LA VIE INTÉRIEURE DE LA CITÉ ET LE TRIOMPHE INTELLECTUEL DATHÈNES
Le foyer, la femme et l'enfant. — Lorsqu'on entrait dans une maison grecque, on enfilait ordinairement un corridor étroit, situé entre des écuries ou des boutiques et le logement du portier. Eu traversant une cour qui venait ensuite, et que flanquaient des pièces diverses, réservées aux hommes ou aux travaux des esclaves mâles, on arrivait à une sorte de hall donnant sur la cour et qui constituait la pièce de réunion. C'est là que brûlait le feu sacré. En traversant encore cette pièce on arrivait à une porte, organe très important dans la maison grecque, car, lorsqu'elle était fermée, elle constituait une barrière isolante entre toutes les pièces déjà énumérées et un appartement relégué au fond de l'immeuble, appartement qui formait corps lui-même avec l'étage supérieur. Cet appartement et cet étage constituaient le gynécée.
Bien entendu, la multiplicité des pièces n'existait que dans les maisons riches; mais c'est d'elles surtout que nous parlent les historiens et les peintures. Eu fait, les maisons grecques, pour la plupart, étaient petites. La douceur du climat et la sociabilité rendaient particulièrement séduisante la vie en plein air. Toutefois cette distinction entre l'appartement des hommes et l'appartement des femmes existait sans conteste dans un très grand nombre de maisons. C'était un idéal qu'on réalisait dès qu'on le pouvait et le mieux possible.
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Lo gynécée abritait r(''[)oiise, les jeunes tilles, les enfants et les servantes. L'épouse y i-égnait en maîtresse. Cette situation, ainsi définie, permet de se faire une idée sommaire, mais exacte, du niveau auquel la femme se trouvait dans la société grecque, à l'époque classi(pie, et dans la société athénienne en particulier.
Le relégation dans le gycénée indique nettement une inférioi'ité de la femme.
L'inviolabilité du gynécée, gouverné par une seule femme, indique une supériorité de celle-ci.
La monogamie était en Grèce une loi bien reconnue. Si telle esclave pouvait être l'objet des faveurs du maître, elle demeurait esclave, et subordonnée à sa maîtresse. Si le mari contractait des liaisons au dehors, elles n'empiétaient pas sur le foyer.
Supérieure de la sorte à la femme de l'Orient, la femme grecque, en général, n'en était pas moins dédaignée par l'homme, qui ne se plaisait guère que dans la compagnie des autres hommes et n'appréciait dans sa compagne que l'intendante fidèle de sa maison.
Le Grec se fait du mariage une idée très exclusive et très nette : ce n'est pas l'association de deux intelligences et de deux cœurs; c'est un moyen de perpétuer une institution sacrée : la famille. Ne pas avoir d'enfants légitimes est un malheur. On se marie donc pour en avoir. L'épouse n'est que le moyen, moyen beaucoup moins considéré que le but.
En comparant la situation de la femme homérique à la situation de la femme athénienne, on constate une décadence. Les exigences de la vie montagnarde, les luttes des grands bandits, les alertes de l'âge héroïque avaient obligé la femme à jouer un rôle actif dans la société grecque de ces temps lointains. De là des types de déesses despotiques, comme Héra (Junon), ou guerrières, comme Athénè (Minerve), ou chasseresses, comme Artémis (Diane). Mais, avec le retour de la sécurité, les influences patriarcales apportées par les Pélasges ont repris le dessus. Chez les Doriens eux-mêmes, si les jeunes filles partagent les exercices
physiques des jeunes gens, ce nest pas de l'indépendance. C'est que les chefs de la cité veulent, par intérêt militaire, préparer des mères de famille robustes dont la robustesse passera ensuite à leurs enfants. Seuls les Éoliens de Lesbos paraissent conserver quelque chose de la demi-émancipation féminine survenue durant la période héraclide.
La femme grecque ne se produit donc presque pas au dehors. Elle garde le gynécée, où sa vie s'écoule en deux sortes d'occupations : la confection des vêtements de la famille, et la surveillance des travaux exécutés par les esclaves femmes. La confection des vêtements comprend surtout quatre opérations, où la femme grecque excelle : le filage, le tissage, la broderie et la couture. Comme l'on achète peu de vêtements au dehors, et que les procédés sont encore peu perfectionnés, il y a de l'ouvrage. Les esclaves femmes aident la maîtresse de maison dans ces travaux, mais elles ont aussi, pour département spécial, les besognes de ménage, et notamment la préparation des aliments, qui comprend alors la meunerie à bras et la boulangerie. Ici non plus, faute de division du travail et de machines, l'ouvrage ne fait pas défaut.
La multiplicité des esclaves, dans les familles aisées, fait que la mère confie facilement ses enfants à une nourrice. Jusqu'à l'âge de six ans, filles et garçons grandissent ensemble, surveillés par la mère. A six ans une bifurcation a lieu. La fillette reste avec les femmes, et n'apprend guère que les travaux du ménage. Elle demeure généralement ignorante pour le reste, et, en efiet, étant donnée la conception de la vie féminine, une instruction étendue ne lui servirait pas. Les jeunes filles sortent rarement, mais cela leur arrive pour certaines fêtes, et la sculpture immortalisera, sous le nom de Canéphores, les porteuses de corbeilles dans la procession des Panathénées. Les seules femmes qui acquièrent de l'instruction n'obtiennent cet avantage qu'au détriment de leurs mœurs et (|u'en sortant, comme des « déracinées », du monde de la famille. Ce sont les « hétaïres », comme la fameuse Aspasie de Milet, qui, établie à Athènes, devint la conseillère de Périclès.