IX. — I-i:S m KIIHES ENTHE CITÉS
icndic, cl les Athéniens, en bons Athéniens, ne tiennent pas à débarquer dans Tile pour se mesurer avec ces robustes lutteurs. Ouoique supéiicurs en nombre, ils ont une peur bleuf des quatre cent vingt i;uerriers (•a[>tils sur ce roc. Pondant soixante-douze jours, la Hotte athénienne se contente de monter la garde. Les vaisseaux passent et repassent dans les petits détroits, faisant la police, empêcliant les évasions et tâchant, avec un succès partiel, d'empêcher le ravitaillement, mais c'est tout. Peu d'événements mettent aussi bien en relief les aptitudes différentes des deux peuples.
Cependant Athènes s'énerve, et Cléon s'indigne. « Quoi, dit-il en substance au peuple, on ne s'empare pas de ces Spartiates; c'est si facile! » — « Si c'est facile, allez-y donc! » ripostent les adversaires de Cléon, enchantés de le prendre au mot. Cléon, voyant qu'on veut le nommer général en chef, a peur et résiste. Mais il s'est pris au piège et se voit forcé de partir, très ennuyé (le l'aventure. Or, par un concours de circonstances, il arrive au bon moment. Les Spartiates, dans leur île inhospitalière, commencent à être exténués; un incendie a détruit des bois qui les cachaient; enfin les forces athéniennes sont plus imposantes. Bref, Cléon arrive au moment où Démosthènes, même sans lui, aurait attaqué. L'armée athénienne débarque donc, non sans appréhension, et non sans un prudent déploiement d'alliés et de troupes légères. Enfin, après une journée entière de lutte acharnée, les Spartiates, pris à revers sur une éminence rocheuse par des Messe tiiens alliés d' Athènes qui connaissent un certain sentier, capitulent. C'est pour Athènes un succès capital et pour Cléon un triomphe inespéré. « L'autre jour, dit Démosthènes dans les CAeu«/2e;'5 d'Aristophane, je venais de pétrir à Pylosune galette lacédémonienne; le rusé coquin (Cléon) tourne autour de moi, l'escamote et offre en mon nom ce gâteau qui était de ma façon. »
Or, cet événement répand à Sparte une terreur mortelle. La plupart des prisonniers sont des citoyens des meilleures familles de Sparte. Leur absence cause un vide terrible. Si les Athéniens les massacrent, ce sera pour leur aristocratie guerrière une
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saignée irrémédiable. Ces quatre cents héros manqueront pour comprimer les ilotes. C'est que chacun de ces quatre cents est un guerrier d'élite, un échajitillon humain de premier choix, une valeur précieuse par la rareté des valeurs semhlahles. Aussi Sparte, la fièrc Sparte, s'humilie-t-ellc immédiatement, et envoie des amhassadcurs à Athènes pour demander la paix. Elle insiste, supplie presque, elle menace les Athéniens de l'implacable « vendetta » que leur déclareront les familles Spartiates, si les prisonniers sont massacrés. Longtemps les Athéniens tergiversent, et les hostilités continuent provisoirement; mais enfin les avances de Sparte sont agréées et une trêve est conclue, grâce à la mort de Cléon, par l'intermédiaire pacifique de Nicias (421).
L'expédition des Athéniens eu Sicile, qui met lin à cette trêve, constitue à elle seule toute une longue histoire. Résumons-en les traits saillants.
Athènes s'engage en Sicile parce qu'elle y a des cités amies, à qui elle veut faire plaisir. — Influence des amitiés.
Athènes rêve d'établir sa suzeraineté sur la Sicile, parce que c'est une île. et qu'elle domine déjà de grandes îles, comme rEu])ée, Samos, Chio, Lesbos. Elle se dit donc : « Pourquoi pas ? »
Athènes est tentée par la Sicile parce que la Sicile est riche en blé, et que ce blé sert à alimenter lePéloponèse. Quelle aubaine pour les Athéniens si le blé sicilien, par la voie des tributs, venait inonder le Pirée et si, du nicme coup, on avait le moyen d'all'anicr Sparte!
La Sicile est pour les Athéniens un Far-West dont on leur fait des récits merveilleux. (>es récits excitent la soif d(^s aventures. Des Ames de « conquistadors » se révèlent. On rêve de conquérir Cartilage. C'est létat d";\me de la « toison d'or ».
« Notre but en faisant voile pour la Sicile, dit Alcibiade aux Lacédémoniens, était de soumettre, s'il était possible, les Siciliens d'abord, puis, après eux, les Italiens, et ensuite de faire une tentative confre les peuples soumis aux Carthaginois et contre Carthage cUe-nième... Nous devions alors attaquer le Péloponèse