‹ La Grèce avant Alexandre; étude sur la société grecque du 6e au 4e siècleChapitre 21 sur 46 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Dans tous les pays grecs, l'État s'est constitué par la formation successive d'associations de plus en plus complexes.

Le groupe le plus simple est la famille au sens primitif du mot, le yévoç d'Athènes, de Carystos ou de Samos, la yevsà d'Élis, la zàxpa de Rhodes et de Thasos.

De l'alliance des familles nait une confrérie à la fois religieuse et politique, la phratrie de l'Attique, d'Ilion, d'Andros, de Chios ou d'Ehs, la Guy^Évcia de Calymnos ou de Mylasa.

De l'union des phratries se forme la tribu. On trouve généralement trois tribus en pays dorien, les Hylles, les Dymanes, les Pamphyles ; et quatre en pays ionien, les Géléontes, les Hoplètes, les Argades, les^Egicores.

En se groupant pour un culte et des intérêts communs, les tribus d'une même région constituent la cité.

L'État grec, en raison de cette origine, est fatalement voué aux révolutions. Évidemment, il cherchera à affaiblir par tous les moyens l'autorité des chefs de tribus, de phratries, de yévy], qui gênent son action directe sur l'individu. De plus, les gens des classes inférieures, tous les nouveaux venus, enrichis par le commerce et enhardis par leur richesse, réclame-

1. Bœckh, Die Staatshaushaltung der Athener, 1851; Thumsev, Staatsalterthû' mer, 1889-1890-, G. Gilbert, Haiulbuch der griechischen Staatsalterthiimer, 1881- 1885; Telfy, Corpus juris attici, 1808; Perrot, Droit public d'Athènes; Fustel de Coulanges, la Cité antique; Kuhn, Ueber die Entstehung der Stâdte der Alten, 1878, etc. — Pour Athènes, voyez surtout l'ouvrage d'Aristote, tout récemment déchiffré sur un papyru^t du British Muséum : Kenyon, 'AOvivaîwv UoXiTeia, ArisloUe on Ihe constitution ol Athens, et i'ac sitnilc o/' papyrus CXXXI in Ihe British Muséum, Londres et Oxford, 1891 ; Th. Rcinach, La République athénienne, d'Aristote, traduite en français, Paris, 1891 ; cf. la traduction d'Haussoullier {Hautes-Études, 1891).

% LA r.lU'CE AVANT ALEX AN D H K.

ronl (i an bosoiii obtii'iulroiiL (\c l'oi'cc une iilacc dans l'IUal ; t'oinine ils S(iiil ("xcliis dos y^vTi ol. des phratries, on \\c. iioncra leur ouvrir la cik' «luCn la (l'ansforninnl. La l'cvolnlion a été plus ou nioius pioinplo cl piii^ ou moins coniplùlc suivant los régions. Mais, j)artout, l'on observe la niènio Lcndaucc.

Dans la nouvelle organisation, on sul)slitue les divisions territoriales aux divisions elhniques. On classe les citoyens, non plus d'après leur origine, mais d'api'ès leur résidence.

Prenons l'Atlique pour (^xemjile. Anciennement, les yÉvY) s'y étaient groupés en douze phratries, les phratries en (juatre tribus ; de l'union des tribus était née la cité. Au v' siècle, ces vieilles associations n'ont plus qu'une valeur religieuse. L'État, dans ses rapports avec les citoyens, ne connaît ([ue les dômes, les trente trittyes et les dix tribus locales fondées par Clisthène. Les dèmes sont des districts géographiques ; chacun a ses temples, ses routes, sa police, son agora, son assemblée municipale, ses biens-fonds loués à des fermiers, son chef élu, le démarque, qui administre le canton et tient au courant le registre d'état civil. La trittye, qui comprend plusieurs dèmes, est dirigée par un trittyarque, chargé surtout de faciliter dans son district le recrutement de l'armée de terre et de mer. La tribu, formée par la réunion de trois trittyes, a ses propriétés, son budget, son culte. Chaque année, elle tient une assemblée solennelle à Athènes pour vérifier les comptes, pour élire son prêtre-roi, son trésorier, son chorège, son gymnasiarque. Les dix tribus occupent exactement la même place dans l'État ; elles fournissent un nombre égal de magistrats, de sénateurs, de soldats et de marins ; elles se partagent les impôts. Dèmes, trittyes et tribus sont donc simplement des circonscriptions administratives. L'État respecte leurs libertés municipales, mais y exerce directement ses droits souverains.

