‹ La Grèce ancienneChapitre 60 sur 144 · VI. — I,KS RÉFori.ÉS ET LEIKS MKMtATniNS · texte numérisé non relu

VI. — I,KS RÉFori.ÉS ET LEIKS MKMtATniNS

astres se nourrissent de vapeurs. La terre, dit-il, a passé de létat liquide à l'état solide, et repassera à l'état liquide. Et Mélissus de Sanios a des idées analogues. Le plus illustre enfant de la même Samos, Pytliagorc, ne s'absorbe pas dans les mathématiques en pur uiatliéuiaticicn. (>et ami des cliitTres, qui avait voyaiié en Orient, et fréquenté les géomètres é.yyptiens, se préoccupe beaucoup aussi du chaud, du froid, du sec, de l'humide, des saisons, des couches d'air, du feu central, delà rotation de la terre, et autres phénomènes des plus concrets.

C'est à Abdère, colonie ionienne sur les côtes de ïhrace, que na(|uit la théorie des atomes crochus, si célèljre pour avoir été reprise plus tard par Épicure et chantée par Lucrèce. Les philosophes abdéritains, Leucippe, Démocrite, sont hypnotisés, eux aussi, par l'idée de l'origine du monde, et, comme nul n'a l'idée de la création, chacun cherche Vêlement d'où ont pu sortir les choses, ainsi que la manière dont elles en sont sorties. Et cette théorie n'est pas modifiée à fond par Anaxagore de Clazomène qui, tout en admettant une « intelligence » organisatrice, conserve des atomes nommés « homaeméries », ayant d'avance les qualités des corps qu'ils doivent servir à former.

Pour préciser l'orientation de la philosophie ionienne, on peut dire que l'esprit qui l'inspire se résume en deux mots : l'idée de génération (phijsis\^ et l'idée d'ordre {cosmos j. Le monde est quelque chose qui a poussé, et c'est aussi quelque chose de bien arrangé. Car ces chercheurs et ces raisonneurs sont aussi des artistes. La question des éléments se pose dans leur esprit devant le spectacle des choses, qu'ils ont le temps de contempler, mais ils éprouvent le besoin d'y apporter des solutions élégantes , harmonieuses, car le sens du beau s'est développé chez eux par l'éducation. Chose remarquable, l'idée d'un Dieu arrangeur est absente jusqu'à Socrate, et néanmoins tous les efforts des philosophes tendent à établir dévastes symétries, des correspondances systématiques entre les différentes parties et les ditTérentes forces do l'univers. Il faut que les systèmes tiennent debout comme de Ijcaux temples ou de beaux vases. La vérité pourra se plaindre, mais les veux artistes seront contents.

ISC) LA (iUKCE ANCIENNE.

L'art ionien, reflet des élégances de la race. — ^^ Artiste, l'Ionien l'est dans toutes les branches. Les mêmes causes qui ont affiné son sens esthétique en matière de poésie et de philosophie laflinent aussi en matière de musique et d'architecture. En musique, sans doute, Tlonie n'attache son nom à aucun système nouveau. Mais elle s'approprie deux « modes » asiatiques, nés dans larrière-pays, et les adapte aux chants de ses poètes. La Phryg-ie, la Lydie donnent leurs noms à ces deux modes, ou « genres » mélodiques. A propos de la flûte, nous avons déjà parlé des aptitudes musicales de la Phrygie, oùMarsyas défiait Apollon. Depuis lors, Apollon et les siens sont venus, par le jeu des émigrations et des superpositions, perfectionner le talent des disciples de Marsyas. Quant à la Lydie, elle avait fini par subir d'une façon très notable l'influence intellectuelle et morale des Grecs. Le mode lydien était doux et voluptueux, spécialement adapté, nous dit Platon, aux joies du festin. Le mode phrygien était ardent et passionné.

En revanche, l'Ionie a attaché son nom à un style spécial d'architecture. La colonne ionique est plus légère, plus élancée que la colonne dorique. Au lieu de poser directement sur le sol, elle a un jned et une base. Les cannelures du fût sont plus nombreuses et adoucies aux angles. Le chapiteau, beaucoup plus orné que le chapiteau dorique, comprend un gorgerin, ou sorte de col, décoré d'une petite frise sculptée, une échine couverte d'ornements appelés oves, et enfin les volutes, qui caractérisent à première vue l'ordre ionique. Ces volutes supportent encore une plaque carrée et sculptée. Comme l'ordre dorique par sa sévérité, l'ordre ionique, par son élégance, reflète admirablement le génie de la race qui l'a créé.

