V. — LE BANniT FHISTE ET MILITARISTE
Sicile Gela, qui fonde elle-même Airi'ic^ente. La pointe sud-ouest de l'Asie .Mineure, où aboutissait l'étroit cordon des îles dorieniies, présentait deux presqu'îles longues et étroites. Sur l'une, les Trézéniens fondèrent Ilalicarnasse ; sur l'autre, desLaconiens fondèrent Cnide, qui devint célèbre, ainsi que plusieurs autres lieu."c de relAche pour les équipages, par le culte particulier de Vénus, dû sans doute à la corruption plus facile des mœurs. La partie de la côte d'Asie Mineure ainsi occupée par des Doriens reçut le nom de Doride. La disposition de tout ce cordon, tendu à l'extrême sud de l'Archipel, montre que les Doriens, moins forts sur mer que les Ioniens, avaient dû se contenter d'occuper, pour ainsi dire, des postes en lisière, aussi loin que possible des points où leurs adversaires vaincus avaient ramassé leurs forces.
De l'autre côté de la Grèce, les Corinthiens avaient colonisé Corcyre (Corfou), île relativement lointaine sur les côtes de l'Épire. Mais la plus brillante de leurs colonies fut Syracuse, qui devait devenir une cité immense, une des plus vastes qu'aient jamais habitées les Grecs. Nous avons noté l'exode des Messéniens à Rhégium. Plusieurs autres groupes doriens vinrent s'installer sur ces rivages de la Sicile et de l'Italie du Sud, qui recurent, du fait de leur présence et de celle d'autres colons, le nom signihcatif de Grande Grèce.
Tout à fait à l'écart des autres, la plus méridionale et la plus célèbre des colonisations doriennes fut celle de Gyrène, en Afrique. La Gyrénaïque est une exception sur la côte africaine. C'est un coin de sol grec échoué sur les sables de la Tripolitaine, ou, si l'on aime mieux, une ile de l'Archipel égarée au sud, entre le désert et la mer. Ce pays fut colonisé par des émigrants de l'Ile de Théra (aujourd'hui Santorin) où les Doriens s'étaient déjà mélangés à des hommes d'autres types. Le chef de l'expédition, nommé Battos, était de race mynienne, comme Jason. Des aventuriers de diverses cités, notamment des Cretois, avaient fourni leurs contingents. On raconte que les matelots, effrayés par la longueur inédite de cette navigation — il fallait perdre la terre de vue pendant plusieurs jours — opposèrent à Battos
des résistances analogues à celles que devait rencontrer Christophe Colomh cinglant vers l'Amérique. Cinq cités, dont Cyrène fut la principale, s'élevèrent dans ce coin reculé du monde grec, et s'enrichirent par la culture du silphium, plante très recherchée alors comme légume et comme denrée pharmaceutique . Un certain Démonax, à Cyrène, joua le rôle de législateur que Lycurgue avait joué à Lacédémone.
L'art dorique et sa propagation en dehors du monde dorien. — Môme lorsque le type dorien se déformait par la fusion avec d'autres types, il conservait assez de prestige pour donner un cachet spécial et reconnaissable aux divers groupes qu'il contribuait à former. De nouveau, les montagnards avaient joué le rôle de levain qui fait fermenter la pâte. Ce prestige et cette intluenco se traduisirent, au point de vue intellectuel, par trois phénomènes importants, qu'il convient de noter.
Le premier phénomène fut le développement littéraire du dialecte dorien. Ce dialecte, le plus mAle des dialectes grecs, est, après l'éolien, le plus rapproché du latin, c'est-à-dire de la souche linguistique primitive. La lettre a y domine et les contractions y sont fréquentes, ce qui enlève de la finesse et des nuances. Ce dialecte devint celui de la poésie Lyrique chantée en chœur. Nous avons montré que ces chœurs, grAce à la vigueur de la vie publique et aux fêtes occasionnées par l'éducation systématique de l'enfance, étaient plus prospères chez les Doriens qu'ailleurs. Il en résulta que, même chez les Ioniens, lorsque les poètes firent des vers pour les chœurs, ils suivirent naturellement la mode existante et écrivirent en dialecte dorien. Les grands tragiques d'Athènes eux-mêmes devaient s'incliner devant cette anomalie consacrée par l'usage. Tant que dure le dialogue, c'est la langue d'Athènes que parlent les personnages. Dès que le cho'ur commence, c'est l'idiome de Sparte (ju'on entend.
Le second phénomène est la dilfusion, on musicpie. du )nodc dorique. C'était le mode grave, religieux, tel qu'il convient î\ des chants organisés par la Cité pour l'éducation do la jeunesse.