‹ La Grèce ancienneChapitre 89 sur 144 · Acharniens · texte numérisé non relu

Acharniens

tributions populaires de blé, d'argent ou de l)utin. On conçoit IdL diiïérence des situations. Payés pour se battre, payés pour naviguer, payés pour construire des bateaux, payés pour jug-er, payés pour ne rien faire, les prolétaires se trouvent au mieux. Pendant ce temps, les Spartiates et leurs alliés se promènent en maîtres à travers l'Attiquc, brûlant les moissons, arrachant les vignes, coupant les oliviers, emmenant les troupeaux, opérant des razzias d'esclaves. On les voit des remparts, et, naturellement, ce spectacle met la rage au cœur des ruraux. «Je perds la vue à pleurer mes bœufs, » dit un laboureur dans les Achainiens dAristophane. Et Thucydide décrit avec émotion la douleur de ces ruraux obligés d'aller s'enfermer dans la ville : « Ce nest pas sans peine qu'ils abandonnaient leurs demeures; il y avait si peu de temps d'ailleurs qu'ils s'y étaient réinstallés après la guerre médique 1 11 leur était douloureux et cruel de quitter des lieux sacrés, des habitations où ils avaient conservr les mœurs antiques, et que l'habitude leur avait fait de tout temps considérer comme une patrie ' . » On voit quel élément social, bien différent de l'autre, recrute le parti de la paix. Ce sont les propriétaires fonciers, les vieux habitants du pays, les « conservateurs » qui forment le noyau de ce parti. On y trouve la plupart des pentacosiomédimnes et des chevaliers, classes de citoyens dispensés du service de mer — notons bien cela — et astreints seulement au service terrestre, comme plus honorable. Mais, par suite du développement commercial d'Athènes et de l'ascension des nouvelles couches, ce parti se trouve le moins fort. C'est une aristocratie déchue et mise en minorité, et qui, sauf quelques aml)itieux et quelques « ralliés », déteste le gouvernement du jour.

Et, précisément parce qu'elle déteste le gouvernement du jour, elle a un faible pour ces institutions lacédémoniennes, où r « ancien régime » s'est si merveilleusement conservé. Chose paradoxale et vexante : ce sont, parmi les Athéniens, les admirateurs de Sparte qui ont le plus à souffrir de la guerre avec

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