‹ La Grèce antique; entretiens sur les origines et les croyancesChapitre 2 sur 7 · L OLYMPE HOMÉRIQUE, ZEUS · texte numérisé non relu

L OLYMPE HOMÉRIQUE, ZEUS

rance mutuelle entre les vétérans et les recrues de l'armée céleste. C'est de ce compromis qu'est l'issu Olympe homérique. Et nous avons pu dire qu'à des hommes du XIV* siècle, le poète a donné des dieux du ix* siècle. Ceux-ci ont gardé, assurément, nombre de traits archaïques ; c'est ce qui accentue leur rajeunissement. Certaines prières qu'Achille et Agamemnon adressent à Zeus, à Gaîa, en des occasions solennelles, semblent vraiment venir du fond des âges.

« Zeus prince, [Zeu ana) », s'écrie Achille, « Dodonéen, Pélasgique, toi qui règnes sur Dodone aux rudes hivers, séjour des Selles aux pieds non lavés, couchés sur la terre nue ! » Ce Zeus austère ne s'est pas fait construire encore par Héphaïstos un riche palais sur les cimes de l'Olympe.

Agamemnou dit (Ch. III) : « Zeus père [Zeu pater]^ qui règnes du haut de l'Ida, très auguste et très grand ; Hélios qui vois et entends toute chose ; Fleuves, Terre et vous qui, au fond des enfers, punissez après leur mort les hommes coupables de faux serments, soyez-moi témoins! » Et encore : « J'atteste d'abord Zeus, le plus puissant et le meilleur des dieux, j'atteste la Terre, le Soleil, et les Erinnyes qui sous la terre font expier aux humains les serments trompeurs. »

Voilà d'antiques formules, où revivent dans leur naïveté les idées de l'Achéen au sortir de l'animisme grossier ; il adore le ciel qui le couvre, la terre qui le porte, le soleil qui l'éclairé ; les fleuves qui abreuvent ses troupeaux et ses herbages, enfin les puissances auxquelles les premiers moralistes ont remis le châtiment du parjure — le plus ordinaire des crimes chez les peuples enfants. Notons aussi le haut rang réservé à la terre et au soleil, sous leurs noms de Hélios et de Gaîa ; - ils avaient depuis longtemps cédé leur place à Dèmètèr,

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à Hèra, à Apollon. La liturgie, le culte — et c'est l'unique service qu'on en puisse attendre — nous conservent ainsi quelques vestiges d'un passe lointain. Ils demeurent toujours en arrière du milieu où ils se perpétuent.

En prenant des visages et des contours entièrement liumains, des bouches qui aiment à pousser d'horribles clameurs, les dieux ont retenu certains privilèges d'origine animique : les dons d'invisibilité, de métamorphose et de transport instantané. Quand, d'un pied aérien ou montés sur des chars, ils se précipitent de l'Olympe sur la terre, ils passent comme un trait de feu, comme une étoile filante, et se placent invisibles à côté du héros qu'ils veulent encourager ou perdre, seulement trahis par quelque vague odeur d'ambroisie, ou par leur voix, que personne n'entend. Ils excellent à prendre la forme d'un ami jeune ou vieux, d'un songe, d'un animal. Après qu'ils ont mis aux prises deux guerriers fameux, Poséidon et Atlîènè, changés en oiseaux, vont se percher sur un arbre, pour jouir du combat.

Ils se fondent en brouillards pour sauver leur protégé, et, soufflant sur les dards, sur les lourdes javelines qui pourraient achever le champion blessé, ils le transportent près d'une fontaine ou derrière les murailles. Ce sont là des offices de minces génies, de démons malicieux ou bienveillants, et qui ne conviennent guère à des Olympiens. Vous me direz peut-être que les dieux les plus huppés, passés ou présents, n'ont jamais renoncé à ces interventions, à ces partialités lucratives, si fécondes en ex-voto, en offrandes pieuses et autres menus suffrages dont ils ont toujours été friands. Passons donc condamnation sur ce point.

Encore faut-il noter que la conduite des dieux homériques n'est pas sans excuse. Un même palais, un même banquet les réunissent; mais ils y viennent à l'appel

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