Eggcr et Galuski, Traité d'accentuation rjrecque
2. Ahrens, De linguœ grœcœ dialeclis ; Kirchhoff, Studien ziir Gcschichte des griechischen Alphabets; Cauor, Delectus inscriptionuni grœcarum propter dialectum memorabilium, 2" édition, 1883 ; Collitz, Sammlung der griechischen Dialekt Inschriften, 1884 et suiv. j lloffmaan, Die griechischen Dialekte, 1891.
S42 l.\ (ilU'.t'.K AVANT A L i: \ A M) 15 1:.
lUU'ieniK's formes de ridiiicn cl de riMilicii. A rc'ixHuic où fiiri'iit l'omposés les poèmes homériques, la vieille l;m',aic comuuiiio ne s'était pas encore neUemciil iDoreelée. Dans Vllùidr el 17><///s.s(V se mêlent des foi-mes (pii, |)Iiis lard, appartioiuh'onl exclusivement à des dialectes distincts.
Chez les Grecs, connne i)arloiil, le lan^^age a subi de siècle en siècle diverses altérations. Le vocabulaire s'est modifié par l'aclion combinée de causes très comj)lexes, n('ologismes, recherche tl'archaïsme, emprunts aux idiomes d'Orient, créalion de mots composés ou dérivés, confusion entre des termes d'origine différente, mais de formes identiques ou analogues. Puis l'on observe beaucoup d'altérations phonétiques, qui s'exi)liquent par la perte de certaines lettres comme le digamma ou Tune des silllantes primitives, par la destination nouvelle ou la création de plusieurs caractères comme T'/j ou l'co, par ralïaiblissement des finales et des syllabes devenues atones, par les variations survenues dans la prononciation et l'accent des mots, par l'adaptation imparfaite de l'écriture aux sons. Enfin, la grammaire a subi bien des changements analogiques, par suite de simplifications et de rapprochements inconscients : ce sont là les lois générales de la vie du langage.
Mais ces altérations de l'idiome primitif ne se sont pas produites dans les mêmes conditions chez tous les peuples grecs. A mesure que s'organisaient les divers groupes de population et que se créaient des cités distinctes, les différences originelles se marquaient davantage entre les tribus. D'abord le vocabulaire variait un peu d'un pays à l'autre ; on n'employait point partout le môme terme pour désigner un objet. Surtout l'on ne s'accordait pas dans la prononciation des mots. En certaines régions, on aimait les aspirées ; ailleurs, on les faisait sentir à peine. L'u. suivant les contrées, s'articulait ?/, ou, i, iou. Les uns groupaient, les autres isolaient les lettres qui composaient les diphtongues. Le son des
voyelles était souvent assez vague, surtout à la fin des mots. Ces différences de prononciation entraînaient d'autres dilîérences dans l'orthographe, dans les flexions. Enfin, les mots ne s'accentuaient pas partout de même. Or le moindre déplacement de l'accent suffit à déformer le mot et à causer encore d'autres changements dans la flexion. En s'isolant des autres dans un jaloux désir d'indépendance, chaque cité admit peu à peu quelque particularité nouvelle dans le vocabulaire, la prononciation et l'accent des mots. Pour la langue, comme pour l'organisation pohtique, on voit au vu'' siècle se dessiner trois groupes de races : les Éohens, les Dorions, les Ioniens. Les ÉoUens et les Dorions, plus fidèles à la tradition, conservent l'alpha primitif dans la plupart des mots, les verbes en [j.t et les vieilles formes de la conjugaison ; ils préfèrent la diphtongue ot à la diphtongue ou ; ils adoptent aussi un système analogue de contractions. De plus, l'Éolien évite d'accentuer les mots sur la dernière syllabe, supprime ou adoucit l'esprit rude, substitue les labiales aux dentales, préfère i à u, u à o, yj à zi. Le Dorien, qui appuie sur les mots dans son parler lent et grave, accentue les syllabes finales, aime les sons pleins et forts, évite la sifflante au miheu et à la fin des mots. Au contraire, l'Ionien recherche avant tout la douceur et l'harmonie ; il n'aime ni les aspirées ni les sifïïantes ; il laisse tomber le digamma ; il introduit partout des voyelles, non les voyelles brèves et pleines, mais les voyelles longues et fermées ; il substitue Y-/] à l'a ; il évite les contractions et décompose les diphtongues. Entre les populations variées de chaque groupe, on pourrait signaler encore bien des différences de détail. En réalité, chaque peuple avait ses habitudes de langage, conformes à son caractère et déterminées par ses organes. Ainsi, le grec, qui au temps des poèmes homériques conservait une apparence d'unité, se morcela de plus en plus au vu*" siècle, quand se marqua fortement dans l'organisation poHtique le caractère original des races rivales. A cette époque, un fait
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iiouMMii Miil |ii(-ci'<('r los (lillV'i'cnccs cl (ruiisformcr les patois en dialectes : c'est l'usage de récriture'.
