‹ La Grèce ancienneChapitre 67 sur 144 · VII. — IN COIN d'ionie ex attiqce · texte numérisé non relu

VII. — IN COIN d'ionie ex attiqce

les annales (lu pays, et le terme (.Veu/ja/rif/fs, servant à désigner la vieille aiistocratie, dut naître précisément à l'heure où ceux qui avaient « d'illustres ancêtres » éprouvèrent le besoin de se distinguer de ces nouvelles couclies en train de s'élever progressivement jusqu'à eux.

Mais l'exemple est contagieux, et du reste certaines nécessités parlent haut. On vit donc des eupatrides faire du commerce, et se mêler à la foule des « parvenus ». Ces hommes d'initiative possédaient un pied dans les deux camps, et cette circonstance, jointe à une véritable supériorité individuelle, [)Ouvait leur donner beaucoup d'empire sur tout le monde. Tel fat précisément le cas de Solon (6V0-.Ï59).

Solon descendait de Codrus, dit-on, ce qui ne l'empêcha pas de se livrer au commerce pour réparer les brèches de sa fortune. Comme négociant, c'était un homme de progrès; comme eupatride, c'était un homme de tradition. Il sut être populaire et, notamment, prendre en main la cause des débiteurs endettés sans se mettre à dos l'aristocratie qui, par l'archoiitat dont elle avait le monopole, continuait à détenir le pouvoir.

Les pauvres réclamaient le partage des terres. Le socialisme, chose très ancienne, séduisait les prolétaires aihéniens comme il devait en séduire bien d'autres. Solon, investi par la confiance unanime d'un pouvoir législatif, ne céda pas à ces revendications. Il fit décréter seulement l'annulation des dettes présentes, et décida l'aristocratie, débordée en fait par le progrès des « nouvelles couches », à partager désormais le pouvoir avec celles-ci.

Mais ce partage n'était pas égal. Il tenait compte des transitions nécessaires, et la constitution élaborée par Solon faisait preuve à la fois de la modération du législateur et de son ingéniosité pour ainsi dire artistique. Solon était poète, moraliste, donneur de conseils. Son intelligence à la fois théorique et prati({ue avait mûri sous l'influence des mêmes causes qui faisaient mûrir à Milet celle d'un Thaïes. C'était l'homme fin, mesuré, cultivé, avide des nouvelles de la place publique, mais aussi des connaissances qui satisfont une curiosité plus haute, instruit de

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ce qui se passe ailleurs et de ce qui s'est passé en dautrcs temps, rusé au besoin, et contrefaisant le fou pour exhorter les Athéniens à reprendre Salamine, afin d'éluder la loi (jui, ù la suite d'expéditions désastreuses, défendait d'en proposer le renouvellement; correspondant avec les intellectuels de l'Ionie, blâmant le poète Mimnerve, de Colophon, qui désirait ne pas vivre au delà de soixante ans, et ripostant que, jusqu'à quatre-vingts ans, l'existence lui semblait digne d'être vécue ; déclarant enfin, sur la fin de sa vie, qu'il « apprenait tous les jours quelque chose ». Cet homme donc était tout indiqué pour donner à la crise athénienne une solution « élégante ». C'est ce qu'il fit dans sa fameuse constitution.

Les Athéniens étaient divisés en phratries, sortes de clans très anciens. Soloii les divisa en quatre classes, par ordre de richesse, accordant à toutes des attributions politiques, mais de façon ù proportionner l'intervention de chaque classe dans les affaires de la Cité, au degré d'importance matérielle qu'elle représentait réellement.

Ces quatre classes, établies d'après le revenu, étaient les pentacosiomédimncs, les chevaliers, les zeugites et les thctes. Les pentacosiomédimnes, dont le revenu était au moins de 500 médimnes — 200 hectolitres de blé — avaient l'archontat, les grandes charges et les commandements militaires. Ils avaient aussi l'Aréopage qui. depuis l'archontat annuel, se recrutait parmi les archontes sortants. Les chevaliers avaient un revenu de 300 médimnes, revenu jugé nécessaire pour l'entretien d'un cheval; ils exerçaient des charges secondaires. Les zeugites possédaient un revenu de 150 médimnes, correspondant à la propriété de celui qui peut détenir un attelage de bn ufs. Ils exerçaient des charges inférieures. Ces trois premiéi-es classes devaient le service militaire gratuit. Les thètes étaient les citoyens sans revenus, ou de revenu insignifiant. Us avaient le droit de prendre part à l'assemblée du peuple et de siéger dans les tribunaux. Ils ne payaient pas d'impôts et recevaient une solde à la guerre.

