‹ La Grèce ancienneChapitre 68 sur 144 · VII. — IN roiN It'iONlE EN ATÏIOI E. I · texte numérisé non relu

VII. — IN roiN It'iONlE EN ATÏIOI E. I

telligenccs conservées par lui clans la plaine. Les clans des })('diéons et des paraliens se coalisent contre lui, puis ils se divisent. A un moment, son ennemi Mégaclès lui propose sa fille en mariage. Les factions semblent se réconcilier, et Pisistrate reparaît triomphant dans les rues d'Athènes ; puis, chang-ement à vue ; Pisistrate s'exile cette fois à Erétrie, dans l'Eubée; mais il ne recule que pour mieux sauter, car il rentre bientôt à Athènes, d'où ses rivaux, les Alcméonides, s'en vont alors. Cet homme connaît la ruse, comme Solon. Il se fait passer, non pour fou, mais pour blessé, et, lors de sa première tentative, profite de la pitié excitée par ce stratagème pour se faire donner une garde, bon atout pour qui vise à la « tyrannie ». Bref, après bien des vicissitudes, Pisistrate l'emporte définitivement et, sans être revêtu d'aucun titre qui lui confère le pouvoir, il devient à Athènes « l'homme qui fait ce qu'il veut » (500-027).

La popularité de Pisistrate est donc immense, mais ses brillantes initiatives expliquent l'admiration qu'on lui voue. Il crée une marine puissante; il prend Sigée.sur l'flellespont, aux iMytiléniens, ce qui assure à Athènes la « route du blé » ; il ouvre des routes d'Athènes à Phalère et aux cantons ruraux ; il établit des aqueducs souterrains pour amener dans la ville l'eau des collines voisines; il commence la construction du Parthénon, du temple d'Apollon, de celui de Jupiter Olympien. Avec tout cela, le grand homme, dans ses procédés, reste un peu bandit. Pour conjurer un retour agressif des clans rivaux, il s'est fait livrer en otages les fils des principaux citoyens et les a relégués sous bonne garde dans l'Ile de Naxos.

Le ' roi des montagnes » promoteur de travaux et protecteur des arts : la tragédie. — Ce roi des montagnes, bien qu'il ne descende pas du Parnasse, est un lettré. Il fait rassembler, copier et réciter les poèmes d'Homère, appelle auprès de lui Anacréon et Simonide. Enfin, il compte parmi ses clients un montagnard du nom de Thespis qui, sous son bienveillant patronage, est en train de créer tout simplement un « genre » littéraire nouveau, destiné à devenir immortel. La tragédie apparaît.

Nous avons montré, en parlant des Doriens, le rôle que jouait chez eux la poésie lyrique, interprétée par des chœurs. Ces chœurs florissaient notamment à Sicyone, ville du golfe de Corinthe où l'ancienne population ionienne s'était fondue avec les Doriens. Épigène, jDoète de cette ville, avait donné un grand éclat aux chœurs qui célébraient Dionysos (Bacchus). La vogue de ces chœurs avait atteint l'Attique, et, comme ils venaient d'un pays à langue dorienne, c'est dans ce dialecte que les Athéniens, quoique ioniens de race, chantaient les louanges du dieu.

Ces fêtes de Bacchus se trouvaient naturellement unies aux divertissements des vendanges. Les productions arborescentes sont les plus attrayantes des productions agricoles, et la culture de la vigne est la plus attrayante des cultures arborescentes. Or, le moment où cet attrait atteint son maximum est celui où l'on récolte le raisin pour en faire le vin. Et l'on conçoit que la joie des récoltants se traduise alors, un peu partout, par des manifestations de gaieté bruyante. La fête des vendanges, sans qu'il soit presque besoin de jouer sur les mots, produisait donc une « ivresse » particulière. Les bacchantes en sont la preuve. Nos vignerons athéniens — et bien d'autres — chantaient et dansaient devant leurs cuves pleines, et, comme cet épanouissement se compliquait d'une solennité religieuse, deux éléments, l'un grave, l'autre bouffon, se mêlaient dans ces fêtes. Tantôt les danses étaient graves, parce que l'idée religieuse dominait; tantôt elles étaient folâtres, parce que la joie emportait tout. De là. dans un même œuf pour ainsi dire, deux germes : celui de la tragédie et celui de la comédie.

Pour développer ces germes, et donner à ces fêtes un cachet littéraire qui les élevât au-dessus d'une simple réjouissance plus ou moins grossière, il fallait un patronage intelligent. Il fut fourni par Pisistrate et les autres Athéniens, riches, instruits, avisés. C'est alors que les descendants des « illustres bannis » eurent l'occasion de déployer cette linesse de goûts élaborée pendant de longues générations, et que les richesses dues à la prospérité croissante de l'.Vttique purent s'employer artistement.

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