V. — LE MANIHT KIUSÏE ET Mll.ITAHISTE
qu'il ait été pour eux, non seulement uu donneur tle courage, mais encore un donneur d'idées. La chose est d'autant plus vraisemMahle que, la division du travail étant bien moins prononcée alors qu'aujourd'hui, un homme instruit, comme le sont les poètes, n'était pas tourné vers une catégorie exclusive de connaissances ou d'occupations libérales, comme le sont aujourdhui nos lettrés ou nos ingénieurs, mais avait une harmonieuse teinture de tout. L'esprit, alors, se développait dans tous les sens, et nous verrons, à Athènes même, d'autres poètes, tels que Sophocle, choisis précisément comme généraux.
Le cas de Tyrtée, en un mot, représente le besoin qu'avait Sparte de se compléter, même dans cet art militaire où ses citoyens étaient devenus des virtuoses. Le poète-général incarne en lui les qualités qui différenciaient la société ionienne de la société dorienne et les emprunts que, pour combler certaines lacunes, celle-ci devait parfois faire à celle-là.
Le rayonnement militaire de Sparte. — Les guerres contre les Messéniens étaient le prélude dune série d'expéditions qui devaient donner à Sparte Y hégémonie du Péloponèse, autrement dit une prépondérance militaire accompagnée d'un long prestige. Ce prestige n'était plus lié, comme à l'époque achéenne, à la personne brillante et persuasive de tel ou tel chef, favorisé d'ailleurs par l'exploitation d'un lieu fertile en ressources. Ce prestige était lié désormais à la Cité elle-même, à la collectivité plus cohérente, mieux disciplinée. Si on le remarque, la régularité de l'organisation va croissant depuis la première descente de montagnards. Avec les Héraclides, on a l'organisation sommaire et chaotique, procédant par grands coups de force et à l'aventure. Avec les Hellènes, on a cette fourmilière de « meneurs d'hommes », encore un peu anarchique par certains côtés, mais réalisant comme une ébauche d'organisme régulier par le jeu des protections, des amitiés et des réseaux d'alliance. Avec les Doriens, nous avons l'organisation strictement disciplinaire, bannissant les derniers restes d'anarchie. C'est toujours la Cité qui forme le moule de la vie publi-
que; mais il y a des cités reines et des cités sujettes, des cités suzeraines et des cités vassales, des cités protectrices et des cités protégées. Maîtresse de la Messénie, et, pai- suite, de tout le sud du Péloponèse, Sparte porte ses ambitions vers le nord. Elle restreint encore l'indépendance relative de l'Arcadie, elle oblige la cité de Tégée à devenir son amie — amie de condition inférieure — et à lui fournir, dans ses campagnes, des contingents militaires. Elle lutte avec Argos pour la possession des collines de la Cynurie, qui longent le rivage oriental du Péloponèse, et met les Argiens dans un état de dépendance d'où ils n'oseront plus sortir. C'est ensuite l'ile d'Égine qui est forcée de donner des otages. Sparte étend son influence sur les riches cités commerçantes de Corinthe et de Sicyone, et finit par intervenir en Attique, dans les querelles intestines des Athéniens. Toute cette série d'événements nous amène jus- (ju'au v' siècle avant Jésus-Christ, c'est-à-dire vers l'époque des guerres médiques.
L'expansion dorienne hors de Grèce. Le monde dorien. — Mais tandis que Sparte prenait si brillamment le pas parmi toutes les cités doriennes, qu'était devenu l'ensemble du monde dorien ?
Nous avons vu les envahisseurs se répandre dans le Péloponèse et refouler les Achéens et Ioniens qui l'habitaient. Ce refoulement, avons-nous remarqué, ne fut pas complet. Non seulement le fond agricole de la population ne bougea pas ; mais des groupes importants d'Hellènes appartenant à la « classe dirigeante >• réussirent, en bien des cas, à obtenir des modus Vivendi avec les vainqueurs. Il en résulta que le type dorien, quoique dominant, ne demeura pas pur, et que l'ancien type achéen ou ionien, en se combinant avec lui, produisit des alliages. Ce fut le cas, notamment, pour l'île d'Egine, ainsi que pour Argos, Corinthe, Mégare et Sicyone.
Nous avons dit qu'à Argos les « serfs » étaient parvenus, momentanément, à renverser les autorités doriennes. Celles-ci reprirent le dessus, mais, à la longue, la dynastie héraclidc