Telle est la révolution qui s'accomplit partout en Grèce.

Les anciens groupes ethniques, qui en se combinant et en s'associant avaient créé la cité, ne subsistèrent plus que dans le culte. Pour le classement des citoyens, on ne tint plus compte que du domicile.

D'abord, l'État ne connaît plus que la famille naturelle, composée du père, de la mère, des enfants, des esclaves. Ce groupe de personnes constitue un oixo:;.

La réunion des oixoi d'une même plaine, d'un même vallon, forme un bourg. C'est le dôme de l'Attique, d'Élgine, de Milet, de Cos, la ktoina de Rhodes, la kômc de Corcyre, de Lampsaque, de Téos. De même les villes sont divisées en quartiers ou arrondissements : tels sont les dèmes urbains d'Athènes, les pyrges de Téos, les tones de Ténos. Chaque canton, à la campagne ou en ville, a son chef élu, le démarque, le comarque.

Plusieurs bourgs s'unissent dans une circonscription plus étendue qui joue un rôle important dans l'organisation financière, militaire et maritime. Telles sont les trittyes de l'Attique et de Délos, les triacades et les pentécostyes de Cos, les hécatostyes de Byzance, de Lampsaque, de Samos, les chiliastyes d'Éphèse, les symmories de Téos. Chacune de ces circonscriptions nomme son chef, qui veille aux recouvrements d'impôts, au recrutement de l'armée et de la flotte.

La tribu de l'époque historique comprend plusieurs districts administratifs et sert de base à toute l'organisation politique. Dans chaque tribu, on choisit ou l'on tire au sort un nombre égal des principaux magistrats de la cité.

Familles, bourgs, circonscriptions militaires, tribus, voilà désormais les parties constitutives de l'État. Chacun de ces groupes a ses fonctionnaires particuliers, son domaine, son culte, son trésor, ses assemblées où les citoyens se préparent à la vie publique. Toutes ces petites sociétés, qui s'enveloppent les unes les autres, dépendent directement de l'État, tandis que, dans l'organisation primitive, la cité, pour la sau-

98 I.A (.lll'.C.K AVANT A 1. K \ A NDHK .

vejrardo de ses inlc'i'('ls, (Irpoiulail «le I;» hoMiic volonh' cl do rciilciili' des Y^VYj, des jilirah'ics cl des li'ihus clliiii(|i:cs. Dans cet organisme (•()in|ili(iiié de f^roupes siij)erpo.sés, rinij)ulsioii ne |iai'l jtius d'en bas, mais iVcw liaiil.

Sauf quelques détails secondaires, tous les llidlèiies oui eu une conception identique de l'Klat. La cité, telle que nous la trouvons constituée au V siècle, fixe souverainement les droits et les devoirs de chaque catégorie de citoyens, les soumet tous à une éducation civique, organise le gouvernement et la justice, lève l'impôt, recrute l'armée et la marine, fonde les colonies. Les chefs des bourgs et des tribus ne sont plus que les instruments de l'État.

v^ 1^'. Les diverses classes dliommes et de citoyens K — Rien de plus varié que la condition des habitants d'un pays grec. Les nns étaient membres de la cité, les autres y étaient tout <à fait étrangers. Pour comprendre l'organisation politique, il faut commencer par éliminer tous ceux qui restaient en dehors de l'État.

