i LA r. Hi;CK AVANT A LRX ANDIU
l'aulrc. Les plus anciennes de Loulcs sonl des idoles modelées à la main dans des bandes d'argile reclangulaires, où l'on a ajouté les bras et divers accessoires. Les figurines arcliîuques re|>résenlent surtout des déesses assises, demi-voilées, aux mains posées sur les genoux. Au v siècle, les coroplastes varient leurs sujets à Tinlini. Ils façonnent des bustes percés d'un trou par où on les suspendait; des divinités à altitude hiéi'atique, debout, les bras pendants; des groupes mythologiques; des scènes de banquet. Ils commencent à reproduire des œuvres d'art célèbres, comme l'Hermès criophore de Calamis. Au !¥•= siècle, les artisans des fabriques d'Athènes, de Corinthe, de Myrina, de Tanagre, donnent carrière à leur fantaisie. Ils façonnent surtout des scènes de genre, des Thersites, des caricatures de dieux ou de héros, des portraits d'acteurs ou d'ouvriers, des statuettes licencieuses pour détourner le mauvais œil, des enfants qui jouent, des éphèbes à la palestre, des femmes en tenue d'intérieur, des élégantes en costume d'apparat, drapées dans leur himation, éventail en main, savamment coiffées, aux lèvres sensuelles, au chapeau retroussé comme leur nez. Avec ces bonshommes d'argile, si éveillés sous leur riche coloris, revit la Grèce de Ménandre dans ses travers et ses rêves, dans son négligé de tous les jours, dans ses modes ou son déshabillé galant.
Plus que tout le reste, les vases attestent la puissance, la délicatesse et l'étonnante variété de l'industrie d'arts Ils ont
1. Brongniart, Traité des arts céramiques, 18.ji; Ch. Lenormant et de Witte, Elite des monuments céramographiques ; de Witte, Études sur les vases peints, 1865 ; Schlicmann, Mycènes ; Tirynthe; Troie; Haussoullier, Catalogue descriptif des objets découverts à Spata (Bull, de corr. helL, tome H) ; Cesnola, the Antiquities of Cyprus ; Salzmann, Nécropole de Camiros ; Conze, Melische Thongefassen; Benndorf, Griechische und sicilische Vasenbilder, 1869; Birch, Uistory of ancient pottery, 1873; Collignon, Catalogue des vases peints du musée de la Société archéologique dWlhènes ; Durnont, Peintures céramiques de la Grèce propre, 1874; Durnont et Ghaplain, les Céramiques de la Grèce propre, 1881 et suiv. ; Rayet et Collignon, Histoire de la céramique grecque, 1888.
eu des destinations très différentes. Les uns ont servi de récipients pour les sacrifices ou ont été donnés aux temples en guise d'ex-voto.
D'autres sont des prix gagnés dans les jeux.
Les plus précieux se conservaient dans les maisons riches ou les trésors des dieux, comme de véritables œuvres d'art. Le plus grand nombre ont suivi leur propriétaire au tombeau.
Les vases se façonnaient avec les matières les plus diverses, l'or, l'argent, le bronze, surtout le bronze doré ou incrusté d'argent avec des appliques et des anses ciselées, comme on en a trouvé à Hissarlik, à Mycènes, dans les villes ruinées du Bosphore Cimmérien.
En Attique, on a découvert des vases d'al- Vase en verre du musée de Naplcs
bâtre, et dans presque
toutes les nécropoles helléniques, des fioles de verre irisé*.
1. Deville, Histoire de la verrerie dans l'antiquité, 1873; Gerspach, PArt de la verrerie, 1885 (Quantin).
LA (.lilCI- AVANT ALUXANDIU-
xMais poiii' rabondancc (les proiluits conservés, pour la richesse (i r(iiif;inalilé (ie l'exéculioii, aiuiiiic série n'est C(»mparable à colle (les vases peints.
Les vases peints se faeoiniaicMit avec une tcnc (iiie, soijrneusemenl préparée, travaillée an lonr de |)otier; sur la panse on rapportait après couji le coi el les anses. On sonnictlait l'ar^^ile à une première cuisson. Puis le peintre ti'açait son sujet à la pointe; il reproduisait un tal)lean, un bas-relief, une œuvre d'art célèbre, ou simplement un modèle d'atelier que
chacun interprétait et
modifiait à sa j^uise. Tels sont les procédés communs à tous les potiers ; mais, dans le détail, la technique a changé suivant les époques et les écoles. Les produits de l'industrie céramique des Hellènes sont si nombreux et si variés, qu'on a pu de nos jours en reconstituer toute l'histoire.
