes d'unité, des variétés se dessinent dans le type hellène.
De même qu'on donne à Hellen des ancêtres, on lui donne des fils : Dorus, Eolus et Xuthus.
Dorus, père des Dorions, reste pour le moment dans la montagne. Nous le retrouverons plus tard.
Eolus, père des Éoliens, préside à des migrations diverses : en Thessalic et en Béotie d'abord, puis dans la Grèce centrale et sur la côte occidentale du Péloponèse, notamment en Élide.
Xuthus est père lui-même de deux fils : Achœus et Ion.
Le type éolien semble avoir, le premier, fourni une brillante carrière.
Les Hellènes de ce type étaient ceux qui, au moment de l'expansion de leur bande, s'étaient répandus dans la Thessalie du Nord. La montagne qui dut leur fournir le point d'appui désirable fut le Pélion, qui court le long de l'Archipel et domine le port d'Iolcos. Ce massif du Pélion est prolongé au nord par celui de rOssa, qui lui-même fait face à l'Olympe. Nous sommes donc toujours dans la région si formidablement légendaire des luttes entre Jupiter et les Titans. L'enjeu de la lutte est toujours cette Thessalie, la plus vaste plaine de la Grèce, pays des Centaures si admirés, et où la civilisation pélasgique avait dû se traduire jadis par d'importants résultats. On peut en voir une preuve dans les connaissances merveilleuses attribuées au Centaure Chiron, précepteur d'Achille et d'autres héros. Les Centaures étaient des hommes très forts, dont les connaissances furent évidemment utilisées, à plusieurs reprises, par les dominateurs du pays.
Il s'ensuivit que, de tous les Hellènes, les Éoliens furent ceux qui subirent le plus l'influence de l'ancien fonds de la race. La preuve de ce fait se trouve dans les ressemblances plus grandes du dialecte éolien avec la langue latine. Plus impressionnés par les mœurs et le langage antique, puisqu'ils tombaient dans un milieu où la formation antique était particulièrement forte, ils s'éloignèrent moins que les autres Grecs du type et du langage primitif.
Les Eoliens, à vrai dire, paraissent avoir été une aristocratie assez restreinte d'honmies de même famille, les Kolides, superposés à d'anciennes populations déjà fort avancées. Il en résulte que Vhellénisation due à cette branche de héros dut être rela-