Une grande partie de la population ne jouissait pas de la liberté personnelle. C'étaient d'abord les esclaves privés, employés comme domestiques dans les maisons, comme garçons de ferme et cultivateurs à la campagne, comme ouvriers dans les mines ou les fabriques. En Attique, on comptait six fois plus d'esclaves que de citoyens. C'étaient principalement des barbares, des Lydiens, des Phrygiens, des Scythes, desCappadociens, des Thraces. Ils se pressaient surtout dans les grandes villes de commerce et d'industrie. Les temples aussi possédaient un nombreux personnel de serviteurs qui remplissaient dans le culte les fonctions subalternes ou cultivaient

1. O. Mûller, les Doriens: Cnrtins, Peloponnesos : GUhert, Études sur l'ancienne hisloire de Sparte, 1872; Claudio Jannet, les Institutions sociales et le droit civil à Sparte, 1873 ; Saglio, Dictionnaire des antiquités, article Attica respublica, etc.

le domaine des dieux. Enfin, tous les États avaient des esclaves publics. A Athènes, on les employait comme agents de police ou commis dans les bureaux. On connaît surtout les hilotes de Laconie. A l'origine, on désignait ainsi les prisonniers de guerre saisis dans la ville maritime d'Hélos. Plus tard, on étendit ce nom à tous les esclaves publics de la région. Les hilotes appartenaient à l'État, qui seul pouvait disposer d'eux. Sparte les enrôlait dans les troupes légères, dans les corps de frondeurs, de lanceurs de javelots, de terrassiers, de rameurs et dans le service d'intendance. Ou bien elle les prêtait aux particuliers, qui ne devaient ni les tuer, ni les vendre au delà des frontières, ni les affranchir. En ce cas, les hilotes n'habitaient pas chez le maître : ils cultivaient les champs qu'on leur assignait et payaient au propriétaire une redevance avec la dîme des récoltes. La loi fixait nettement leurs obligations et leurs droits. Par leur nombre, ils inspiraient souvent des craintes au gouvernement. Pour les surveiller, on établit un service permanent de gendarmerie, cette krypteia qu'exerçaient tour à tour les jeunes Spartiates. Parfois, on donnait la liberté aux hilotes qui avaient servi comme hoplites dans quelque grand danger public. Il est vrai qu'à la suite de cette faveur, l'État n'hésitait pas toujours à se débarrasser d'eux traîtreusement ; c'est ce qui arriva à tous ceux qui avaient été affranchis pour leur belle conduite dans l'armée de Brasidas. Il y avait un péril permanent pour les cités grecques dans cette énorme population d'esclaves qui peuplaient les maisons privées, les temples, les administrations et les armées de l'État. En bien des régions, le sol fut longtemps cultivé par des serfs de la glèbe. En Attique, le servage fut aboH par la constitution de Solon. Mais, ailleurs, il se maintint pendant toute la période historique. Telle était la condition des Mnôtes de Crète, des Coronéphores de Sicyone, des Gymnètes d'Argos, des Pénestes de Thessalie. Les serfs étaient partout d'anciens habitants du pays, dépossédés par la conquête; ils ne pou-

loo r\ r,in':r,i- avant aiJ'XAndhk.

valent être vendus ()ii'avec la Icric cl no ih^vaicnl :iii propi'ié- (aire qu'une redevance lixo. Ils j^-ardaienl le surplus de leur gain t't parfois devenaient plus riches que leurs maîtres.

Ailleurs, les populations primitives s'étaient mieux dcfcndues contre les envahisseurs. Elles étaient devenues sujettes, mais en conservaul la possession d'une partie du sol. Tels étaient les pcrièques de Laconie et des contrées limitrophes de la Thessalie propre. Ils étaient restés pi'0|)riétaires. Et s'ils ne remplissaient aucun rôle dans l'État, ils jouissaient du moins dans leurs bourgs d'une certaine liberté municipale. lis payaient des impôts, servaient comme hoplites et comme matelots, pouvaient même obtenir des grades dans l'armée, ils différaient surtout des citoyens en ce qu'ils n'avaient aucune part au gouvernement.

