‹ La Grèce ancienneChapitre 26 sur 144 · l.i: UAM»1T MONTAONAHD IDEALISE. o · texte numérisé non relu

l.i: UAM»1T MONTAONAHD IDEALISE. o

tiveraent faible. LÉolieii est un Hellène plus pëlasgisé que les autres. C'est l'ébauche, le premier degré du type.

Au sud de la Tliessalie, de l'autre côté de la Phthiotide, les Éolions occupèrent la Héotie.

Enfin des groupes du même type émigrèrent dans l'Ouest de la Grèce, peuplèrent les iles occidentales, notamment Ithaque, et occupèrent, dans la partie du Péloponèse qui regarde ce même Occident, les régions connues sous le nom d'Élide et de Messénie. Ulysse, le héros d'Ithaque, est « descendant d'Eolus ».

A la branche éolienne des Hellènes se rattachent deux peuples dont la carrière, à en juger par les légendes, fut évidemment glorieuse : les Myniens et les Cadméens.

Les Myniens ont pour héros national Jason, qui conduira l'expédition des Argonautes. Une de leurs cités les plus célèbres était lolcos, au pied du Pélion et au bord du golfe pagasétique. Une autre était Orchomène, en Béotie, au bord du lac Copaïs.

Les Myniens des bords du lac Copaïs se distinguèrent, comme les grands Héraclides, par de gigantesques travaux. Ils creusèrent dans le roc des canaux d'écoulement et construisirent de puissantes digues pour améliorer le régime du lac et assainir la région voisine.

Ce peuple est peu connu, mais l'on sait qu'Orchomène eut véritablement sa phase de splendeur. La légende a conservé le nom d'Athamas, roi de cette cité, qui, voulant mettre à mort son fils Phryxus et sa fille Hellé, les força à se bannir en Colchide. Cet Athamas, personnage évidemment très considérable, était encore le père de Mélicerte, en Ihonneur de qui les Jeux Isthmiques furent fondés.

Mais, dans cette même Béotie, de l'autre côté du lac Copaïs, Orchomène avait une rivale dont la gloire, grâce à une plus grande attention des poètes, devait éclipser la sienne : c'était Thèbes, la cité de Cadmus.

La légende rapporte que Cadmus, fils du roi phénicien Agénor, cherchant sa sœur Europe enlevée par Jupiter, arriva en Béotie, où il tua un dragon, dont il sema les dents sur le sol. De ces dents naquirent des hommes qui s'entretuèrent, sauf cinq,

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^\u\ aidèrent Cadmus à bâtir la Gadmée, citadelle de Thèbes.

On entrevoit, à travers ces récits merveilleux, que les Phéniciens ont été pour quelque chose dans la fondation de Thèbes. l'n passaiie commercial entre les deux mers — Archipel et golfe de Corintlie — existait en ellet à cet endroit. On entrevoit aussi que des guerres et des brigandages marquèrent ces premières tentatives d'établissement. Peut-être cinq bandits du pays, plus forts que les autres, finirent-ils par profiter de la situation privilégiée du lieu pour édifier un de ces castels dont nous avons parlé plus haut. Une colonie phénicienne, à cette occasion, dut se fondre avec les habitants du pays, et shelléniser. sans doute après une longue période de conflits.

Plusieurs des descendants de Cadmus eurent aussi leurs légendes. Penthée, son fils, fut déchiré par des « bacchantes ». Cette légende, qui concorde avec celle d'Orphée, semble attester, chez certaines femmes de cette époque, une tendance à des explosions de colère farouche. Ce sont de vrais bandits femelles, qui ont fait des coups de main dans la montagne et que peut-être de copieuses libations, dans les grands jours, mettent hors d'elles-mêmes. Notons ces accès d'indépendance de la femme éolienne. Nous les retrouverons plus tard, sous une autre forme, à Lesbos. Un autre fils de Cadmus, Actéon, pour une indiscrétion à l'égard de Diane, est changé en cerf par la déesse chasseresse, qui le fait déchirer par ses propres chiens. Nouvelle histoire de femme indépendante et furieuse. Mais une légende thébaine, à la fois plus récente et plus célèbre, est celle d'OKdipe, fils de Laius. Exposé à la mort par son père à qui un oracle a prédit que la mort lui viendrait de la main de son fils, OEdipe est élevé dans l'exil, tue son père sans le connaître, délivre Thèbes du sphinx qui la terrifiait, épouse Jocaste, sa mère, sans la connaître, se crève les yeux (juand son doul)le crime lui est révélé, s'exile accompagné de sa fille Antigone, et va mourir à t^olone, chez Thésée, roi d'Athènes, laissant ses fils Étéocle et Polynice se disputer le jxiuvoir.