On connaît les légendes ([ui atlribuaienl au héros Palamède cl an poète Simonidc de Céos l'invention et le perfeclionnement des caractères alphabétiques. Les critiques anciens s'accordaient généralement à penser que l'écriture avait été introduite en Grèce par le Phénicien Cadmos, et, dans le sanctuaire d'AjiolIon Isménien, à Thèbes, on montrait sur de vieux trépieds des inscriptions en lettres cadmécnncs. La tradition est exacte en ce sens que les Grecs tenaient des Phéniciens la forme primitive et les noms de leurs caractères alphabétiques. L'usage de l'écriture se répandit presque en môme temps dans tous les pays grecs, dans les îles de Théra et de Corcyre, en Béotie, en Attiquc et sur la côte d'Ionie. Les plus anciennes inscriptions, qui datent du vu* siècle, sont gravées d'après des systèmes assez différents, qu'on peut réduire à deux types : le type de l'Est ou ionien, qui comprend les alphabets d'Asie Mineure, d'Argos, de Mégare, de Corinthe, et le type de l'Ouest ou chalcidien, auquel se ramènent les aljjhabets de la Grande Grèce et d'une bonne partie du Péloponèse. Tous les Hellènes adoptèrent d'abord, et dans le môme ordre, les vingt-deux lettres phéniciennes. Mais ces signes, empruntés à un peuple étranger, correspondaient mal aux divers sons de la langue grecque. De là une série de modifications dans la forme et l'emploi des lettres. On commença par donner aux voyelles, très effacées dans les idiomes sémitiques, une expression propre ; quatre caractères phéniciens devinrent des voyelles et l'on y ajouta Vu : c'est l'origine des vingt-trois lettres que possèdent les vieux alphabets do Crète, de Théra et de Milo. Puis une des sifflantes prit le son de Z particulier aux Grecs; une autre servit à rendre la double articulation A'^;
1. Saglio, Dictionnaire des antiquités, article AJphabetum; Rôhl, Inscripliones grœcœ anliquissimœ ; Reinach, Traité d'épigraphie grecque.
on inventa les lettres T, X, <î>, dont la valeur changea suivant les régions; ainsi se constituèrent les alphabets de la seconde époque, composés de vingt-six caractères. Enfin l'on imagina de se servir du signe de 17/ aspirée pour indiquer l'^" long, et l'on créa l'co en redoublant l'o : tel se présente, avec ses vingtsept lettres, l'alphabet ionien, fixé dans la première moitié du v^ siècle et adopté par les Athéniens sous l'archontat d'Euclide. En même temps qu'on en changeait la valeur, on modifiait la forme des caractères, qui devinrent plus simples et plus élégants. On avait écrit d'abord de droite à gauche comme les peuples sémitiques. Puis on grava les lettres en boustrophédon, c'est-à-dire alternativement dans les deux sens. Enfin, sous l'influence d'idées religieuses, on préféra aller de gauche à droite. L'alphabet, adopté d'abord par les prêtres pour les comptes et la chronique des sanctuaires, se répandit peu à peu dans toutes les classes de la population. L'écriture exerça une action considérable sur le langage. Elle força de préciser les formes des mots. Par suite, elle consacra les altérations successives que le parler populaire avait subies dans la prononciation, dans la valeur des désinences et la nature des syllabes. La langue avait à l'origine déterminé les variations alphabétiques ; à peine constitué, l'alphabet à son tour agit sur la langue. De cette action réciproque sont nés les dialectes.