Les étrangers domiciliés fournissaient un fort contingent à la population des villes, surtout dans les riches États ioniens. A Athènes, lors d'un recensement fait au iv" siècle, on n'en compte pas moins de cinquante mille, presque tous occupés d'industrie ou de commerce. A ces étrangers établis à demeure dans une région on donnait divers noms. On les appelait métèques à Athènes, à Argos, à Cnide, à Rhodes; jjurèques, à Ephèse, Ilion, Téos, ïhespies ; êncques, à Érétrie, Mykonos, Théra; catcque^, à Larissa et Sestos; épèques, à Hiérapytna; symqiie>i, à Delphes. Tous ces noms signifient également « ceux qui demeurent avec les citoyens ». Ce sont les étrangers qui habitent un pays depuis longtemps, souvent de père en fils. Ils n'ont aucun des droits civiques. Ils ne peuvent posséder le sol; par suite, tous logent dans des maisons louées. Ils doivent avoir un prostate ou patron qui les représente dans toutes les affaires civiles, commerciales ou religieuses; faute de quoi, ils sont exposés à des peines très sévères; ils peuvent être vendus comme esclaves. En beaucoup de villes, ils sont justiciables de tribunaux particuliers, présidés à Athènes par le polémarque, à Ephèse, à Médéon et à Rhodes par les juges des

étrangers. Ils payent les mêmes impôts que les citoyens et, de plus, diverses taxes particulières, surtout la taxe sur les métèques, le métœkion, qui était à Athènes de douze drachmes pour les hommes adultes, de six pour les femmes. Ils doivent le service militaire. Ils assistent aux grandes fêtes officielles, y contribuent de leur argent et y jouent un rôle fixé par la loi. Ils sont astreints à la chorégie et à toutes les charges des citoyens, sans compter certaines liturgies spéciales aux métèques. Pour faciliter le contrôle, l'État inscrit sur un registre distinct tous les étrangers domiciliés.

Souvent la cité améliore la condition de certains métèques qui lui ont rendu quelque service. Par un décret à'isotélie, elle les dispense de la taxe de séjour et les assimile aux citoyens. Par Vatélie, conférée bien plus rarement, un métèque peut même être exempté d'une partie des impôts et liturgies.

Esclaves privés ou publics, serfs de la glèbe, sujets, métèques et| isotèles, Yoilà, par ordre d'importance, toutes les personnes qui peuvent demeurer dans un pays grec sans faire partie de l'État. La cité ne comprend que les citoyens.

Encore beaucoup de ces citoyens ne jouent-ils qu'un rôle tout passif. Ils ne participent pas au gouvernement et ne possèdent que les droits civils. A cette catégorie très complexe appartiennent : 1° les affranchi, toujours soumis à la tutelle de leur ancien maître ; 2° les dêmopoiètes, c'est-à-dire les étrangers, les métèques et les esclaves qui ont obtenu droit de cité. A moins de mentions spéciales dans le décret rendu en leur honneur, ils ne peuvent exercer de magistrature ni même voter dans les assemblées ; 3" les Néodamodes de Sparte, c'està-dire les hilotes affranchis et leurs fils ; ù" les Nothet^, tous ceux dont le père ou la mère n'était pas citoyen ou originaire d'une ville qui avait l'épigamie ; à Athènes, ils n'héritaient pas de leur père qui pouvait seulement leur léguer mille drachmes; 5° les Parthénitd, ûh ou descendants des femmes Spartiates mariées par ordre de l'État à des hilotes affranchis après les guerres

to2 i.\ r, iii'ci' A\\\r .\i,i:\ wKiu:.

(le Mcsséiiio; (Vies Aîothitccs, lils de Spai'liales cL de Iciiimes hilotes; 7" les cadets désliérilés dans les pays de droit, d'aînesse, j»ar {:\cu\\Ac \es< Ilypomcio/ics de Spai-|,c; 8" enfin les eitoyens frajipés iCudniic. Celte dégradation civique fi'apj)ait les di-l/ileiirs du lit'Sdi-, les nKig:isl rats cpii n'avaient pas i-ciidn leurs comptes, et quiconque avait mal rempli son devoir dans l'armée de terre ou de mer, ou avait n)altraité ses parents, ou avait fait trois fois un faux serment. L'atimie entraînait la perte des droits civils, religieux et politiques. L'atimos ne peut ni déposer en justice ni réclamer satisfaction. Il faut un décret du peuple pour lui rendre la plénitude de ses droits. Jusque-là, il reste dans une situation inférieure même à celle des gens qui avaient seulement un droit de cité incomplet.

