‹ La Grèce ancienneChapitre 49 sur 144 · V. — LE IJAMtn KUUSTE ET MILITAHISTE · texte numérisé non relu

V. — LE IJAMtn KUUSTE ET MILITAHISTE

fut reiuplacée. Mémo [jlKhiornùiie à Corinthc, où une dynastie indigène, celle des Bacchiadcs, se substitua aux rois « liéraclides », en attendant d'être remplacée par une famille plus brillante, celle des Cypsélides. Même révolution à Sicyone, au vil'" siècle. Dans ces deux dernières cités, situées sur l'isthme ou tout près de l'isthme, le commerce et la navigation, exercées par les éléments ioniens de la population admis par les vainqueurs au droit de cité, conservaient une importance très sérieuse; des dominateurs purement militaires étaient moins bien ([ualifiés qu'à Sparte pour prolonger victorieusement leur système de compression. Aussi Corinthe, au bout de quelques siècles, finit-elle par évoluer franchement vers le luxe et les mœurs relâchées des ports maritimes, et Sicyone devint-elle célèbre par ses artistes, peintres, fondeurs et sculpteurs.

Les Doriens, répétons-le, n'étaient pas des barbares. C'étaient des Pélasges, d'anciens urbains par conséquent, longtemps confinés dans la montagne, mais capables, à leur descente, d'un certain retour vers la civilisation et d'une certaine adaptation aux milieux plus avancés au milieu desquels tombaient leurs bandes guerrières. Sous leur rudesse de mœurs qui les distinguait des premiers Hellènes, il sgardaient une intelligence des hommes et des choses telle qu'on pouvait l'attendre de <'. bannis » qui reviennent dans leur patrie. En un mot, c'étaient des Grecs, des Grecs de physionomie plus dure, plus austère, plus militariste, mais, en somme, toujours parents des autres Grecs.

Cette origine des Doriens explique leur fusion, sur plusieurs points, avec les indigènes; elle aide à comprendre, aussi, par combinaison avec ce dernier fait, les migrations maritimes de la race dorienne, qui se traduisirent par des fondations de colonies.

Les colonies doriennes se divisèrent en deux groupes.

Le premier comprend une traînée d'iles partant du Péloponèse pour aboutir à la pointe sud-ouest de l'Asie Mineure, et formant la bordure méridionale de l'Archipel. On conçoit que ces iles — Cythère , Mélos , Théra , Astypahea , Cos, Rhodes, pour citer les

principales — aient été facilement conquises de proche en proche, à partir de ce Péloponèse où les Doriens avaient si fortement établi leur domination. Ces îles n'étaient en définitive qu'en petit nombre et elles se trouvaient, au sud, sur les confins du monde grec. Tout porte à croire que la domination achéenne ou ionienne, avant la guerre de Troie, devait y être plus récente, moins assise, et que ces iles, longtemps possédées par les Phéniciens, leur avaient été arrachées depuis peu.

Le second groupe des colonies doriennesse trouve dans l'Italie du Sud et dans la Sicile. Sa constitution eut pour cause l'activité spéciale de Corinthe, la ville maritime par excellence, assise sur deux mers, et aussi celle de Rhodes, dont les habitants, à la longue, avaient dû se former à l'audace maritime au contact des navigateurs phéniciens. Soit à Rhodes, soit à Corinthe, l'action de la population indigène s'exerça fortement pour faire évoluer les Doriens vers le type du port.

Une île qu'il faut mettre à part, c'est la Crète. On n'a pas de détails sur la descente des Doriens dans ce pays, qui donna le premier, dit-on, l'exemple d'une « législation » dans le genre de celle de Sparte, et où Lycurgue alla puiser des idées. Ce qui est curieux, toutefois, c'est que les Doriens de Crète, groupés dans cette grande ile à l'état de communautés militaires, paraissent n'y avoir pas joué de rôle politique, et avoir laissé la direction des affaires aux habitants des cités locales. Les Doriens, venus de Sparte et d'Argos, à ce qu'on croit, se seraient imposés seulement comme spécialistes militaires et défenseurs du pays, moyennant un tribut et des privilèges. C'était, en quelque sorte, une caste de mercenaires à demeure, avec une concession perpétuelle et un monopole de gendarmerie. Dans le pays du grand gendarme Minos, on devait avoir gardé le besoin de tels auxiliaires.

C'est d'Argos que partirent des colons pour Rhodes, la frontière orientale du monde grec. Les Phéniciens avaient passé par là, (^t influencèrent évidemment les nouveaux colons. On voit ceux-ci rayonner en Lycic, en Carie et dans les iles voisines, puis se lancer dans la Méditerranée occidentale, et fomler on

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