Aristote comptait en Grèce deux cents dialectes. Beaucoup nous sont connus aujourd'hui par des inscriptions. La plupart peuvent se ramener à l'un des trois groupes qui représentent les trois grandes races helléniques. Les dialectes éoliens se parlaient surtout dans TÉolide proprement dite, dans les îles voisines comme Lesbos, en Béotie, en Thcssahe. Les dialectes doriens dominaient dans le Péloponèse, sur les côtes d'Italie et de Sicile ; ils régnaient sans conteste en Crète, à Pihodes, dans les colonies doriennes d'Asie Mineure et d'Afrique. Aux dialectes ioniens appartenaient l'Ionie, les
2iG LA Glll^CK A\ANT A I,K \ AiNDUi;.
Cycladcs, rAHi(|ii(', U>s cités ionicinics de In r.rniidc Grèce, (le rilcllospont et de la mcv Noire. Dans cliacuii de ces groupes s'élail constituée, dès le vr siècle, une véritable langue littéraire. ï/éoIitMi avait été illustré par Aleée, Sa|)lio, Corinna ; le tlorieii, par Alcnian, Pindare, Kpi(diarnic, Sopliron ; l'iouiiMi, jKir Arcliiloque, Callinos, Tyriéc, Anacréon.
Ainsi, vers le temps des guerres médiqucs, sans con)j)ter tous les dialectes locaux qui servaient à la rédaction des documents publics de chaque Etat, la Grèce possédait trois langues littéraires. Chacune d'elles avait son domaine distinct, déterminé moins encore par la race que par le genre de l'ouvrage. Une épopée, une chronique s'écrivait en ionien, dans la langue des Iloniérides, d'IIécatée, d'Hérodote et d'Hippocrate ; une ode, en dorien, dans la langue de Simonide et de Pindare; une poésie légère, en éolien, dans la langue de Sapho et d'Alcée. De là ce fait surprenant : l'éolien Pindare se sert du dorien; le dorien Hérodote, de l'ionien; les auteurs dramatiques d'Athènes emploient l'attique pour le dialogue, le dorien pour les chœurs de leurs tragédies. Le choix du dialecte dépendait plutôt du genre que de la nationalité de l'auteur. Ces bizarreries prouvent et l'étroite parenté des dialectes et les inconvénients qui résultaient pour les gens de lettres du morcellement de la langue.
Les Athéniens ont eu la gloire de créer et de faire accepter partout en Grèce un idiome littéraire commun. L'ancien attique, celui de Solon, était une variété de l'ionien. Peu à peu il abandonna beaucoup de formes familières aux Ioniens de l'Asie Mineure et des îles. Par contre, il adopta certains procédés de langage particuliers aux idiomes du continent; il allongea l'a après les voyelles et le p ; il préféra le t au c- dans beaucoup de mots, comme les Éoliens ; il admit l'élision, la contraction, plusieurs flexions spéciales. 11 devint une sorte d'intermédiaire entre les divers dialectes. Ainsi se constitua le moyen attique, qu'emploient Gorgias, Thucydide, Aristophane
et les tragiques. Avec Xénophon, Platon et Isocrate, l'idiome des Athéniens se précise et s'assouplit, s'enrichit de formes doriennes, et annonce le nouvel attique de Démosthène et d'Eschine. Au temps d'Alexandre, le parler d'Athènes est déjà la langue littéraire par excellence, celle qu'adoptent tous les écrivains sans distinction de race et de patrie. Il fournira le fond des dialectes hellénistiques et restera pendant bien des siècles une sorte d'idéal vers lequel se retourneront tous les amants du beau stvle.
C'est une merveille que la langue littéraire des Hellènes. Ce qui frappe d'abord, c'est la richesse du vocabulaire. Les poètes ont leur arsenal de mots, presque indépendant du domaine de la prose, et pourtant accessible à tous. Le beau style admet des termes empruntés aux divers dialectes et à tous les métiers : cependant l'on n'y sent jamais ni le patois ni l'argot. Le grec ne s'effarouche guère devant le mot propre : à chaque objet, à chaque idée correspond une expression claire, précise, colorée, qui évoque et peint les choses. Il caresse l'oreille en multipliant les voyelles brèves et les diphtongues, en renouvelant sans cesse ses moyens. Il rejette toutes les combinaisons de lettres dures à entendre. Il ne trahit la logique que pour moduler plus déhcatement la phrase ; et l'euphonie expUque la plupart des irrégularités apparentes. Il est riche et inûniment varié dans ses flexions : le mot vit par lui-même et pas seulement par la place qu'il occupe. La syntaxe étonne autant par sa simplicité que par sa souplesse. Le grec est la plus analytique et la plus raisonnée des langues anciennes : pourtant, par miracle, il dispose de toutes les ressources des idiomes synthétiques ^ A force de bon sens et de finesse, il évite la monotonie de la méthode analytique, qui est le grand écueil de l'anglais et du français, et l'obscurité, la lourdeur compliquée de l'allemand. La grammaire ne s'y montre ni
\. H. Weil, De l'ordre des mots dans les langues anciennes.