Les vrais, les seuls membres de l'Etat étaient les personnes qui avaient le droit de cité complet (È-ixtaiot, £VTi[j.ot).

l^our figurer dans cette classe, il fallait, à Sparte, appartenir à l'aristocratie des Egaux qui comprenait les descendants et héritiers directs des anciens conquérants de Laconie et où l'on avait admis, de loin en loin, quelques individus de condition inférieure. Il fallait aussi posséder une certaine fortune et pouvoir payer sa part des repas publics. A l'origine, il y avait huit à neuf mille Spartiates. Le nombre en diminua de plus en plus. « Sur la place publique, dit Xénophon, on voyait quarante Spartiates sur quatre mille personnes. »

A Athènes était citoyen quiconque était né de parents athéniens et avait été inscrit au registre du dème. On comptait en Attique quinze à vingt mille citoyens adultes K

De même, dans le reste de la Grèce, la règle générale est que, pour remphr toutes les fonctions civiles, religieuses et politiques, il ne suffit pas d'avoir soi-même obtenu le droit de

1. Egger, De l'état civil chez les Athéniens, 1861; Caillemer, la Naturalisation à Athènes, 1880 ; Letronne, Mémoire sur la 2)opulation de l' Attique (OEuvres choisies de Letronne, III'' série, tome l"); Dumont, la Population de V Attique {Journal des Savants, 1871).

ciLé ; il faut encore l'avoir hérité de ses parents. Pour conserver ses privilèges, il faut s'être acquitté de ses devoirs envers l'État. Les citoyens en possession de tous leurs droits formaient une réelle aristocratie politique.

Aussi l'on dressait avec soin le catalogue de tous les citoyens. De temps en temps on revisait ces listes. Alors on rayait les métèques et les intrus qui s'étaient fait inscrire par fraude. Pour les punir de ce crime contre l'État, on les vendait comme esclaves. Nous savons qu'à Athènes on revisa le registre civique en hhb , en /i03, en 3/i6. Au second de ces recensements, l'archonte Euclide exclut et fit vendre cinq mille Nothes indûment inscrits depuis Périclès.

Nulle part, même dans les États les plus démocratiques, les citoyens n'étaient complètement égaux entre eux. Ils étaient partout divisés en plusieurs classes, suivant lesquelles variaient les droits et les obhgations de chacun. Dans les oligarchies, la noblesse a seule le pouvoir politique. A Sparte, les Égaux, et jusqu'à Solon les Eupatrides en Attique, étaient seuls membres actifs de l'État. Dans les démocraties, les citoyens sontrépartis entre diverses catégories suivant la fortune. Solon partagea les Athéniens en quatre classes d'après le cens. La première comprenait les pentacosiomédimnes, c'est-à-dire ceux qui possédaient un revenu de cinq cents médimnes de blé ou d'autres produits, ou bien de cinq cents drachmes. La seconde se composait des checaliers, qui avaient un revenu de trois cents médimnes ou trois cents drachmes et servaient dans la cavalerie. La troisième classe est celle des Zeugites, qui pouvaient nourrir une paire de bœufs et fournissaient le gros de l'infanterie des hoplites. Dans la quatrième étaient relégués les Thètes, les prolétaires de l'Attique, qui ne payaient pas d'impôt mais n'avaient pas le droit de vote. Les citoyens des trois premières classes prenaient part aux assemblées et aux élections; ceux des deux premières pouvaient être nommés aux magistratures, mais l'archontat était réservé aux pentacosiomé-

104 I. A cm: Ci: wwt ai.i:\ ANinu:.

dimiies. Lo propres (Irmocraliqiic iiuxlilia plus lard U's droits cl les ublii^alioiis dos diNcrscs calé^orics de ciloyens; mais le classoint'iit subsista toujours. Dans les pays de gouvernement populaire, la fonelion j)ul)li(|U(' de chaciiii (K'-pcnd de sa fortune, connue dans les aristoeratics le privilè^H^ de la naissance prime l(Mil If l'esté.