Au point de vue des indications sociales sur l'époque, observons qu'OEdipe est un aventu?'ier, puis un tueu?' de monstre, puis

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un banni, qu'il l'entre donc admirablement dans nn moule que nous connaissons bien. Il oUïe un illustre exemple de la façon dont un ana.r^ de fortune pouvait, par le jeu des aircctions et des désallections, gaï^ner ou perdre des « royaumes ». Les poètes postérieurs qui ont mis en drame cette légende ont évidemment brodé là-dessus, mais il doit y avoir, dans le fond de cette formidable tragédie thébaine, de réelles et terribles « histoires de brigands ».

Quoi qu'il en soit, la Tlièbes d'OEdipe fut évidemment une cité puissante, un centre d'influence assez important pour justifier ces deux coalitions que nous avons mentionnées plus haut.

2** L'Hellène achevé : les Achéens. La Mycènes d'Agamemnon. — Un autre centre de puissance, avec les Achéens, se forme plus au sud, à Mycènes.

Les Achéens s'étaient maintenus longtemps dans la Phthiotide au sud de la Thessalie. Là se trouvait la cité de Larisse, où régna Pelée, père d'Achille, et d'où devait sortir le plus idéalisé des héros grecs. Puis ils s'étaient répandus en divers endroils de la (irèce, et spécialement dans l'est du Péloponèse. Alors la cité pélasgique de Tirynthe cède la place à Mycènes, poste admirablement placé pour des bandits qui exploitent une route. Cette route est celle qui joint le golfe d'Argolide à celui de Corinthe. Les Phéniciens, et peut-être d'autres transporteurs qui complétaient ainsi l'œuvre phénicienne, se servaient de cette voie terrestre pour éviter une longue navigation autour du Péloponèse. On peut conjecturer avec vraisemblance le rôle que devaient jouer, à l'égard de ces riches voyageurs, les bandits mycéniens fortement perchés sur leur nid d'aigles. Il y a un art de détrousser les gens sans trop les faire crier, et sans les éloigner pour toujours. Parfois la violence est de mise, mais parfois aussi l'on peut s'entendre avec les gens, et les protéger contre d'autres bandits, moyennant de convenables péages. Ainsi firent sans doute les Mycéniens. Et les ressources du commerce proprement

1, Science sociale, t. XV, p. 355.

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dit pouvaient s'unir parfois à celles du pillage. Knriclii, le bandit pouvait devenir acheteur, et importer ce c|u"il ne pouvait prendre de force.

Ces faits posés, on s'explique admirablement cette civilisation mycénienne dont les vestiges ont été retrouvés depuis peu par les archéologues, et le remarquable essor de Xarl mycénien. Tout ce que les fouilles ont mis au jour : l'Acropole, la porte des Lions, le « trésor d'Atrée )),le « tombeau d'Agamomnon », atteste une solide puissance et une étonnante richesse. Les objets d'or foisonnaient dans les sépultures des chefs mycéniens : couronnes d'or, baudriers d'or, statuettes d'or, plaques d'or, garnitures d'armes en or. Et les documents poétiques mentionnent avec vraisemblance des navettes d'or, des fuseaux d'or, des rênes d'or, des sandales d'or, des sièges d'or. Ce sont aussi des objets d'ivoire : figures d'animaux, colonnettes, ornements d'ustensiles. L'agathe, l'ambre, l'améthyste figuraient aussi dans ces trésors, et le bronze aussi, bien entendu. Le bronze était alors moins vil qu'aujourd'hui, vu la difficulté de se procurer l'étain, que les Phéniciens allaient chercher à d'invraisemblables distances. Les poteries dénoncent des tentatives artistiques. Des lions de pierre, dont les têtes disparues étaient probablement de métal — peut-être d'un métal précieux — sont le premier spécimen de la sculpture grecque. Parmi ces objets collectionnés par les chefs mycéniens, beaucoup venaient de l'Orient, mais d'autres paraissent avoir été produits dans le pays même. Les grands chefs auraient donc été des créateurs de manufactures, qui s'inspiraient, avec plus ou moins de bonheur ou de gaucherie, dos procédés de l'Orient.

