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VI. — LES HEFÛILKS ET LEURS MIGRATIONS

tout ce ([ue Jes Grocs savent créer en fait de pouvoirs publics. Toute colonisfition est donc accompag^née d'une rupture avec la cité-souche, et l'on n'a pas l'idée qu'il puisse en être autrement. (>epeiidant, si le lien matériel est rompu, le lien moral subsiste. La cité d'où l'on est parti demeure la métropole, mot à mot la cité mère. Elle conserve des droits à un certain respect, à une particulière déférence. Les émigrés, en partant, ont eu le soin d'emporter le feu sacré de leur patrie. Ils entourent d'un culte spécial les mêmes divinités que leurs pères. Ils emmènent avec eux des prêtres et des devins appartenant à des familles pour ainsi dire « nationales », anciennement investies du monopole de leurs fonctions. Ils s'efforcent, en construisant la ville nouvelle, de reproduire les temples, la citadelle, les places, les rues de la mère-patrie. C'est vers celle-ci qu'ils se tourneront le plus volontiers en cas de péril, s'ils éprouvent le besoin de quelque assistance étrang-ère. Et, réciproquement, c'est vers la colonie que fuient volontiers les gens de la métropole, si quelque désastre fond sur eux.

Les Achéens en Italie : l'austère Crotone et la molle Sybaris. — Des exodes de ce genre avaient dû se produire, évidemment, bien avant l'invasion dorienne. Mais celle-ci, par sa puissance de refoulement, en détermina un grand nombre.

Nous avons vu comment « l'empire d'Agamemnon », c'est-àdire le groupe important de cités du Péloponèse qu'entraînait l'ascendant des chefs achéens de Mycènes, avait croulé sous le choc des envahisseurs, et comment, après le remous de l'invasion, les débris des Achéens vaincus s'étaient trouvés massés au nord du Péloponèse, sur le rivage, qui allait prendre dès lors le nom d'Achaïe. Ce rivage, bordé par le golfe de Corinthe, qui débouche au sud de l'Adriatique, offrait au trop-plein des fugitifs une route vers l'Occident. Ils s'en servirent et allèrent fonder, dans le sud de l'Italie, plusieurs cités importantes, dont les plus célèbres furent Crotone et Sybaris.

Ces deux villes sont restées dans l'histoire avec un cachet spécial.

Crotone était célèbre par ses médecins et ses athlètes. On y cultivait l'hygiène et les sports. C'est la patrie du fameux Milon, dont la force physique est denieurée lég-endairo.

Sybaris, au contraire, était la ville de la mollesse et des voluptés. Certains traits des Sybarites sont restés légendaires aussi, ils ne pouvaient, disait-on, souffrir le pli d'une feuille de rose. Leur cuisine avait des ralfinements merveilleux et aucune laine n'était assez fine pour draper leurs membres délicats.

L'antithèse entre ces deux villes, qui date d'ailleurs d'une époque fort postérieure à leur fondation, montre la lutte qui s'était établie, sur ces rivages, entre deux courants.

Sybaris, c'est le grand port maritime corrompu parla richesse, à la suite d'un commerce intense et prospère.

Les villes du sud de l'Italie, auxquelles aujourd'hui ron ne s'arrête plus, étaient alors d'importantes étapes de trafic entre le monde grec d'une part et, d'autre part, cette immense Méditerranée orientale, qui était, nouslavons dit, comme un Océan rempli ou bordé de « pays neufs ». Elles durent être aussi, à un moment donné, les habiles intermédiaires entre le commerce des Grecs et celui des Etrusques.

La situation favorisée de cette région se révèle d'ailleurs par la prospérité inouïe et l'importante population d'autres villes, comme Locres, Tarente, Syracuse, à la place desquelles on ne trouve aujourd'hui que des villages, mais qui atteignirent, à un moment donné, un haut degré de splendeur.

Or, la richesse engendre le luxe, et le luxe enfante la mollesse. Cela est classique.

Ce qui est classique aussi, c'est la lutte qui s'établit contre l'invasion des nouveautés amollissantes et corrupti-ices. dans les cités où les traditions de sobriété et de virilité sont encore représentés par une puissante élite sociale.

Cette élite voit le péril, et se raidit contre lui. Ce sont alors des lois somptuaires, des prédications liygiéniiiues et morales, des appels à la loi pour prott'ger les munirs, des mesures artificielles pour écartei' la eontagion du luxe et de la sensualité. Alors surgissent, selon les pays, des !»ytliai:<ires, des Catons, des Savonaroles.

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