Les plus beaux spécimens de l'architecture ionique étaient le temple d'Apollon Didyméen à Milet et le temple de Diane à Éphèse (ce dernier catalogué parmi les « sept merveilles du monde »). Le temple d'Apollon à iMilet fut reconstruit, A une époque assez tardive, par les architectes Pœonios et Daphnis, sur les ruines d'un temple archaïque du même dieu, comme la ville avait été fondée <i nouveau sur l'emplacement d'un vieux

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Milet prIasu'Kjue. Les colonnes, au nombre de div sur la façade, s'élevaient à 18 mètres de hauteur, et lentableraent était renommé pour sa sveltesse. Le temple de Diane à Ephèse avait des colonnes de 20 mètres de haut, dont la partie inférieure était sculptée jusqu'à une certaine hauteur. Le principal auteur du plan était Ctésiphon. Le temple avait coûté, dit-on, deux cent vingt années de travail, et fut brûlé par un maniaque du nom d'Érostrate, qui, avide de gloire — passion bien grecque même dans son exagération maladive — n'avait {)as trouvé d'autre moyen de rendre son nom immortel.

D'autres arts brillaient ou se développaient en lonic. La peinture y était encore dans l'enfance, mais, si les noms d'Apelle et de Parrhasius n'appartiennent pas à l'époque dont nous parlons ici, le fait que ces deux grands peintres sont nés à Ephèse est assez significatif. L'orfèvrerie était florissante, et l'on cite un Théodore de Samos, qui monta sur or l'émeraude du fameux anneau de Polycrate. Ce « tyran » — autrement dit chef populaire — de Samos, dont nous avons déjà parlé plus haut, était bien le type de l'Ionien riche et fortuné, à qui la vie sourit de toute manière, et qui, élevé dans un milieu très fin, très intelligent, a tout le loisir nécessaire pour ruminer les impressions de son esprit. Polycrate en était donc arrivé à se trouver malheureux d'être trop heureux, et, dit la légende, comme il tenait beaucoup à son anneau, il voulut s'infliger une privation en le jetant dans la mer. Le lendemain, la fortune obstinée le lui rendit dans les entrailles d'un poisson servi sur sa table. Théodore de Samos avait encore inventé, avec Rhœcas, l'art de fondre des statues. On lui attribue aussi l'invention de l'équerre, du niveau, du tour et des clefs. Glaucos de Chio, un autre statuaire, fondeur de métaux, inventait, dit-on, la soudure. Un autre artiste de Chio, Mêlas, entreprenait le premier de travailler le marbre. Précisément, l'île ionienne de Paros offrait aux sculpteurs de la région de magniGques carrières de cette substance. A mesure que l'art progresse, les artistes emploient d'ailleurs toutes sortes de matériaux. L'or, le marbre, l'ivoire, le bronze, le bois, la terre cuite, s'alliaient et s'harmonisaient dans la même œuvre. Souvent

l'artisteétait en même temps un ingénieuret unmétallurge. Puis, tandis que s'éveillait le souci d'idéaliser l'image des dieux, s'éveillait celui d'inscrire les faits et les généalogies des hommes, pour V inslrucdon de la postérité, et des « logographes », comme Hécatée de Milet et Phérécyde de Léros, commençaient à s'acquitter de cette besogne. Tous les logpgraphes ne sont pas ioniens, mais tous écrivent en ionien, parce que l'Ionie a donné le branle. C'est ainsi qu'Hérodote, né sans doute à Halicarnasse, colonie dorionne, mais établi ensuite à Samos et imprégné d'esprit ionien, devait écrire dans ce dialecte sa fameuse histoire, si voisine de l'épopée par le style, et divisée en neuf livres dédiés aux neuf Muses.

La réaction de l'Ionie sur la Lydie; le type de Crésus. — Cet art trouvait de riches protecteurs, non seulement chez les riches bourgeois des villes et les chefs des cités, comme Polycrate, mais encore dans la première zone de l'arrière-pays asiatique, là où les « barbares » en contact avec la civilisation grecque appréciaient dans une mesure plus ou moins grande cette civilisation. Le royaume de Lydie, en particulier, joua un rôle spécial à ce jDoint de vue. Ce royaume, dont la capitale était Sardes, occupait la haute vallée de l'Hermos et du Méandre. Il était traversé par la « voie royale » allant des rivages de l'xVsie Mineure àl'Euphrate, lequel servait lui-même de route versNinive, Babylone, Suse et les autres « grandes capitales » des immenses empires orientaux. Il était, selon les temps, plus ou moius vassal de ces empires; mais son éloignement, en général, lui laissait une très forte dose d'indépendance. 11 utilisait des mercenaires grecs, fournis par les cités grecques du littoral. Le jeu des bannissements contribuait à entretenir ces vocations de condottieri. Le renversement du roi Candaule par Gygès paraît avoir été le triomphe d'un de ces aventuriers mercenaires, qui, détrônant la dynastie antérieure, y substitua la sienne. Les nouveaux rois de Lydie, grecs d'origine, tournèrent leurs ambitions du côté des cités grecques, et l'un d'eux, Alyatte, les réduisit à une sorte de vasselage qui respectait d'ailleurs loui' autonomie. Mais le

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