Il parait probable, on cifet, que les Grecs avaient leurs grands môtallurgcs mi-forgerons, mi-orfèvres, êtres rares d'ailleurs, et objets d'une admiration intense. Il ne faudra pas moins ([u'un dieu pour confectionner los armes d'Achille, et le divin Vulcain, qui .se charge aujouid'hui d'exécuter un bouclier, retournera demain à ses trépieds, à ses bracelets, à ses agrafes, à ses pendants d'oreille. Rien d'étonnant si la croyance lui

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donne pour compagne Vénus, déesse de l'amour et de la beauté. Une partie de sa besogne est laide et prosaïque, comme lui; une autre est gracieuse et attrayante, comme l'épouse que lui octroie la mythologie.

Homère ne mentait donc pas en accolant à Mycènes l'épithète de « riche en oi- ». Kt ce qu'on a trouvé dans les sépultures doit donner une idée de ce qu'il a dû y avoir ailleurs.

L'histoire légendaire de Mycènes a conservé le souvenir de fortes secousses qui auraient fait passer, à l'époque héroïque, trois dynasties dans ses murs. Persée commença; puis vint l'ère d'Adraste. Mais la dynastie vraiment « classique » fut celle que fonda Pélops, fds de Tantale.

Ce Tantale régnait en Phrygie, c'est-à-dire en cette région où la violente poussée des Héraclides avait refoulé une partie des Pélasges, et, sans doute aussi, de ces chefs « Titans » qui avaient osé lutter contre le puissant seigneur de l'Olympe. Une légende atroce l'accuse d'avoir convié les dieux à un banquet où il leur aurait servi son fds Pélops. Ce dernier, ressuscité par les dieux, se rend dans la péninsule appelée depuis lors Péloponèse. Là, par un crime qui le débarrasse du roi Of^nomaiis, il devient roi de Mycènes. Dès lors, chaque génération apporte sa contribution plus ou moins abominable à ces « histoires de brigands » qui constituent les archives de la famille. Comme à Thèbes, nous voyons des frères qui se détestent. Thyeste ayant suborné la femme de son frère Atrée, celui-ci égorge les enfants de Thyeste et les fait manger à leur père dans un festin. C'est ensuite l'histoire d'Agamemnon immolant sa fille Iphigénie, puis égorgé par sa femme Clytemnestre, l'histoire de Clytemnestre tuée par Oreste son fils, ainsi que son complice Égisthe, puis l'histoire d'Oreste poursuivi par les Furies. Après quoi la légende même annonce formellement qu'il y a un arrêt et qu'un nouvel ordre social commence. Cette affreuse lignée des Pélopides est bien le type de la famille des chefs bandits démoralisée par le brigandage systématique et le pillage fructueux. Elle offre, en outre, l'exemple d'une série de vendettas tout à fait comparable à celles qu'on aurait pu rendre immor-

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telles dans les annalos de la Corse, s'il s'était rencontré des poètes pour les chanter.

Ces discordes sont intenses, ])arce que Tenjeu est important, « la place )> exceptionnellement bonne. Les chefs qui, par chance ou par force, ont mis la main sur ce défilé productif ont tout ce (ju'ii faut pour devenir plus puissants, plus riches, plus illustres que les antres, pour avoir plus d' « amis », et pour être tout désignés d'avance comme chefs suprêmes, si l'occasion se présente d'organiser quelque expédition plus grandiose, plus lointaine, plus compliquée que les autres.

La Sparte de Ménélas. — Dans le sud du Péloponèse, la puissance achéenne a un centre moins important : c'est Sparte. Là régnait le héros Tyndare, représentant d'un peuple navigateur évidemment mélangé d'Orientaux. Ce Tyndare, père de Castor, « dompteur de chevaux », et de Pollux, « habile au pugilat », est « détrôné » , si l'on peut s'exprimer ainsi, par son gendre Ménélas, frère d'Agamemnon, qui implante plus que jamais dans le pays l'influence prépondérante du grand clan mycénien. Agamemnon, grâce à ses « amis », à son frère et aux amis de son frère, tient donc sous son influence une bonne partie du Péloponèse. La Sparte d'alors est vraisemblablement une Mycènes de second ordre. Le luxe y règne. Hélène, femme de Ménélas, est allée en Egypte. Elle en a rapporté des objets précieux, notamment un fuseau d'or, une corbeille d'argent, (les baignoires d'argent. L'étianger reçoit chez elle une hospitalité confortable; on le baigne, on l'inonde de parfums; on y fait des festins qui se prolongent. On le voit : les Spartiates « première manière » ne sont pas des mangeurs de brouet noir, mais de riches bandits, dont l'existence n'est pas enserrée dans des règlements tyranniques, et dont les mœurs participent au mouvement général du monde achéen.

