‹ La Grèce ancienneChapitre 93 sur 144 · I.V. — l.rS GlERRES EMRE CITÉS · texte numérisé non relu

I.V. — l.rS GlERRES EMRE CITÉS

Comme la politesse des armées engendre la valeur des individus, celle-ci produit \ importance de F armure. Il faut défendre cet être précieux qui s'ap[)olle un homme. On se chargera df^nc do casques, de boucliers, de cuirasses, de jambières, véritables fortiUcations portatives, lourdes à porter certes, mais à la lourdeur desquelles on a précisément été habitué par cet entraînement systémati({uc dont nous avons parlé à propos des jeu.v et des S])orts. Le soldat par excellence, ïhoplite, qui se recrute parmi les seuls citoyens, surtout ceux des hautes classes, est pesamment attifé. C'est lui qui constitue, dans les petites armées grecques, la pièce de résistance. Quant auxpeltastes, dont le bouclier est petit, aux fro?ideurs et aux arc/iers, leur rôle est accessoire. On les recrute, soit chez des mercenaires, barbares ou à demi-barbares, dont Athènes, grâce à sa richesse, possède im assortiment, soit dans les rangs inférieurs des citoyens ou même chez les métèques. Leur rôle est de harceler l'ennemi. Mais, quoique pouvant lancer des projectiles plus loin, ces soldats armés à la légère sont évidemment peu redoutables. Il faut croire que, dans la plupart des cas, pierres ou flèches glissent sur les casques ou sur les armures. C'est quand l'adversaire est exceptionnellement fatigué ou qu'il commence à rompre les rangs que ces auxiliaires rendent de vrais services. Ils remplissent alors une fonction analogue à celle de notre cavalerie. Car la cavalerie est, chez nos Grecs, une arme excessivement réduite. Elle parait servir surtout au maraudage extensif ou, inversement, à la répression du maraudage de l'adversaire. Thucydide mentionnera gravement la cavalerie de trente hommes avec laquelle les Athéniens débarqueront en Sicile.

Ce personnel guerrier, ainsi pourvu, quel procédé favori emploie-t-il?

On peut s'en douter d'après ce qu'on a déjà entrevu. Ce procédé favori, c'est le pillage.

Le pillage athénien se rattache directement à la piraterie primitive. C'est un système de croisières, principalement autour du Péloponèse. avec descentes sur des points appropriés. Le

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point choisi, on débarque et l'on ravage rapidement, puis Ton se rembarque vite, afin d'éviter l'arrivée de troupes pélojjonésiennes, averties par leurs guetteurs. Car les Lacédémoniens savent organiser des postes de surveillance, et les maraudeurs ont qiielqufois à en pàtir. Les Athéniens font encore des descentes dans les iles qui se révoltent, c'est-à-dire qui se détachent de leur alliance. Tout ce butin afflue au Pirée et enrichit; soit directement, soit indirectement, cette population plébéienne que nous avons vu intéressée avant tout aux expéditions maritimes.

Le coup de maître des Athéniens, dans cet ordre de choses, c'est la création du fort de Pylos, dont nous avons parlé. Non seulement ce fort sert de base à des expéditions de maraudeurs dans la grande banlieue de Sparte, mais il sert de refuge aux ilotes révoltés. En outre, les Athéniens y transportent des Messéniens exilés qui, Doriens comme les Spartiates, parlant le même dialecte, connaissant bien les lieux et possédant une formation analogue, sont en mesure de causer à leurs anciens vainqueurs de sérieux ennuis.

Les Spartiates, eux, pratiquent le pillage pa?' route de terre. Chaque année, ou à peu près, ils organisent une expédition dans l'Attique. Ils savent que les Athéniens ne les attendront pas, comme les Athéniens savent que les Spartiates n'oseront attaquer leurs murailles. Et l'on voit souvent, dans Thucydide, des phrases du type de la suivante, par laquelle débute le troisième livre de son histoire : « L'été suivant, au fort de la croissance des blés, les Péloponésiens et leurs alliés firent une expédition en Attique, sous la conduite d'Archidamos, iils de Zeuxidamos, roi des Lacédémoniens. Ils campèrent dans le pays et le ravagèrent. » A cela, les Athéniens ne répondent qu'en faisant sortir de temps en temps des patrouilles de cavalerie pour inquiéter les maraudeurs qui s'approchent trop des murailles Et le paragraphe de Thucydide se termine par cette autre phrase type : « Les Péloponésiens, après être restés tant qu'ils eurent des vivres, évacuèrent l'Attique et rentrèrent chez eux, chacun de leur côté. »

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C'csl la ivponsiMlu brigandage à hi pirateine . Quand les Spartiates, sur les conseils d'Alcibiade banni d' Athènes, ont construit un fort à Décélie en Attique, ce brieandaiie devient continu et intensif. liien n'est épargné, et les mines d'argent du Laurium, un des gros revenus d'Athènes, échappeiit à celle-ci.

