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V. — I.E HANKIT KRISTE ET MIUÏAHISTE. lOl

gagnent avec les jambes beaucoup plus qu'avec les bras. Or, il importe, pour des raisons d'ortlre et d'bygiène même, «jue la marche des soldats soit régulière, rythmique. Le rythme égalise l'allure et la rend moins fatigante. La mélodie, de son côté, distrait l'oreille, et empêche les idées noires d'envahir l'esprit du guerrier. Si au rythme et à la mélodie se joignent des paroles exprimant quel(|ues idées très simples, très générales, sur la gloire ou sur la patrie, ces paroles chantées jouent le rôle d'une harangue rudimentaire, cent fois répétée, et opèrent, sur les hommes qui la rab;\chent un merveilleux travail de suggestion. En outre, quand approche le moment d'exposer sa vie, un air guerrier que Ton chante en chœur est le meilleur moyen de s'inoculer un supplément de bravoure, et de fortifier, contre l'instinct animal de la conservation, l'état d'àme factice que l'éducation est parvenue à créer.

La poésie est donc utile à la guerre. Elle l'est aussi pendant la paix, pour produire dans les esprits l'exaltation qui prépare aux guerres prochaines. On sait que la Marseillaise et le Chant du Départ n'ont pas été sans influence sur les victoires de la Révolution française. C'est pour des services analogues que la poésie était prisée à Sparte. On ne s'attache pas seulement à obtenir des adolescents robustes, disciplinés, endurants. On tient encore à les magnétiser, à leur « monter la tête », en mettant au service du patriotisme les ressources magiques de l'art. De là des « fêtes nationales », avec chœurs, processions, parades, mimiques belliqueuses, et autres procédés de suggestion collective. Dans les fêtes publiques de Sparte, dit Plutarque, il y avait trois chœurs. Le chœur des vieillards entonnait : « Nous avons été jadis jeunes et braves! » Le chœur des jeunes gens répondait : (( Nous le sommes maintenant! » Celui des enfants ajoutait : « Et nous, un jour, le serons, et bien plus vaillants encore! » C'est précisément la combinaison du Chant du Départ. Des danses guerrières, comme \d. pyrrhique, et des fêtes comme les gijmnopédies. où les enfants dansaient dans l'appareil de la lutte, en se donnant des coups, s'harmonisaient avec l'ensemble du système. Au cours de ces fêtes et de ces danses, naturelle-

ment, on chantait des hymnes appropriés au sentiment général.

Mais la formation Spartiate, on le conçoit, ne se prête guère à léclosion de poètes. D'ailleurs, pendant que le militarisme dorien s'étend sur le Péloponèse, d'autres civilisations plus douces se développent ailleurs, et la poésie, pour des causes que nous verrons, y prend plus librement son essor. Il arrive donc assez naturellement que Sparte, mal outillée pour produire cette denrée poétique dont elle a besoin, l'importe volontiers du dehors. On ne cite aucun poète né à Sparte; mais on en cite plusieurs qui sont venus à Sparte, et qui y sont venus parce qu'on les y a appelés. Mais il fallait qu'ils prissent garde de ne pas contrarier le « plan d'éducation » de la cité. Terpandre, un Eolien de Lesbos, fut un de ces hôtes, et la tradition veut qu'il ait, par les accords de sa lyre, calmé un jour une sédition. Mais la tradition ajoute que ce même Terpandre fut banni de Sparte, pour avoir ajouté des cordes à la lyre, ce qui rendait les chants trop variés, et, partant, trop efféminés. Un autre spécialiste du même genre fut Alcman, de SarJes — élevé à l'école de l'Asie Mineure — et qui, accueilli à Sparte, y organisa — ou sans doute y perfectionna — les chœurs dansants de jeunes filles désignés sous le nom de parthénies. La vogue de ces parthénies, évoluant en particulier devant l'autel de Bacchus, se répandit ou se fortifia un peu partout, et l'existence de semblables chœurs, jointe à d'autres causes qui agirent plus tard, devait contribuer à l'élaboration de la poésie dramatique.

Mais un troisième poète a laissé dans l'histoire de Sparte une trace plus illustre encore, et plus significative. Nous voulons parler deTyrtée.

Tyrtée était athénien, et les Doriens de Sparte détestaient cordialement les Ioniens d'Athènes. C'est ce qui rend plus curieux l'aveu contenu dans l'anecdote traditionnelle, telle qu'elle était conservée à Sparte même. Engagés dans une guerre terrible contie les Messéniens, les Spartiates aurairnt consulté l'oracle de Delphes, et l'oracle aurait répondu que les Spartiates ne pourraient vaincr»^ (|ue sous l<*s ordres d'un général athénien. Sparte,

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