IX. — LES GIERHKS ENTRE CITÉS
prises, rej)aires fortiliés ddù l'on pont, à son aise, dévaster le pays environnant. Or, rien de tout cela n'est bien neuf. C'est toujours, sous un autre aspect, le cas de T\ rinthe et de Mycènes. Une particularité de la guerre du Péloponèse, c'est que les Athéniens ont en Messénie, pas loin de Sparte, une forteresse d'où ils ravagent les terres lacédémonienncs, tandis que les Lacédémoniens, vers la lin de la guerre, construisent à Décélie, dans la banlieue dWthènes, un fort analogue qui leur sert de base pour désoler l'Attique. C'est à qui en un mot, dans cette guerre, saura le mieux utiliser ces pierres innombrables qu'on trouve partout sur le sol grec.
C'est sur les splendides fortifications d'Athènes que Périclès a compté lorsqu'il a lancé sa cité dans les hasards de la guerre. Il savait que les Lacédémoniens envahiraient et ravageraient l'Attique ; il enregistrait d'avance ce malheur, pensant le compenser par de plus grands dommages que devait causer aux ennemis, dans son plan, la piraterie athénienne, et il avait calculé que la population trouverait un suffisant asile dans les murs. Le calcul eût été juste, si un de ces faits très naturels, qui déconcertent les plans des grands hommes, ne s'était presque immédiatement produit. Ce fait fut la peste, suite de cet entassement de la population dans l'enceinte urbaine. Périclès luimême en fut emporté, sans avoir le temps de comprendre que, si les murs sont d'excellents défenseurs, il n'est pas bon qu'on les surmène, en leur demandant des services excessifs. Cette peste, en effet, fut le premier coup sérieux porté à la puissance d'Athènes.
Un second caractère général de la guerre, c'est la petitesse des armées. Il ^ a des exceptions, comme la grande expédition des Athéniens en Sicile, mais précisément cette exception tourne mal. La règle, c'est la petite troupe, que l'historien dénombre par centaines d'hommes. Thucydide signale sérieusement des contingents d'alliés qui n'atteignent pas l'effectif d'une de nos compagnies. Comme plus tard au moyen âge, les expéditions sont des coups de main et les armées des poignées d'hommes.
Il n'en peut guère être autrement, vu que la Cité est petite
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par essence. l*eu de chose est changé depuis les razzias de bandits des temps héroï({ues. Les généraux ne sont en réalité que des « capitaines », meneurs de bandes. Seulement, par suite du développement et de la puissance souveraine de la Cité, ces l)andes ont une certaine tournure et une certaine discipline. Elles ont surtout une tactique sérieuse, tactique de petites troupes, mais supérieure au pêle-mêle des combats homériques. Un degré supérieur a été gravi dans l'ordonnance et l'instruction militaires.
De la petitesse des armées résulte une conséquence inévitable, et qui se retrouvera au moyen âge : l'importance militaire de r individu. Un hoplite, ou soldat complètement armé, est une « unité de combat ». En perdre <{uelques-uns est déjà très fâcheux. En tuer à l'ennemi une demi-douzaine suffit pour qu'on élève un trophée, signe de victoire. C'est chez les Spartiates que cette valeur des unités humaines atteint son apogée, car la population dominatrice de Sparte est peu nombreuse, et chaque citoyen a subi, en son particulier, un entraînement merveilleux pour les combats. Aussi Lacédémone est-elle avare de ses enfants. Il faut se pénétrer de cette « avarice » d'hommes pour bien comprendre certains épisodes de la guerre, et notamment celui de Sphactérie, dont nous parlerons plus loin. Et ce double phénomène social, petit nombre des Spartiates, qualité supérieure de chaque Spartiate, rend parfaitement compte du rôle joué par cette Cité mihtariste en une foule d'occasions. Très souvent, en effet, quand il s'agit d'exciter une révolte contre Athènes, ou d'entretenir une résistance, ou de fortifier une attaque d'autres cités, Sparte se contente d'envoyer un hommCj et cet homme devient d'emblée le chef, l'organisateur, le boute-en-train. C'est un officier qui semble tomber du ciel, au moment voulu, sur une J)ande indécise qui ne comptait que des sous-officiers et des soldats. C'est ainsi que, vers la fin de la guerre, les Lacédémoniens fournissent des « directeurs d'insurrections » aux cités alliées d'Athènes, qui osent enfin se dérober à 1' « amitié » compromettante de celle-ci. Sparte, en un mot, est moins un réservoir de soldats qu'une pépinière de capitaines.