Le citoyen a partout le droit de posséder la Icrre, d'ester en justice, de participer au culte, de contracter un n)aria^c légitime. 11 a des attributions politiques plus ou moins étendues suivant le pays, l'époque et la fortune de chacun. Dans les démocraties, les citoyens décident toutes les affaires à l'assemblée et composent les tribunaux. Dans les oligarchies, si tous ne peuvent être élus, tous concourent du moins à l'élection de la plupart des magistrats.

Le citoyen doit à l'État l'impôt, le service militaire et diverses liturgies. 11 joue un rôle dans les fêtes ollicielles. Il a des obligations précises envers son dème et sa tribu comme envers la cité. En certains pays, il dépend complètement de l'État. Sparte règle son éducation et sa nourriture, l'oblige à se marier, lui interdit de voyager sans autorisation, fixe tous les détails de sa vie et jusqu'à la forme de son tombeau. La loi exige qu'il assiste à certains repas communs, qu'il fasse partie d'un syssition, d'une table de quinze personnes, où l'on est admis par un vote de tous les convives, et où l'on paye sa quote-part : celui qui ne peut fournir à la table commune un médimne de blé par mois, vingt-huit congés de vin et une portion de fromage perd ses droits civiques. Ailleurs, par exemple à Athènes, l'individu est plus libre dans sa vie privée; on exige seulement qu'il s'acquitte bien de toutes ses obligations envers l'État.

Mais, pas plus à Athènes qu'à Sparte, les Grecs n'ont conçu à la façon des modernes la liberté individuelle. La liberté pour eux, c'est la sécurité, le privilège de posséder, d'épouser une citoyenne, de parler en public. Jamais les Hellènes n'ont marqué nettement où s'arrête le droit de l'État, où commence celui de

l'individu. Entre Athènes et Sparte, la différence est dans les mœurs plus que dans la loi. Interrogez les philosophes et les poètes : ils vous diront que le citoyen se doit tout entier à l'État, à sa tribu, à sa phratrie, à son dème. Ils n'auraient point imaginé qu'après avoir accompli strictement son devoir civique on pût songer à s'abstraire dans une hautaine et solitaire indépendance. Le citoyen n'était rien sans l'État; il était tout par la cité et pour la cité.

§ 2. V éducation du citoyen^. — L'idée que les Grecs se faisaient du citoyen les entraîna partout à organiser une éducation publique. Cette éducation se proposait uniquement de préparer les futurs membres de l'État à leurs fonctions civiques. Le principe est toujours le même, mais l'application varie suivant les régions. A Sparte, l'éducation s'étend à presque toute la vie. A Athènes et dans la plupart des villes, elle prend seulement quelques années.

L'éducation d'un Hellène se divise en trois périodes . 11 faut distinguer :'1° les enfants (xaîo£ç); 2° les adolescents (àyavcioi, è'cpTjêot); 3° les jeunes gens (vsoi).

Les divers peuples grecs entendaient d'une façon assez différente l'action de l'État sur l'enfant.

La constitution athénienne laissait aux familles le soin d'élever le fils jusqu'à dix-sept ans révolus. Mais on devait lui apprendre à lire et à nager, et lui faire suivre les exercices d'une palestre. Dans les familles pauvres, le père devait donner à ses fils un métier, les mettre en situation de gagner leur vie par l'agriculture, l'industrie ou le commerce. Pour les enfants de la bourgeoisie, les magistrats recommandaient l'étude des

1. Egger, Éducation chez les Grecs; Cramer, Éducation dans l'antiquité, 1868; Dumont, Essai sur l'éphébie attique, 1876 ; Collignon, De collegiis epheborum, 1878 ; les Collèges de Néoi dans les cités grecques (Ann. de la Faculté de Bordeaux, 1880); Maliafiy, Greek éducation, 1881 ; Schmidt, Geschichtc der Erziehung, 1884; P. Girard.. Éducation athénienne aux v" et rv' siècles. 1889-1891.

