LES GUERRES ENTRE CITÉS PREMIER ÉCHANTILLON : ATHÈNES CONTRE SPARTE
Les groupements de cités et leurs chocs fatals. — Ce qu'on a appelé la guerre du Péloponcse n'est pas un cas particulier dans l'histoire delà Grèce. Toutes ces petites cités indépendantes, dominées par des chefs issus de pirates et de bandits, étaient destinées à se battre entre elles. Comme il y avait eu lutte entre les bandits de Y âge mythologique et entre les petits rois de l'âge héroïque, il y eut lutte entre les cités de l'âge classique. N'oublions pas que les souverainetés n'embrassent qu'un étroit horizon. Derrière cette chaîne de collines, c'est l'étranger qui commence, et les « incidents de frontières », rapts, bravades, déprédations, ne sont pas ce qui manque, puisque l'origine de la race y a préparé admirablement.
D'autre part, le système des « amitiés » continue à fonctionner admirablement, lui aussi. Deux cités s'aiment parce qu'elles en détestent une troisième. On s'aime pour des raisons de parenté plus étroite de race, et même pour des raisons de sentiment. La fidèle amitié de Platée pour Athènes fait penser à celle de Patrocle pour Achille. La persuasion entre cités, sous forme d'ambassades, joue un rôle immense. Chercher des amis et se mettre à leur ser\dce est toujours une occupation très importante; seulement les êtres collectifs appelés « cités » la cultivent comme les individus. « Comment, dit Alcibiade aux Athéniens, avons-nous obtenu l'empire, nous et tous ceux qui l'ont
exercé? C'est eu nous eiiipi-essant toujours de secourir ceux qui nous invoquaient '.
Ces amitiés n'ont pas lieu toujours entre égaux. Comme au temps d'Agamemnon, où il y avait de petits rois plus grands et de pclits rois plus petits, il y a des cités plus fortes et des cités plus faibles. Les cités fortes font très rarement la conquête proprement dite d'une autre cité. Elles ne .sont pas outillées pour cela, parce que leurs rouages disponibles sont essentiellement de petits rouages, et ne dépassent pas les limites organicjues de la cité. Elles procèdent différemment. Tantôt, elles imposent leur amitié aux cités faibles. « Sois mon amie, ou je te traite en ennemie » : telle est la formule de cette politique, et, à vrai dire, certaine harangue des ambassadeurs d'Athènes aux autorités de Mélos, l'une des Cyclades, se résume très exactement par cette injonction. Tantôt les cités fortes se contentent de favoriser, dans les cités faibles, des révolutions intestines qui font arriver au pouvoir des hommes amis. La réintégration des Ijannis, comme du temps où Adraste ramenait à Thèbes Polynice chassé par Etéocle, est un des procédés les plus usuels. Sans avoir « conquis » la cité adveree, on la tient par des amitiés.
Athènes, à l'époque où nous en sommes, est la cité qui a su se faire le plus d'amis par force. Cette force, nous l'avons vu, c'est sa marine ({ui, maîtresse de la mer Egée, sert de lien entre l'Attique et presque toutes les îles ou rivages de cette mer. Invoquée par rionie contre les Perses, Athènes a glorieusement joué son rôle ; maintenant, elle se fait payer. Elle a persuadé aux cités de l'ionie, de rilellespont et des îles qu'une alliance devait régner entre elles et Athènes, et qu'un tribut devait être payé pour subvenir aux frais de la défense commune. Ce tribut, c'est la flotte qui va If recueillir, et il ne faudrait pas songer à le refuser. Piraterie courtoise, raffinée, dorée, mais piraterie tout de même, comme le prouvent des répressions impitoyables, lorsque se produisent, comme à Mytilène, des tentatives de refus. Un décret d'Athènes ordonne le massacre do toute la population