ns LA C.IlKCIî AVANT A I, i: \ A NDIU:.
luMlantosquo, par un oxc^s de ri^iuMir, ni vnirn(> on nollanlo, par un oxci's tic libiM'U'. La phrase et le morceau sont modulés comme un air île nnisltiue, avec aulanl de lof;i(pic (pu» de fantaisie et d'im|Mrvu. Sur la transparence de l'idée IlollenL les détails sinijdes, familiers et j)iltoresqucs. Enfui, Ton n'a pas encore égalé la précision du parler des Hellènes : c'est un mécanisme très délicat et très exact, qui, par l'cxtraoï'dinaire variété des désinences et par l'ingénieux mouvement des particules, rend toutes les nuances du sentiment, toutes les ondulations de la pensée. Par cet ensemble de qualités presque contradictoires, le grec d'Aristophane, de Platon et de Démosthène est le plus merveilleux instrument qu'ait jamais fait vibrer l'esprit humain.
§ 6. Pocsie et musique; le théâlrc'^. — La première forme artistique qu'ait prise la langue grecque est la forme métrique. La poésie était aussi ancienne que la race. Bien avant l'époque des grandes épopées, des aèdes couraient le pays, chantant en cadence l'origine des dieux et les exploits des héros.
Chez les Grecs, le vers est né de la musique : on a mesuré le langage en marchant, en dansant, en chantant. A toute forme poétique correspond une forme musicale : ce sont deux aspects différents d'un même art. L'apparition d'un nouveau rythme marque l'apparition d'un nouveau genre de poésie.
C'est à l'Asie Mineure que les Grecs ont emprunté les éléments de leur musique. Delphes et Sparte, puis les îles de la mer Egée, enfin Athènes ont été les principaux centres de l'art rythmique. Terpandre de Lesbos classa le premier les mélo-
1. Voyez V Histoire de la littérature grecque d'O. Muller; celles de Bernhardy, de Bergk, de Schoell, do Nicolai, de Burnouf, de Croiset. — Voyez aussi Egger, Mémoires de littérature ancienne; J. Girard, Études sur la poésie grecque; Govaert, Histoire de la musique ancienne, 187.J ; Lavoix, Histoire de la musique (Qnantin) ; Kirchhoff, Eurythmie et orchestique des Grecs, 1873; les Manuels de métrique de Christ, de L. Mûllor, de Schmidt, de Rorsbach et Westphal, de L. Havet, etc.
dies populaires des divers pays, en constitua un système régulier, en fixa les genres et les modes, inventa une notation musicale, la seule employée jusqu'au temps de Pythagore. Appelé à Sparte pour y régler la technique des chœurs, Terpandre y fit connaître ses créations au Péloponèsc et, par suite, à tout le monde grec. C'est aussi à Sparte que le Cretois Thalétas fixa le rôle de la danse dans les compositions musi-
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Notations musicales chez les Grecs
cales et poétiques. Dans les siècles suivants, Clonas, Archiloque, Olympos, par des perfectionnements de détail, achevèrent de constituer l'art rythmique. L'école de Pythagore coordonna toutes ces inventions. Dès lors, la musique grecque eut une variété, une richesse de modes et de genres, que les modernes n'ont pas encore retrouvée. Elle atteste, chez le peuple qui la créa, une finesse d'organe inouïe. Elle distingue jusqu'au quart de ton. Elle comprend trois genres, le diatonique, le chromatique et l'enharmonique; trois modes principaux, le dorien, le phrygien, le lydien, et quatre modes complémentaires, l'hypodorien, l'hypophrygien, l'hypolydien et le mixolydien. Ces divers
i:\() \.\ (iiu'.ch; AVANT Ai.i;\AM»in';.