I0(, LA cri: CI- AVANT A LK\ AN DU K.

aiiLciu>, la musi(|ik', rcMiiiilatioii, la cliassi'. iNiiir coiislalcr (juc les oiifanis rccovaicMil au iiidiiis le ininiiniini (.rcdiicalion exigé par la loi, (ui leur faisait siihir un cxaiiicii aminci. Le (poisicmc jour (lo la fête îles A[ialuries, le \)vn' anicnail ses lils au biii'eau (II- la plualrie : là, ou leur faisait débiter des Frap:meuts de poésie, ou jugeait.de leurs progrès et l'on distribuait des prix aux plus avancés. Nous connaissons au IMrce un collège de Mellcphi'hca, composé d'enfants qui étaient à la veille de devenir éphèbes. Mais c'est là sans doute une association volontaire. A l'examen ainiuel se bornait rintervention de la cité athénienne dans la premièi'C éducation.

A Sparte, au contraire, l'Etat s'occupe de l'enfant dès sa naissance. Il le fait examiner par une commission. On l'expose sur le Taygète, s'il est mal constitué. S'il est solide, on le laisse pour quelque temps aux mains des femmes. A sept ans commence l'éducation publique. Le paedonome réunit les enfants du même âge en groupes (tXai). Plusieurs groupes forment une classe (àylXa ou Boua). A la tète des petits détachements on place un ilarque, un bouagor : ce sont des moniteurs élus par les enfants parmi leurs camarades plus âgés. Les chefs de groupe et de classe dirigent les exercices sous la surveillance du paedonome et des bidéens assistés de mastigophores ou fouettards. Jusqu'à douze ans, le jeune Spartiate porte un chiton, toujours le même. Depuis douze ans il revêt un tribon ou manteau court. 11 couche sur un lit de roseaux. L'éducation comprend des exercices violents, la gymnastique, la lutte, la pyrrhique, le jeu de balle, une instruction très élémentaire et la musique. Tous les quinze jours on passe une inspection, et l'on punit les enfants trop gras. Les filles sont soumises à un régime analogue. Comme les garçons, elles sont réparties en groupes et en classes. Elles reçoivent la môme éducation, jusqu'au jour où on les marie. Elles sont vêtues d'une tunique sans manches, fendue de côté, qui descend seulement jusqu'aux genoux.

L'KTAT.

Dans les autres pays grecs, l'Étal intervient de môme dans la première éducation, soit simplement pour la contrôler comme à Athènes, soit pour la régler dans tous les détails comme à Sparte. Dans les villes de Crète, un paedonome est chargé de surveiller les enfants. A Smyrne, on nomme en outre un magistrat spécial pour les jeunes filles ^ D'ordinaire, les gymnases où se donne l'éducation sont fondés et entretenus par l'État ou le bourg.

Mais souvent des particuliers •viennent en aide à la commune : un citoyen de Gythion donne à la ville une somme de huit mille drachmes, dont les intérêts serviront à payer l'huile pour le gymnase. Nous connaissons aussi des donations particulières affectées à la fondation de véritables collèges. Tel est le legs de Polythroos à la cité de Téos, qui nous fait connaître toute l'organisation d'un gymnase sur les côtes d'Asie Mineure

vers la fin du iv^ siècle-. Le gymnasiarque ou directeur du collège est élu par le peuple pour un temps fixe. Il est assisté d'un paedonome, qui surveille les travaux des élèves et reçoit les réclamations des professeurs. C'est aussi le paedonome qui désigne les jeunes filles destinées à figurer dans les fêtes : car dans ce collège on donne l'éducation aux filles comme aux garçons. Le personnel enseignant comprend : 1° trois grammairiens, nommés chaque année par le peuple. Le maître

Intérieur depalestre: Exercices des éphèbes.

