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malurt' ses répui^nances, aurait donc (lemandù un général à Athènes, et les Atliéuiens, par dérision, auraient envoyé aux Lacédénioniens un maitre iV école boiteux.
C'est Tyrtéc, ajoute l'histoire, qui, par ses chants enflammés, ranima le courai;e des Spartiates et les conduisit à la victoire. Kufre deux peuples doriens éijalement braves et résolus, c'est la poésie qui avait fait pencher la balance, mais cette poésie était un auxiliaire exotique, fourni par une cité de formation différente et emprunté de mauvaise grâce à celte cité rivale, sous l'aiguillon d'une impérieuse nécessité.
En d'autres ternies, les Spartiates sont consommateurs de poésie, mais ils n'en produisent pas. Atbènes, d'autre part, est la cité ionienne le plus rapprochée de Sparte, et il est naturel que celle-ci ait emprunté à celle-là un spécialiste dont elle éprouvait le besoin. Pour se justifier de cette sorte d'humiliation, les Spartiates ont fait deux choses : ils ont invoqué l'ordre de la divinité, et ils ont attribué aux Athéniens une intention malveillante. Pratiquement, Tyrtée entre dans une catégorie bien nette, celle des « intellectuels » que les Spartiates ont attirés chez eux pour jouer un rôle qu'ils ne savaient pas jouer euxmêmes : composer des hymnes, diriger des chœurs de musique, ordonner artistiquement des fêtes, faire office de chefs d'orchestres, de maîtres de ballets, organiser les évolutions rythmiques et les processions connues sous le nom à' hipporchèmes et de prosodions ,' enfin régler d'une façon supérieure ces chants de guerre, « péans » ou autres, qui doublaient la valeur agressive du soldat. Tyrtée, comme le vieil Orphée ou les aèdes de même type, était didactique et moraliste :
« Il est beau pour un brave, disait-il, de tomber aux premiers rangs de la bataille et de mourir en défendant sa patrie. Mais il n'est pas de plus lamentable destin que d'abandonner sa cité, ses fertiles campagnes, et d'aller mendier par le monde, en traînant après soi sa mère, son vieux père et ses petits enfants.
« Combattez donc avec courage pour cette terre, jeunes guerriers, et n'abandonnez pas vos aînés, ces vieux soldats dont les jambes ne sont plus légères. Car c'est chose honteuse de
voir étendu sur la terre, eu avant des jeunes hommes, un brave dont la tète est blauchie déjà, et qui exhale dans la poussière son âme généreuse, en retenant de la main ses entrailles sanglantes. Mais à la jeunesse tout sied. Tant que le g-uerrier a cette noble ileur de Tâgre, on l'admire, on l'aime, et il est beau encore quand il tombe aux premiers rangs de la bataille. »
Puis, quand Faction était venue, le poète « enlevait » son monde :
« Tenons-nous ferme, les jambes écartées, les deux pieds posés sur la terre, que les dents mordent la lèvre, que le ventre du large bouclier protège en bas les cuisses et les jambes, et en haut la poitrine et les épaules. Brandissons dans la main droite la lance terrible; jetons l'épouvante en agitant l'aigrette qui surmonte notre tète. »
Mais le cas de Tyrtéc a quelque chose de spécial en ce qne les Spartiates, dit la tradition courante, ne le firent pas venir seulement pour être poète, mais qu'ils le firent \en\r comme général. Ce fait demande à être commenté. Jetons un coup d'oeil, pour cela, sur les guerres de Messénie.
Doriens contre Doriens : les guerres de Messénie. — Le sud du Péloponèse se termine par trois pointes montagneuses encadrant deux golfes. Le fond de ces golfes se prolonge sur terre par deux petites vallées, celle de l'Eurotas à droite et celle du Pamisos à gauche. C'est dans cette dernière que s'étaient établis les Doriens de l'Héraclide Cresphonte, et ils avaient institué dans cette région un ordre de choses analogue à celui que les Spartiates faisaient régner dans le bassin de l'Eurotas. En Messénie, comme en Laconie, des bandes de guerriers dominaient une population antérieure. Seulement, en Messénie, cette population antérieure paraît avoir été moins opprimée, soit qu'elle fût plus forte, soit que les envahisseurs, dans ce coin de péninsule, fussent moins nombreux. La Messénie passait pour plus riche et plus fertile que la Laconie.
