‹ La Grèce ancienneChapitre 64 sur 144 · VII. — l W COIN It'iONIE EN ATTIOIE. IW · texte numérisé non relu

VII. — l W COIN It'iONIE EN ATTIOIE. IW

Les doux cilés étaient trop rapprochées pour prospérer enscinblc. Quant à Chalcis, située dans l'île d'Euljée, c'était une cité ionienne, qui avait succédé, selon toute vraisemblance, à d'antiques établissements [)héniciens suscités en ce lieu par la présence de mines de cuivre. La situation insulaire de l'Eubée, coiume la situation péninsulaire de l'Attiquc, l'avait préservée do rinvasion doriennc. Bref, ces quatre cités, Corinthe, Égine, Chalcis, Athènes, représentaient, sur la façade occidentale de l'Archipel, le type des grands ports maritimes, éclipsé d'ailleurs par la splendeur tout à fait supérieure des grands ports ioniens de la façade orientale. Mais Athènes, qu'on le remarque, était au centre de ce groupe, et le type athénien, vigoureusement poussé en avant par les « illustres bannis » , devait manifester à la longue, sur le terrain commercial, cette vigueur croissante qui lui était infusée. Chalcis déclina donc en même temps qu'Égine. Seule, la prospérité de Corinthe persista, car elle était liée à la possession d'une route tout à fait spéciale, qui ne faisait pas grande concurrence au commerce athénien.

Ce commerce, comme l'indiquait la nature des lieux, consistait essentiellement dans un système de rapports avec toutes ces brillantes colonies dOi'ient qui, sorties d'Athènes, conservaient naturellement avec la métropole des rapports amicaux. Toutes choses égales d'ailleurs, les gens de Milet et de Phocée, par exemple, aimaient mieux correspondre avec leurs congénères d'Athènes qu'avec les Doriens dÉgine. Du reste, l'Attique avait reçu trop de monde, eu égard à la faible fécondité de son sol. A mesure que de nouveaux bannis affluaient, ils trouvaient les places prises, et tous les bons coins occupés. L' « hospitalière >•> Attique s'ouvrait bien pour eux, mais à condition qu'ils se débrouillassent. Or, comment pouvaient se débrouiller ces « gens sans terre »? — En se rejetant vers le trafic. Ce furent les plus pauvres, les tard-venus, qui donnèrent de l'essor au commerce. Les eupatrides, en général, se contentaient de vivre du revenu de leurs terres, travaillées par des métayers qui leur donnaient les cinq sixièmes de la récolte, et qui étaient probablement, eux, les plus vieux habitants du pays, les sur-

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vivants des Pélasges. Mais la récolte était maigre dans l'Attique. Malgré leur sobriété, les populations avaient besoin d'un supplément de blé. Ce blé, il fallait aller le chercher là où il était en surabondance. Nulle part cette surabondance nétait plus merveilleuse que sur ces rivages de la mer Noire qui forment aujourd'hui la Russie méridionale et la Roumanie. Nous avons vu Milet exploiter à fond cette mine de froment. Les Athéniens firent de même, et peut-être aussi, bien souvent, se contentèrent d'aller prendre à Milet du blé que les Milésiens étaient allés chercher dans la mer Noire. Nous citons cette branche de trafic, particulièrement importante, mais il y en eut d'autres; des denrées diverses vinrent s'accumuler en Atlique, permettant de nourrir une population plus nombreuse. Comme contrepartie do ces importations, une exportation industrielle se développait, moins brillante qu'à Milet, mais analogue. Citons seulement la poterie, c'est-à-dire ces fameux vases athéniens qui, perfectionnés peu à peu, ornés de figures peintes, Unirent par devenir des œuvres d'art, et qui, partant d'Athènes, allaient se faire acheter un peu partout.

Des pays barbares, les Ioniens ne tiraient pas seulement du blé, des peaux ou d'autres matières premières. Comme ce commerce était évidemment compliqué d'une foule de petites guerres avec les indigènes des rivages exploités, il en résultait des prisonniers disponibles. De ces prisonniers, l'on fît des esclaves. Chio, la première, en importa, et l'exemple fut suivi. Les riches propriétaires se mirent à acheter des esclaves et à les transporter sur leurs domaines. On croit même entrevoir qu'ils profitèrent de l'occasion pour faire exécuter des travaux de défrichement devant lesquels auraient reculé des travailleurs libres, mais que la main-d'œuvre servile était bien forcée d'accomplir. L'Attique fit à ce moment des progrès agricoles, mais qui étaient la répercussion d'un phénomène commercial.

Ce progrès de l'esclavage entraînait inévitablement une crise. Les cultivateurs libres, évincés par la main-d'œuvre servile qui leur faisait concurrence, étaient obligés de se rejeter sur d'autres métiers. Ils se rejetèrent vers la fabrication et le commerce.

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