Dans la guerre proprement dite, les « procédés de bandits » jouent un rôle capital : embuscades, escalades nocturnes, rançons exigées, massacres de prisonniers ou de gens inoffensifs. Les Lacédémoniens tuent et jettent dans des précipices ceux des Athéniens ou de leurs alliés qu'ils surprennent n«w?^z<an/ /vo?<;' leur commerce autour du Péloponèse. Par représailles, les Athéniens se font livrer par le roi de Thrace des ambassadeurs que les Lacédémoniens envoyaient au roi de Perse, et, sans les juger ni les entendre, les précipitent dans des fondrières. Remarquons en passant ce genre d'exécution, qui sent le bandit montagnard. Ailleurs, ce sont des enlèvements de populations libres, que l'on revend comme esclaves. Dès leur débarquement en Sicile, les Athéniens se font ainsi cent vingt talents en vendant à Egeste la population d'Hyccara.

Dans l'île de Corcyre, le parti démocrate, partisan d'Athènes, se livre sur le parti opposé à d'effroyables massacres. Les aristocrates fugitifs s'installent sur le continent, en face de l'Ile, et font d'abord de la piraterie contre leur cité ; puis ils repassent dans l'Ile, gagnent la montagne, construisent un fort, et, de là, se livrent au brigandage. C'est une fois de plus, comme au temps de Jupiter, roi de l'Olympe, la lutte de l'homme du maquis contre la cité qui l'a chassé de son sein.

Un autre caractère des hostilités, c'est la survivance, à un certain degré, de l'indiscipline et de l'anarchie des temps héroïques.

Dans chaque cité, les soldats obéissent généralement aux chefs. On reconnaît là l'inlluence de ce pouvoir régulier qui a. fini par se constituer dans chaque petit territoire. Toutefois, il y a des exceptions assez nombreuses. On murmure, on proteste, on accuse les généraux. Les soldats athéniens vont même jusqu'à déposer les leurs. C'est ce qui arrive lorsque la flotte de

Samos refuse <lc reconnaître l'oligarchie des Quatre-Cents. « Les soldats se réunirent aussitôt en assemblée ; ils déposèrent leurs anciens généraux et ceux des triérarques (capitaines de navires) (|ui leur étaient suspects et les remplacèrent par dautres, au nombre desquels se trouvaient Thrasybule et Tlirasylle'. » Les soldats de Cléon, nous dit encore Thucydide, « dissertaient entre eux desonincapacitépourle commandement,... de la répugnance avec laquelle ils l'avaient suivi ». De là, pour les chefs, cette nécessité des discours adressés aux soldats et, comme corollaire, l'absence de démarcation entre le métier de stratège et celui de politicien. « Tout général cjue je suis, écrit Nicias aux magistrats d'Athènes, je n'ai pas le pouvoir d'empêcher ces désordres (ceux de Tarméede Sicile), car votre naturel esi àiïïxciVa à gouverner. »

Cn peuple fait exception : ce sont les Spartiates, et nous avons vu quelles circonstances sociales ont militarisé si excellemment ce petit peuple. Thucydide décrit-, avec une sorte de minutie admirative, la façon dont le roi de Sparte donnait, à la bataille, ses ordres aux officiers supérieurs, et comment ceux-ci les transmettaient aux officiers inférieurs. On sent, à cette minutie et à cet intérêt, cjue l'historien décrit une chose rare. C'est que, nulle part comme à Sparte, on n'avait si bien taillé dans l'étofife du bandit pour faire le patron du guerrier.

Mais c'est entre alliés que l'anarchie subsiste, malgré l'ascendant ou la « suzeraineté » des deux grandes cités prépondérantes. Thucydide met dans la bouche de Périclès les réflexions suivantes : « Ils (les Péloponésiens) ne peuvent faire une guerre soutenue... Les uns sont surtout préoccupés de telle vengeance qu'ils ont en vue, les autres craignent par-dessus tout de compromettre leurs intérêts privés; on se rassemble lentement ; on n'accorde que peu d'attention aux alTaires communes; on s'occupe le plus souvent des siennes propres, chacun pense ne pas nuire, par sa négligence, à l'intérêt général, persuadé qu'un autre y pourvoira pour lui '. » Mais, en regard de ces observations profondes, qui

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