Commeentre clans all)anais voisins, la mésintelligence régnait entre Doriens de l'est et Doriens de l'ouest. Il v avait des mz-
\. — LE BANniT FRISTE ET MILITARISTE. lO.j
zias et des vendettas. Des guerres éclatèrent donc, mais elles furent terribles, car, des deux côtés, les guerriers étaient extrêmement braves et les collines escarpées se prêtaient à la prolongation de la lutte. Qu'on se figure, dans un chaos de gorges abruptes, dans des sentiers de chèvres surplombant des précipices, des bandes de Léonidas se heurtant à d'autres bandes de Léonidas, et consacrant, à se pourfendre obscurément, des trésors de force, d'agilité, de courage, qui eussent suffi à mettre en déroute des armées de Perses ; voilà comment on peut se représenter ces redoutables guerres de Messénie qui mirent Sparte en péril.
On raconte qu'un iMessénien, nommé Polycharès, avait eu ses troupeaux enlevés et son fils tué par un Spartiate. Ayant vainement demandé justice, il se posta sur la frontière — le Taygète — et se mit à tuer tous les Lacédémoniens qui passaient par là. Voilà bien les mœurs de nos Albanais, telles que nous les connaissons encore. Ce Polycharès, depuis des siècles, peut s'appeler légion. Tel fut, d'une façon extrêmement vraisemblable, le commencement de la première guerre de Messénie. LesDoriens de Laconie fondirent sur leurs voisins, et firent du dégât sur leurs terres. Surpris par l'attaque, lesDoriens de Messénie se rallièrent, et livrèrent plusieurs combats indécis. Mais les Spartiates, ayant pris le dessus, obligèrent les Messéniens à se retirer sur le mont Ithôme, qui arrêta les efforts des Lacédémoniens pendant de longues années. Cette montagne, forteresse fournie par la nature, et munie sans doute de retranchements plus ou moinsgrossiers, tenait en respect les guerriers de Sparte comme des asiles analogues, dans la montagne albanaise, tiennent en respect des bandes d'agresseurs qui, prudents malgré leur courage, se contentent de bloquer l'obstacle avec persistance au lieu de l'escalader. Finalement, un nommé Aristodème, ayant immolé sa fille aux dieux, dit la légende, et conquis par là un grand prestige, fit une « descente » heureuse sur les Spartiates, les tailla en pièces et les força à retourner dans leur pays.
Alors — nouveau trait de mœurs — les Spartiates ont recours à un stratagème, qu'ils avaient le droit de supposer bon. Ils font semblant de bannir cent des leurs, qui se réfugient chez les
lOC» LA GRÏXE ANCIENNE.
Messéniens, pour gagner la confiance de ceux-ci et s'introduire dans la place. Mais ce n'est pas pour rien que les Messéniens sont cousins germains des Spartiates. La ruse est éventée, et Sparte enregistre un nouvel échec. Toutefois, Aristodènie étant mort et les razzias lacédémoniennes ayant continué, les Messéniens, pris par la famine, consentent à traiter avec Sparte et à payer tribut. Ceci se passe au viii'' siècle.
(]etto soumission dura quelque temps, mais deux générations après, au vii'= siècle, les Messéniens se révoltèrent, sous la conduite d'un nouveau chef, nommé Aristomène, qui vainquit les Spartiates à Stényclare. C'est alors que les Lacédémoniens firent venir Tyrtée. La guerre suivit une évolution assez analogue à la première, et les Messéniens, renouvelant leur système de défense, allèrent se retrancher sur le mont Ira, où les Spartiates les assiégèrent pendant onze ans. On conçoit la nature de ces sortes de u sièges », qui consistent à guetter l'ennemi avec une assiduité plus ou moins grande, non pas au coin d'un bois, mais au bas d'un rocher dont on surveille les abords.
Après diverses péripéties et plusieurs sanglantes « descentes » d' Aristomène, qui surprenait de temps en temps le personnel du blocus et changeait l'offensive en défensive, les Spartiates, sous la conduite d'un transfuge et à la faveur d'un orage, se décidèrent à escalader la formidable colline autour de laquelle ils montaient la garde. Après une rude et dernière lutte, ils enlevèrent la position. Un certain nomljre de .Messéniens furent réduits à l'état d'ilotes. D'autres se bannirent, selon la formule connue, en d'autres cités. D'autres s'embarquèrent pour l'Italie du Sud, où ils fondèrent Rhégium, et de Hhégiiim sortirent plus tard d'autres émigrants ((ui, s'étant emparés de Zancle en Sicile, lui donnèrent le nom de Messène, reconnaissable aujourd'hui sous celui de Messine.
L'intensité de l'art militaire Spartiate. — Cet art était très intense, et jamais peut-être la foice physique du soldat, ainsi que la tactique élémentaire des petits champs dv bataille, n'ont été poussés plus loin. Nulle Inmiatiou. [»cut-étro, n'a si bien