‹ La Grèce ancienneChapitre 63 sur 144 · VII. — IN COIN li'ldME EN ATTIQUE. I i · texte numérisé non relu

VII. — IN COIN li'ldME EN ATTIQUE. I i

se ressentait de cette aplitndi' au commandowat on à lapersuasion exercée autour d'eux par les roitelets houirriques. Tous ces nobles se surveillaient et se jalousaient mutuellement, mais les circonslances leur commandaient de rester unis, d'abord parce qu'il fallait se (h'-fendre contre les Doriens, ensuite parce que l'unité de la cité attique, réalisée depuis plusieurs siècles, les prenait comme dans un cadre tout formé. Cette surveillance et cette jalousie mutuelles eurent à la longue pour nouvel effet de faire abolir l'archontat unique et à vie. Les chefs craignaient trop que Fun d'entre eux ne devînt prépondérant. Ces Achilles ne voulaient pas d'un Aganieninon, roi des rois. En même temps, comme nous allons le voir, un impérieux besoin de justice agitait la niasse et poussait à la création de magistratures. Les eupatrides décidèrent donc qu'il y aurait neuf archontes, et qu'on les renouvellerait chaque année. Six d'entre eux, sous le nom de thesmothètes, furent préposés à la justice. Un autre, le polémarque, prit en main la défense militaire. Un huitième, l'archonte éponyme, donna son nom à l'année, et eut dans son ressort quelques afi'aires intérieures. Enfin un neuvième, chargé d'un antique sacerdoce, reçut, en souvenir des temps anciens qui exerçaient toujours leur prestige, le nom d'archonle-roi.

La lutte contre la vendetta : Dracon et l'Aréopage. — Il se manifestait, disons-nous, un vif besoin de justice. Ce besoin tenait en grande partie au fléau des meurtres privés. Le <; bannissement )) est frère du « banditisme ». Dans cet émiettement de de la souveraineté qui caractérisait la Grèce, les crimes demeuraient facilement impunis, et la montagne était toujours là pour fournir au criminel un asile. C'était à chaque famille à se débrouiller, à se venger elle-même. De là des vendettas qui s'enchainaient les unes aux autres, car, naturellement, on voulait se venger du vengeur. Tous les membres de la genos, ou famille élargie, comprenant toutes les personnes qui se connaissaient un ancêtre commun en ligne mascuUne, étaient liés solidairement par l'obligation morale de venger le meurtre de l'un deux. Mais on conçoit que ce procédé rudimentaire entraînait de graves

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abus, incompatibles avec lorganisation dune cité stable et d'un travail prosressif, car le travail a besoin de sécurité.

De bonne heure, en conséquence, les chefs avaient tenté de s'interposer pour arrêter ce chapelet de meurtres, ou tout au moins les rendre moins fréquents. Le roi, environné des eupatridcs. allait tenir séance sur un grand rocher, situé hoi*s de la vill(\ Là, le meurtrier était cité à comparaître, car, ayant les mains souillées, il ne pouvait approcher des autels des dieux. L'appareil de ce tribunal, sa composition particulièrement aristocratique, étaient bien faits pour impressionner l'opinion et montraient bien la nécessité ([u'il y avait de mettre en ligne, contre la vendetta, les plus hautes et les plus augustes forces sociales. Tel fut le tribunal de l'Aréopage, fondé, dit la légende, par la déesse Minerve elle-même lorsque Oreste, poursuivi par les Furies pour avoir tué sa mère qui avait elle-même tué son père, vint se réfugier dans le pays. Pour la dernière fois, la vendetta fut excusée à égalité de voix, mais il fut bien décidé que désormais le meurtre d'un Agamennon se serait plus vengé par son tiîs. Tel est le sujet de la pièce des Euménides. du poète Eschyle, qui reflète admirablement la transition d'un état social à l'autre, de celui où Ton se fait justice soi-même à celui où l'on se contente de porter plainte devant une autorité judiciaire régulièrement constituée.

Mais, dans la réalité, les choses ne se passent pas comme dans une tragédie, et de telles évolutions sociales ne peuvent s'accomplir en un jour. La vendetta, combattue par le roi et le corps des eupatrides, persista donc, sans doute avec des recrudescences intermittentes. Au meurtre se joignait le pillage, ressource naturelle des bandits. De nouveau, il fallut sévir. O besoin de sévérité était d'autant plus vif ipie. peu à peu, la culture avait pris l'essor et que les gens pacifiques avaient plus à perdre. Si les désordres demeuraient impunis, l'essor économique de la jeune Athènes se trouvait paralysé. Il fallait donc un homme sévère, un justicier à initiative et à poigne. Cet homme, dont le nom. sous forme d'adjectif, devait con(|uérir une célébrité proverl)iale, fut larclionte Dracon (():>V>.