La fortune seule, et non la noblesse, déterminait dès lors le

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degré d'influence politique. Il est très probable que la [)lupart des enpatrides avaient su se maintenir dans la classe supérieure, grAce aux propriétés rurales qui ne se vendaient guère, et « restaient dans la famille ». Mais des morcellements, depuis plusieurs siècles, avaient évidemment eu Heu, car la terre, dans les sociétés où des gens travaillent et s'enrichissent, est un objet de placement. Or, une preuve que le travail était en honneur à Athènes, c'est une loi de Solon ordonnant que chaque citoyen ait un métier et en apprenne un à son fils. Il faut remarquer aussi que les poursuites pour dettes faisaient passer des propriétés de mains en mains. Enfin, une loi de Solon, accordant la liberté de tester au père sans enfants, achève de montrer l'évolution économiciue en train de battre en brèche les traditions familiales. Les eupatrides, nobles de vieille roche, étaient donc légalement obligés de fraterniser avec une « noblesse d'argent », et les deux noblesses réunies étaient obligées de compter avec le peuple. Le pouvoir des archontes et celui de l'Aréopage, vers cette époque, diminuent sensiblement. Le gouvernement appartient à l'assemblée du peuple dirigée en fait par le Sénat. Celui-ci se recrutait parmi les trois premières classes. Les sénateurs devaient avoir trente ans — et non soixante comme à Sparte, signe d'un état social moins conservateur — et on les renouvelait chaque année.

La jalousie démocratique éclate dans tous les détails de ces institutions, qui morcellent attentivement le pouvoir, et ont soin de le déléguer toujours à plusieurs personnes ensemble. Toutes les démocraties en sont là, parce c[u'aucune supériorité traditionnelle ne s'impose, et qu'on garde un rancunier souvenir, grossi par la légende, des maux qu'on a endurés de la part des rois et des noblesses de jadis. Mais cette jalousie n'empêche pas le peuple, par moments, de se jeter dans les bras d'un « tyran », dont on excuse la tyrannie en proclamant bien haut qu'elle incarne le pouvoir du peuple, ou encore dont la tyrannie se dissimule en n'arborant aucun titre, et en prenant le caractère d'un pouvoir de fait, dû à l'obéissance spontanée des uns et à la terreur des autres.

lof) LA. GItî:c.F. ANCIENNK.

Un " roi des montagnes " et ses descentes dans la ville : Pisistrate. — Nous avons dit que la discorde enfie familles deupatrides favoi*isait l'ascension du peuple. Ces discordes dataient de loin, et prolongeaient les fameuses « querelles » homériques entre « meneurs d'hommes » rivaux. Et les meneurs d'hommes, jalouv d.utiliser ce talent de la persuasion et de la séduction amicale que nous avons constaté chez eux, cherchaient à se fiire un clan, non seulement parmi les autres eupatrides, leurs pairs, mais encore parmi la bourgeoisie nouvelle et le peuple. En cas de lutte civile, Solon avait édicté une loi fort ingénieuse : tous les citoyens étaient tenus de prendre parti. Il pensait assurer le triomphe du bon sens. Avant Solon, déjà, un ambitieux du nom de Cylon avait tenté de s'emparer de la citadelle. Il avait échoué, précisément parce que tout le monde ou à peu près s'était mis contre lui. Mais un certain Mégaclès ayant, à cette occasion, recouru pour perdre Cylon à une violation du droit d'asile, cette impiété avait attiré, contre les parents de Mégaclès, la voidetla des parents de Cylon. Solon avait été obligé d'intervenir, et de provoquer une sentence qui avait banni les parents de Mégaclès,

Cet exemple montre le constant péril que courait l'ordre public à Athènes. Les clans rivaux avaient fini par se répartir en trois groupes : les pédiéens, ou gens de la plaine, les paralicns, ou gens des rivages, et les diacriens, ou gens de la montagne.

Ces derniers, vers l'époque de Solon, avaient pour chef Pisistrate. L'existence de cet homme, eupatride populaire, et dont la famille se vantail de descendre de Nestor, réalise admirablement le type du bandit grec civilisé, et permet de se représenter, d'une façon approximative, quel avait dû être le rôle des grands bandits civilisateurs à l'époque mythologique ou héroïque. Pisistrate, « roi des montagnes >\ lutte avec acharnement contre les gens de la plaine, comme Jupiter, roi de l'Olympe, avait lutté contre les Titans de Tliessalic. Pisistrate a dos hauts et des bas. 11 fait dos entrées victorieuses à Athènes, puisen est chassé, il est traduit devant l'Aréopage, est obligé de « gagner le maquis », d'où il redescend après des négociations qui témoignent des in-

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