(Peinture de vase.)

2, Bull, de corr. hell., IV, 116 sqq.

108 i.\ (iur.ci: .W.WT .\I,i;\.\M)RK.

ilu |U'omior ilo^ré louclie un liailciiu'iil aiiniiol de six rouis (Iraclimos; celui du second dof^^ré, cinq contcincjuiuile di-achines; celui du lidisième depré, cinq ceuLs drachmes; 2" deux pnedotribes, aux apiiciulcuiculs de cinq cents drachmes, (|ui président aux exercices physiques; .S" un maître de cithare, (pu enseigne la uuisique aux enfants |)endant les deux années ipii pi'écèdcnt l'éphébie; /i" et 5° un maître d'armes et un professeur irareet de javelot, désignés non plus par le peuple, mais pai- Je direc- (eui' du collège. Les enfants passent régulièrement des examens : au gymnase, pour les exercices piiysiques, la grammaire et la littérature; au palais du Sénat, pour la musique. Voilà dans l'Asie Mineure un cours conq)let d'éducation, où se combinent fort heureusement les méthodes d'Athènes et de Sparte.

Ainsi, pour la première éducation, le système variait suivant les pays. Tantôt l'Etat la réglait lui-môme en détail, tantôt il se contentait de la contrôler par des examens. Mais la deuxième éducation, celle qui s'adressait aux adolescents, était partout dirigée par la cité. C'est ce qu'on appelait Vcpkébie, une sorte de noviciat imposé à tous les jeunes citoyens de dix-huit à viugt ans, dans des collèges à la fois militaires, religieux et politiques. On y était enrôlé dans l'année qui suivait les dix-sept ans révolus ; l'éducation y était donnée par des magistrats, suivant les règles du code éphébique.

Le Spartiate, en quittant la classe des jeunes garçons, entre dans la classe des aspirants-soldats, des mellirènes ou melliranes, comme on disait en Laconie. Il y reste jusqu'à vingt ans. Tout en recevant l'éducation fixée par la loi, il fait dans l'intérieur du pays un service de gendarmerie, qui consiste surtout à surveiller les hilotes.

De même, dans sa dix-huitième année, le jeune Athénien est inscrit sur le registre du dème. A cette occasion il offre des libations à Héraclès et régale ses amis. Il coupe ses cheveux

flottants qu'il consacre à Apollon. Devant la porte de la maison, une branche de laurier entrelacée de bandelettes annonce aux passants le grand événement de la famille. Dès lors, le jeune homme est affranchi de la tutelle, il devient une personne, un citoyen. Le jour de son inscription il se rend près des Propylées, dans la grotte d'Agraulos. Là on lui remet une cuirasse et des armes. En les recevant, il prononce le serment éphébique ^ : « Je jure de ne jamais déshonorer ces armes sacrées, de ne point quitter mon rang dans la bataille. Je combattrai pour mes dieux et mon foyer, seul ou avec tous. Je ne laisserai pas après moi la patrie démembrée, mais plus puissante et plus forte. J'obéirai aux magistrats, j 'observerai les lois qui sont en vigueur et celles que le peuple étabhra. Si quelqu'un

veut renverser la constitution et lui désobéir, je ne le permettrai pas. Je combattrai pour les lois, seul ou avec tous. » Une fois qu'il a prêté ce serment, le jeune Athénien est membre du dème, de la tribu, de la cité, de l'armée.

L'éducation éphébique durait deux ans. A Athènes, chaque promotion se composait d'environ quatre cents jeunes gens. La première année se passait en études et en exercices dans les gymnases. Athènes possédait trois grands établissements de ce genre, l'Académie, le Lycée et le Cynosarge. L'Académie était une enceinte consacrée au héros Académos, h six ou huit stades au nord-ouest de la ville. Cette enceinte avait été entourée de murs par Hippias, fils de Pisistratc; Cimon

Éphèbe athénien prêtant le serment.

(Peinture de vase.)

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