‹ La Grèce ancienneChapitre 44 sur 144 · V. — LE BANDIT FRUSTE ET MILITARISTE · texte numérisé non relu

V. — LE BANDIT FRUSTE ET MILITARISTE

cet état d'esprit et ces hal)itudcs dans un milieu qui nv les produisent pas naturellement.

La parole, à Sparte, avait un caractère bien spécial : le laconisme, qui tranche si fortement avec le ])avardage des autres Grecs. Ce ne sont plus les verbeux discours du bon Nestor — un voisin de la vieille Sparte cependant — mais des mots brefs, rapides, énergi(|ues, le langage qui convient à un peuple de militaires où les conversations sont des ordres, des consignes, des réponses à des chefs, des communications de service, et où les paroles, par suite, sont réduites à leur strict minimum.

Ce camp retranché de Sparte avait pour chefs deux rois, avons-nous dit. La tradition faisait remonter leur généalogie à Eurysthène et à Proclès, fils jumeaux de l'Héraclide Aristodème, un des envahisseurs du Péloponèse. Nous avons dit qu'une autre hypothèse, celle d'une fusion entre plusieurs bandes, a été émise. Ces rois commandaient l'armée, étaien prêtres de Jupiter, avaient droit en campagne à une garde de cent hommes d'élite. Ils avaient le privilège de j)i'cndre en temps de guerre tout le bétail qu'ils voulaient et de garder la peau des animaux immolés en sacrifice. Ils avaient partout la place d'honneur, spécialement dans les festins, y recevaient double portion, nommaient les proxènes, chargés d'héberger les étrangers de distinction, et les pythiens de Delphes. Ils s'occupaient des routes et décidaient des adoptions. Leurs funérailles étaient très solennelles et leur mort entraînait un deuil universel. Malgré tout cela, ces « rois » n'étaient pas souverains proprement dits, et c'est pourquoi Sparte est souvent qualifiée de « république ». Le principal organe du gouvernement était le sénat, assemblée de vingt-huit vieillards âgés d'au moins soixante ans, et auquel se joignaient, comme membres privilégiés, les deux rois. Ces sénateurs étaient élus à vie par les citoyens, d'après un système d'acclamations publiques dont l'intensité était mesurée, pour chaque candidat, par un jurv placé de manière à ne pas voir le vieillard qu'on acclamait- Dans la suite naquirent les éphores, magistrats chargés de divers contrôles, « surveillants » généraux, comme l'indiquait

loin nom, et qui so chargèrent surtout de surveiller les rois. Nous retrouvons ici, sous une forme différente et atténuée, cette temlanco dos Grecs à borner l'autorité des chefs qu'ils se donnent, tendance cjui dégénérait en anarchie dans la société homérique. Ici, l'organisation militaire donne aux rois de vrais pouvoirs de généraux, mais seulement en temps de guerre, et c'est la tradition collective personnifiée , autrement dit les vieillards, qui prend le pas en temps de paix. La communauté de cité, si intense qu'elle fût, laissait subsister, en effet, les particularités familiales de la famille des montagnards, notamment ce respect des ancêtres que les Pélasges, issus de patriarcaux, avaient emporté avec eux, et que la montagne, milieu conservateur par essence, avait protégé contre toute diminution. De là encore ce respect proverbial des Spartiates pour la vieillesse, respect qui, bien entendu, faisait partie du programme d'éducation. On se lovait devant les vieillards, comme on fait le salut militaire à son supérieur hiérarchique. Eux seuls, avec les éphores et les rois, avaient le droit de parler dans l'assemblée (lu peiiplo, qui se contentait de voter sur les projets soumis à son acceptation. Cotte prépondérance des hommes avancés en âge, et cette discipline silencieuse des citoyens en présence des autorités, aident à comprendre 1 esprit de suite qui devait présider à la politique dos Lacédémoniens.

La poésie au service du militarisme : Tyrtée. — Pour agir sur l'enfance, avons-nous dit, on utilisait les chants et la poésie. Les Doriens aimaient celle-ci, comme tous les Grecs. On chante et l'on danse dans la montagne albanaise. Mais, vu la nature fruste et ruditnentairo do loui' lorniatiou intellectuelle, do tels hommes sont peu aptes à voir de vrais poètes, des poètes susceptibles de s'imposer à l'histoire, se manifester dans leur soin. Pourtant la poésie, surtout la poésie chantée, a un rr>lo à jouor clans le perfectionnoniont d'une organisation militaire. La principale occupation d'uno armée, celle qui absorbe en piatiquo un temps mille fois supérieur à celui (jui est pris par les combats, c'est la marche. Des autours militaires ont [)u dire que les batailles se

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