LE BANDIT A LA MER PIRATES ET CONQUISTADORS : LÉPOPÉE HOMÉRIQUE
Les prédispositions du bandit grec au métier de pirate. — î.c bandit grec est fils de la montagne. Quand les circonstances font qu'il descend, il peut descendre, non seulement dans la plaine, mais sur la mer.
11 peut descendre à la mer d'autant plus facilement que la mer creuse dans son pays une multitude de golfes, et qu'elle est. en bien des endroitS;, tout à fait voisine de la montagne.
Mais il peut surtout descendre à la mer aux époques où il n'existe pas de police maritime capable de s'opposer à ses entreprises.
Ce qui restreint aujourd'hui le rôle social des bandits dans les régions qui tendent toujours à le produire, c'est l'existence de pouvoirs publics forts, souvent appuyés par l'étranger, qui répriment les tentatives sur terre, et l'occupation de la mer par de puissantes marines de toutes nations, qui coupent court à tout essai de piraterie.
Nous avons vu que les grands bandits de la montagne grecque n'avaient pas rencontré d'obstacle assez fort dans la cité pélasgique. Ils n'en rencontraient pas non plus d'assez puissants dans les mers qui environnent immédiatement la Grèce.
Avec ses criques, ses promontoires, ses îles, ses Ilots, ses détroits. l'Archipel offre à la piraterie une foule de lieux d'em-
Ci LA GRKCE ANCIENNE.
Ijuscadc et de refuge. On peut attaquer à l'improviste, et disparaître en un clin d'œil. Aussi la piraterie y a-t-cUe existé à toutes les époques, tantôt prospère, lorsque la répression était faible ou nulle, tantôt rudimentaire, mais cependant vivace, lorsrjue la police des mers était exercée vigoureusement.
De curieux parallèles ont été établis par M. Victor Bérard ' entre les pirates qui sillonnaient la Méditerranée orientale au XVII* siècle et ceux qui exploitaient cette même mer à l'âge homérique. Il y a des diflerences, mais les analogies sont surtout nombreuses. Ce sont, en tout cas, les mêmes allures, le même genre de vie.
Les Pélasges étaient venus en Grèce par mer, et la circulation par mer était tout indiquée à cause des difficultés de la circulation par terre. La navigation était donc chose connue des bandits qui, sortis de la société pélasgique pour gagner la montagne, étaient, sans jamais avoir perdu le contact avec la plaine, redescendus dans cette plaine pour s'emparer du pouvoir.
Dès l'époque héraclide, il y eut donc, vraisemblablement, des expéditions maritimes et des voyages d'aventuriers. Jupiter avait navigué, puisc[u'il avait été nourri en Crète, au lait de chèvre, sur le mont Ida. Son frère Neptune est promu à la dignité de dieu des mers. Son fils Hercule voit sa légende grossie d'aventures lointaines, empruntées pour une part à des légendes phéniciennes, mais qui témoignent de l'intérêt que les Grecs portent à des pays fort distants du leur. Une autre légende attribue à ce même Hercule une première expédition contre Troie et une première prise de cette ville. Les Troyens, assure-t-on, avaient gardé rancune à Hercule et ne lui rendaient aucun culte, bien qu'ils eussent, sous l'influence rayonnante du monde héraclide, adopté celui de .lupittr et des autres dieux « olympiens ».
D'autres légendes envoient encore Persée sur les côtes de Palestine, où il délivre Andromède, exposée à un monstre marin.