Sur les plus anciens vases, ceux de Santorin, dont la panse imite parfois la forme humaine, se déroule une curieuse décoration végétale. Sur le fond grisâtre des vieilles poteries de Milo, de Rhodes et de Chypre, se détachent en brun terne les courbes et les zigzags. Les vases à ornementation géométrique, trouvés surtout à Mycènes et en Attique, présentent en brun sur un fond rougeâtre des lignes régulières, des bêtes, de vagues silhouettes humaines. L'art apparaît déjà sur la panse et le col des vases dit corinthiens, qu'on rencontre dans toutes les parties du monde grec et qu'on reconnaît à leur terre jaunâtre, à leurs dessins ordinairement violacés, à leur décoration tout orientale, où défilent en bandes parallèles les êtres fantastiques, les animaux, les groupes mythologiques.
l'"uur de potier.
(Plaque en terre cuite au musée du Louvre.)
Les vases à peintures noires attestent un progrès nouveau. La technique en est curieuse à étudier. Sur le fond rouge, blanc ou jaune, selon la teinte naturelle de l'argile, on traçait l'esquisse qu'on remplissait d'un enduit noir. On dessinait les détails avec une pointe qui enlevait le ton rapporté et faisait
Vase corinthien.
reparaître le fond. On n'employait le pinceau que pour quelques retouches du costume et du visage, par exemple pour l'engobe blanche qui distinguait les femmes des hommes. Avec ces moyens si simples, le céramiste réussissait à animer une physionomie; au besoin, des inscriptions tracées au pinceau ou à la pointe aidaient à l'intelligence de la scène. Les figures se montrent de profil, souvent raides ou monotones. Pourtant sur la pause se déroulent parfois déjà des compositions savantes
23S LA c.nn.r avam alkxandhk.
d'une (.''U'panc.o sévère et sobre, des processions de dieux, des légendes empruntées à l'iiisloire de la j;uerre de Troie, au cycle do Dionysos, à la vie iriiri-aklrs ou de Thésée. Dans cette classe se rencontrent des chefs-d'œuvre, par exemple les céramiques du style de Nicosthène et le vase Fraurois de Florence, autour duquel s'enroule, brillamment illustrée, toute l'histoire mythologique de la Grèce. Il faut nientiomier aussi dans cette série les amphores panathénaïques, qu'on donnait en piix aux vainqueurs des Panathénées. On en a trouvé un peu partout, surtout en Cyrénaïque. Elles présentent toujours la même décoration. D'un côté, l'on voit Athèna armée, brandissant la lance, entre deux colonnes qui portent un coq et une chouette, avec l'inscription : « Donné en prix aux jeux d'Athènes » et le nom de l'archonte; au revers est ligure un épisode des concours. Dans l'ornementation des amphores panathénaïques se conserva longtemps le style archaïque des peintures noires.
Les vases à figures rouges sur fond noir marquent l'apogée de l'art céramique en Grèce. Ce nouveau mode de décoration, introduit peu à peu dans les ateliers au temps des guerres médiques, y est vite consacré par des chefs-d'œuvre et y prédomine de plus en plus vers le milieu du v^ siècle. Voici comment procédaient alors les peintres de poteries. L'esquisse une fois tracée sur la terre rouge du vase, ils en protégeaient les contours par une bande de couleur, puis ils enduisaient de noir tout le fond. A l'aide du pinceau, ils indiquaient les détails par des retouches de blanc, de violet, de noir, plus rarement de bleu, de vert ou de jaune. En même temps, l'artiste s'affranchit de la convention, restreint son sujet pour le mieux préciser, vise à l'expression individuelle. Les habiles céramistes du temps de Périclès, Andokidès, Kachrylion et Sosias, Euphronios et Douris, aiment les scènes mythologiques, les épisodes de batailles et de fêtes. Ils ont les ambitions, le goût sévère et sobre, la composition savante des grands peintres du temps, dont ils reproduisent souvent les œuvres. Au iv" siècle, les
potiers cherchent avant tout les poses naturelles et les formes élégantes. Ils font flotter et ondoyer le vêtement sur la souplesse du corps. Ils traitent volontiers les scènes familières; ils nous introduisent dans l'intérieur des gynécées et des écoles. La céramique à figures rouges résume à sa manière, par une série d'ouvrages ingénieux et délicats, toute l'évolution artistique du v® et du iv^ siècle.