3° L'Hellène modifié : Ioniens, l'Athènes primitive. — C'est une partie de ce inonde achéen qui. en évoluant, semble produire, à une époque relativement récente de la période hellène,

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le type ionien, [.'apparition de ce type fait alors ressortir le type achéen par dillei-ence, et voilà pourquoi Achœus et Ion sont donnés comme les jjclits-f'ds d'Hellen et non comme ses fils. Voilà pourquoi aussi la langue ionienne, d'où sortira le ^•rec classi(]ue d'Atlièues, s'éloit;ne plus du latin — et par conséquent du pciasgc — que les dialectes éolien et dorien. En réalité, les particularités sociales qui caractériseront plus tard le type ionien sont encore à l'état d'ébauche au moment qui nous occupe. Achœus est un frère aine très absorbant, auprès duquel Ion, jeune encore, ne joue qu'un rôle trèsefïacé.

Pourtant l'Iouien existe, et c'est même lui que les étrangers connaissent le mieux. Les monuments égyptiens le mentionnent. Au XI'" siècle, les Hébreux connaissent « les fils de Javan, qui habitent les côtes et les lies de la grande mer )>. « grande mer », c'est l'Archipel.

L'Ionien, c'est l'Achéen plus spécialement cantonné sur les rivages, et plus spécialement tourné vers la mer. Par suite, l'Ionien est moins brigand que pirate, et, comme il est naturel, c'est un pirate mâtiné de commerçant. Avec le temps, il deviendra plus commerçant et moins pirate. A l'origine, il devait être plus pirate et moins commerçant.

Les Ioniens de l'époque héroïque se rencontraient sur divers rivages orientaux de la Grèce, et aussi sur la côte nord du Péloponèse, le long du golfe de Corinthe. On les trouvait aussi dans la région si excellemment maritime de l'isthme de Corinthe. Mais le plus célèbre des pays ioniens était l'Attique, pays pauvre et situé hors des « routes » fréquentées alors.

Or l'Attique, en vertu même de cette pauvreté et de ce peu de valeur, grâce aussi à sa situation péninsulaire et aux collines escarpées qui la protègent, était un pays bien disposé pour la défense des races. Elle avait déjà, nous l'avons dit, servi de refuge à des Pélasges et sans doute Finfluence héraclide sy était fait sentir à dose mitigée. Aussi beaucoup des rois légendaires d'Athènes ont-ils un caractère pacifique, agricole, et quelque peu analogue à celui d'un Priani ou d'un Énée. Parmi ces rois figurent Cécrops, l'Égyptien civilisateur; Amphictyon,

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l'homme des associations fédérales; Triptolème, prince agriculteur.

C'est plus tard que la légende fait arriver dans l'Attique Ion en personne, le « père » des Ioniens, et cette légende, à partir de ce moment, va se corser d'épisodes héroïques. Athènes, qui avait dû suhir le joug de la Crète, puissance maritime dont nous parlerons plus loin, secoue ce joug ot devient entreprenante sur la mer. Egée, père de Thésée, impose précisément son nom à cette mer qui baigne sa presqu'île. Thésée, lui, va jusqu'en Crète tuer le Minotaure, et Tadmiration pour ce héros national est si intense qu'on se met à inscrire à son compte un grand nombre de travaux et d'exploits analogues à ceux qui avaient signalé la période héraclide.

Les Athéniens, étant marins, avaient un culte pour Neptune le dieu des mers. Un autre culte encore plus athénien est celui de Minerve (Athéné) qui donne son nom à la ville — proprement Les Athènes, peut-être parce qu'il y avait en ce lieu plusieurs sanctuaires ou statues de la déesse. La fille de Jupiter est toujours la vierge guerrière, coiflee du casque et armée de la lance ; mais, sous l'influence d'une évolution propre au milieu, elle va tendre à devenir peu à peu une personne grave et prudente, s'intéressant aux sciences, aux lettres, au progrès intellectuel, l)ref, la classi([ue « déesse de la sagesse ». Descendue de sa montagne avec les illustres bandits, elle finit, comme on le voit, par s'imprégner de « Tesprit nouveau >' qui, graduellement, transforme toute la race.

Entre temps, Athènes lutte contre sa voisine Eleusis, contre les gens de Pallène, les « Pallantides », bandits montagnards qui combattaient en lançant des quartiers de roc sur leurs agresseurs. Finalement, elle établit sa prépondérance dans l'Attique, et il se forme un groupe de douze « Cités-lnies » qui, malgré tout, ne font pas encore beaucoup parler d'elles. En effet, à l'époque hi plus brillante des types éolien et achéen, Athènes, petite cité, demeure dans l'ombre, et nous la verrons ne fournir que des recrues obscures à ces grandes expéditions d'outre-mer, dont il nous faut parler maintenant.

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