VII. — I .\ COIN IHONIE EN ATTIQIF.. 15Î
Tout coiitril>uait à cotte inlïision d'un soiiftlo dart dans ce qui avait ét«'' jusqu'alors une simple fête rurale : distinction native dos propriétaires, loisirs laissés par un faible travail, fortunes augmentées directement ou indirectement par le commerce, ouverture d'esprit gagnée au contact des étrangers, ambition mémo des chefs do clan qui voulaient se faire de la popularité en amusant le peuple, euliii vogue acquise par les chœurs empruntés aux cités doriennes. Du chœur, grAce à ce concours de phénomènes sociaux, le génie atliénioa allait tirer le théâtre.
Le mot //leatroH, on groc, signifie endroit d'où l'on peut. voir. C'était d'abord un emplacement naturel, une sorte de cirque incomplet avec un espace plat au milieu et des éminences tout autour. Le chœur dansait dans la partie basse et plate, et les .^ens des environs, accourus pour voir, se massaient sur les tertres voisins d'oii l'on pouvait voir. En cherchant bien, on trouvait des endroits heureusement disposés pour ce spectacle; puis, à mesure qu'on s'habituait à fréquenter un endroit, on était amené à corriger par l'art les imperfections de la nature, et à faire intervenir la maçonnerie ou la charpente là où la disposition du sol ne permettait pas de voir commodément.
Le rôle de Thespis fut de mettre en tableau les choses qu'on chantait en l'honneur de Bacchus. Comme un inventeur a toujours des précurseurs, cet usage n'était pas absolument nouveau. Non seulement les enfants, dans leurs jeux, ont naturellement l'idée de représenter des faits et de faire dialoguer des personnages de convention, mais déjà les chœurs de danse avaient eu plusieurs fois l'occasion de m«y??^r des scènes diverses. A Delphes, on reproduisait la lutte d'Apollon contre le serpent Python. A Délos, lieu de pèlerinage des Ioniens, des jeunes filles mettaient en action les voyages de Latone, et imitaient successivement, parleurs gestes et leurs langages, les nations que la déesse avait visitées. L'initiative toute particulière attribuée à Thespis fut de faire sortir du chœur un personnage, qui se mettait à parler tout seul, ou à dialoguer avec l'ensemble des autres choreutes. Ceux-ci. aorès une double évolution désignée sous les noms de
Strophe et à' antistrophe, se trouvaient arrêtés à ce moment-là. CéiaiviVépodc, imaginée parle poète Stésicliore, Dorien de Sicile. Le choreute détaché grimpait sur des tréteaux et parlait selon son rôle. C'était Vacteur. Un autre, qui était censé parler au nom du chœur, répondait d'en ])as, ou de l'autel de Bacchus. C'était le coryphée. A la partie chantante et dansante se trouvait jointe, dès lors, une partie dialoguéc. encore hien timide et bien peu importante. N'importe, la tragédie était créée. Mais la tradition est si forte que le chœur, longtemps encore, conserva la prépondérance dans la cérémonie et que de longues années passèrent avant qu'on eût l'idée de détacher du chœur deux acteurs pour les faire dialoguer ensemble. Alors seulement, après cette suite de lentes transformations, la tragédie devait prendre sa forme définitive.
Observons que ce divertissement, né à la campagne, fut attiré vers la ville, et subit l'influence de la vie urbaine. Les fêtes comportèrent plus d'élégance, et des préparatifs plus somptueux. La date même s'en trouva retardée, et, pour des motifs de commodité urbaine, ne coïncida plus avec les vendanges. Le théâtre, depuis qu'il ne s'agissait plus de pures danses, et que les acteurs devaient se tourner vers le public^ avait quitté la forme du cercle pour prendre celui du demicercle, puisqu'il fallait voir. Le soi se couvrit de gradins en bois ou en pierre. L'autel de Bacchus, la thymélè, resta dans Yorchestre^ espace réservé aux évolutions du chœur, mais il se trouva dominé par la scène (de scéné, tente, l)araque) qui, d'abord insignifiante, comme son nom l'indique, finit par constituer une sorte de long mur percé de portes devant lequel une estrade étroite et longue servait de support aux acteurs. Mais, ces acteurs, quel moyen pour eux de se faire entendre en plein air, et à des foules immenses? Comment conserver leur prestige à une distance qui les rapetissait forcément ? Ce double problème fut résolu par le masque uni au porte-voix, et par le fameux cothurne, chaussure qui, exhaussant la taille de l'acteur, l'empêcha de paraître trop petit aux spectateurs éloignés. Mais tout cela ne se lit pas en un jour et nous entrahie vers une