En ce genre, comme en tout, c'est Athènes qui présente le plus parfait ensemble. Le style attique se reconnaît sur les poteries à quelques détails d'ornementation, surtout à la finesse des peintures, à l'harmonie des tons, à la prédominance des motifs empruntés à la vie ordinaire, jeux d'enfants, scènes de fiançailles, femmes à leur toilette ou en visite. Les potiers de l'Attique ont exécuté des vases de toute sorte. Mais la merveille de la céramique athénienne, ce sont les lécythes blancs ^ Sur ces vases aux formes irréprochables, aux lignes pures et simples, le col et le pied sont entièrement recouverts d'un vernis noir. Sur toute la panse s'étend un enduit blanc, où se détachent en brun clair de délicates figures au trait. Tous ces lécythes étaient destinés aux cérémonies funèbres. Aussi les peintres y ont représenté toujours les mêmes sujets, la toilette du défunt, l'exposition du corps, la déposition au tombeau, les lamentations, l'adieu, Charon et sa barque, les offrandes près de la stèle d'où s'échappe un vol mélancolique de figures ailées. Sur les flancs arrondis des lécythes athéniens, comme sur les
Lécythe blanc d'AthèQes.
i. Pottier, Études sur les lécythes blancs attiques, 1884.
bas-reliefs <lu Céramique, revit toute la poésie de la mort.
Lécythes, vases à peintures rouj^es ou noires, voilà les chefs-d'a'u NTc de la céramique grecque. IMus lard, les arlistes se sont iuiïéniés à renouveler les formes et la décoration, ils ont exécuté des poteries émaillées à reliefs et ornements dorés. Ils ont sculpté des vases en forme de statuettes, de bustes, de cornes à boire, de nègres, de bateaux, de crocodiles, de lièvres, de pigeons ou d'ànes. On ne peuts'empèclier de rendre hommage aux amusantes inventions et à l'esprit des céramistes. iMais il y a loin de ces fantaisies baroques aux belles poteries peintes du temps de Périclès ou de Démosthène.
Vases, statuettes d'argile ou de métal, intailles et camées, bijoux et miroirs, armes, plaques de terre cuite, lampes et mosaïques, \oilà tout un domaine nouveau, riche en surprises et en œuvres charmantes, qu'a méthodiquement exploré et presque découvert l'archéologie de notre temps. Toutes ces productions industrielles, plus piodcstes d'apparence, sont aussi parfaites en leur genre que les grandes créations des architectes et des sculpteurs. Dans la décoration de la maison, des armes, des objets de toilette, des pierres fines, des figurines et des vases, les Grecs, surtout les Athéniens, ont montré une invention aussi originale, un goût aussi délicat et aussi sûr que dans l'aménagement de leurs temples et le modelage de leurs statues.
§ 5. La langue^. — Un des chefs-d'œuvre de l'art hellénique, c'est la langue même.
Le grec appartient au groupe des idiomes aryens. Il se distingue entre tous par la juste proportion des voyelles et
1. Voyez les Grammaires grecques de Kriiger, de Kuhner, de G, Curtius, de Donaldson. Voyez aussi Madvig, Syntaxe grecque; G. Curtius, Êtymologie grecque; A. Régnier, Traité de la formation des mots dans la langue grecque, 1855; Bailly, Manuel pour l'étude des racines grecques et latines, 1809} Henry, De l'analogie en grec, 1883, etc.
L'ART. ÏH
des consonnes, l'absence de sons durs, la souplesse et la précision des formes, l'harmonie.
La langue de la conversation était une véritable musique. Chaque mot portait un accent qui en constituait l'unité ^ La syllabe accentuée était prononcée ou plutôt chantée sur une note plus haute. Elle se distinguait des autres parties du mot, non point, comme dans les idiomes modernes, par l'intensité, mais par l'acuité du son. L'accent aigu indiquait une intonation plus élevée d'environ une quinte; le grave, une modulation moyenne, intermédiaire entre la syllabe aiguë et la syllabe atone ; le circonflexe, la succession sur une même voyelle longue ou une diphtongue de deux accents, l'un aigu, l'autre grave.
D'instinct, les gens du peuple groupaient leurs mots de façon à produire un véritable rythme. Certaines syllabes accentuées l'emportaient en acuité sur les autres syllabes accentuées. C'était comme une phrase musicale. Cette modulation des mots grecs était si nette, qu'aux derniers siècles elle devint le principe unique de la versification. L'accentuation alors se confondit avec la prosodie, par suite de la coïncidence de l'accent et du temps marqué. Tant que vécut la Grèce classique, l'accent n'influait qu'indirectement sur la versification en déterminant la quantité de certaines syllabes; mais il fixait déjà toujours la physionomie du mot et de la phrase.
Tous les dialectes grecs ont en commun beaucoup de caractères essentiels ^ Avant de se séparer, les diverses tribus helléniques avaient donc parlé une même langue. On peut se faire quelque idée de cet idiome primitif en étudiant les plus