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Dracon porta des lois terribles, où la peine de mort revient souvent, et dont on a dit plus tard, à une époque plus liuinainc, qu'elles avaient été « écrites avec du sang ». Cette exagération môme montre à quel désordre le législateur criminel avait affaire. Il y avait peine de mort, par exemple, pour les voleurs d'herbes ou de fruits. C'est donc ({ue les vergers et les prés étaient au pillage, et qu'il fallait réagir énergiquement, comme la sévérité de Richelieu contre les duellistes devait attester plus tard, en France, la multiplicité particulièrement dangereuse des duels. Toutefois, prodigue de la peine de mort pour les crimes contre la propriété, Dracon n'en abusa pas pour les crimes contre les personnes. Le meurtrier pouvait toujours se soustraire à la peine capitale par la fuite et l'abandon de ses biens. Dracon distingua d'ailleurs deux sortes d'homicides, et jugea nécessaire de les distribuer entre deux juridictions. Les meurtres prémédités continuaient à être jugés par l'Aréopage; mais, fait caractéristique, les meurtriers gardaient toujours le droit de « se bannir » avant la sentence. Les meurtres non prémédités furent jugés par un nouveau tribunal, celui des éphi'les — c'est-à-dire « ceux qui envoient en exil » — car c'était par le bannissement qu'on punissait ces sortes de crimes. Ce même tribunal faisait payer « le prix du sang » et réconciliait d'office, par ce moyen, les familles ennemies, en tâchant de tuer dans l'œuf le germe des vendettas futures. Comme on le voit, Dracon, avec ses lois « draconiennes », était moins sévère pour le meurtre que nous ne le sommes aujourd'hui, mais c'est qu'il fallait compter avec l'opinion.

Il faut croire que ces diverses mesures furent assez soutenues par cette opinion pour produire des résultats appréciables. Au témoignage de Thucydide, les Athéniens, furent les premiers des Grecs à ne pas porter constamment des armes sur eux. Voila qui nous éloigne de ce type albanais que nous avons décrit plus haut, et ce petit détail d'habillement, à lui seul, montre quelle transformation sociale s'était accomplie dans la société athénienne. Sous quelle influence victorieuse s'accomplissait cette transformation?

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Le commerce et les perturbations économiques : l'esclavage et le prolétariat. — Nous avons vu que l'Attique était bien placée pour les communications par mer avec les îles et la côte d'Asie. Le meilleur port de l'Attique se trouvait au sudouest, vers le débouché de la vallée du Céphise. C'était le port de Phalère; mais, dans les temps anciens, aucune ville ne s'élevait là. On sait que la piraterie invitait les indigènes à bâtir leurs bourgades et leurs castels à une certaine distance de la mer, assez près pour profiter de celle-ci, assez loin pour se mettre à l'abri d'un raid de corsaires. Or, vers le milieu de la plaine du Céphise, s'élevait un groupe de monticules, dominé par un énorme bloc rocheux d'où l'on pouvait surveiller tout le voisinage. C'est là que s'était bâtie et développée Athènes. Le bloc était devenu l'Acropole, citadelle des rois et des dieux. A cette période de débuts, Athènes était peu commerçante, et longtemps, même après que les Athéniens se furent hasardés à descendre vers le rivage et à utiliser les ports naturels qui sV trouvaient, elle se laissa éclipser par d'autres ports plus favorisés. Ces ports plus favorisés, comme se trouvant provisoirement sur de meilleures routes, étaient Corinthe, Égine et Chalcis.

Égine et Corinthe représentent un type mixte : celui du port maritime où, à une population soit ionienne, soit achéenne, est venu se superposer un groupe de dominateurs doriens trop peu puissants pour établir la discipline de Sparte, mais assez forts pour faire régner une sécurité propice aux affaires. Corinthe, à cheval sur son isthme, était admirablement placée pour évoluer vers le commerce à peu près pur. Égine, située dans une lie du golfe saronique, tout près d' Athènes, bénéficia tout d'abord d'une avance prise sur les populations de l'Attique, encore imparfaitement outillées pour la navigation. Lu outre, peuplée orginaircment d'Achécns, peu éloignée d'Argos et de Mycènes, elle avait dû hériter eu quelque manière de la splendeur de ces cités déchues. Bref, cette petite lie, vers les temps qui précèdent immédiatement le début de l'histoire classique, eut un haut degré de richesse. Elle déclina à mesure qu'.Vthènes montait.

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