inocles produisaicMiL sur l'orcillo el rim;i;;inalioii des Grecs une impression cxlraoï-dinaire : les pliilosoplies, môme les législateurs, proscrivaienl ecrlains modes etmune dangereux pour les bonnes nueurs. Le dorien était grave; le phrygien, vil'cl bruyant; le lydien, d'une douceur merveilleuse; le mixolydicn, dél)ordant de passion. La musique instrumentale paraît avoir connu une harmonie élémentaire, mais dans la musique vocale on chantait toujours à l'unisson ou à roclave: les Grecs ont toujours fait prédominer la mélodie sur l'harmonie. On se servait d'une notation très compliquée. Les signes ditréraient suivant les octaves, et selon que le morceau devait être joué ou chanté. On employait une prodigieuse variété d'instruments : instruments à cordes, comme la lyre, la cithare, la phorminx, la sambuca, le barbitos, la pcctis et la magadis de Lydie; instruments à vent, comme la flûte ordinaire, la flùtc double, la syrinx, la salpinx ou trompette de guerre; instruments d'origine barbare, à la mode dans certains cultes, comme les cymbales, les crotales, les tambours. La richesse des moyens d'exécution se prêtait à toutes les variations des modes et à toutes les fantaisies de l'artiste.
La musique allait rarement sans la danse. C'était une combinaison de poses plastiques et de mouvements rythmiques qu'exécutait le corps tout entier, les mains et la tête, comme les pieds. A l'origine, les choreutes dessinaient seulement des évolutions lentes et graves autour d'un autel. A mesure que se répandit en Grèce le culte de Dionysos, l'orchcstique se compliqua de gestes vifs et passionnés. Désormais la danse, plus souple et plus variée, sut accompagner tous les sentiments et tous les modes musicaux. Elle se faisait violente et guerrière dans la Pyrrhique des fêtes de Sparte ou des Panathénées, et dans la Capréa des Thessaliens qu'exécutaient en se menaçant deux hommes armés; grave et recueillie dans l'Emmeleia des tragédies; libre et gaie dans la Cordace des comédies; bouffonne dans la Sicinnis des drames satyriques;
gracieuse et légère dans l'IIormos, une longue chaîne ondulée où s'entremêlaient les garçons et les jeunes filles. Mélancolique ou passionnée, grave ou légère, sérieuse ou grimaçante, l'orchestique traduisait aux yeux toutes les émotions des cérémonies religieuses et des fêtes populaires.
De la danse, du chant, de la musique, les Grecs ne séparaient point la poésie. Le vers n'est pour eux que la forme littéraire du geste et du son.
Le rythme poétique a eu pour principe jusqu'au temps d'Alexandre, même jusqu'à l'époque byzantine, la quantité, l'intensité des syllabes. La quantité est distincte de l'accent, mais n'en est pas entièrement indépendante. C'est le plus souvent l'accent du mot qui détermine la valeur prosodique des syllabes. Toute la versification grecque repose sur la combinaison des longues et des brèves.
Ce qui caractérise le rythme métrique, comme le rythme musical, c'est le retour à intervalles égaux des temps marqués, c'est-à-dire des notes ou des syllabes plus fortes que les autres. La versification, comme la musique, comprend d'abord des mesures simples : la mesure à deux temps, où la durée du temps fort est égale à la durée du temps faible, comme dans le spondée ou le dactyle; la mesure à trois temps, où le temps fort est double du temps faible, comme dans le trochée ou l'iambe. Mais les poètes grecs emploient souvent aussi des mesures composées, c'est-à-dire des groupes de mesures simples, où l'un des temps marqués est plus fort que les autres temps marqués. Une phrase musicale ou métrique peut d'ailleurs commencer par un temps fort ou par un temps faible. La césure marque la fin d'une série rythmique et le début d'une autre. La mélodie est coupée au môme endroit que le vers. On ne trouve jamais chez les Grecs ce désaccord, si fréquent et si bizarre dans les romances et les opéras modernes, entre la coupe des paroles et celle des phrases musicales.
La combinaison rythmique la plus simple est le vers, qui
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eomj^rond i^nliiiairomciit deux membres égaux ou lucgaux, séparés jtar la cé'^urc. l ne (lisj)()silion déjà |»ltis ('()m|tli(iuée est ce que les Grecs appelaient le si/stnnc : c'esi mic i^'ilode métrique formée d'un nombre iiidélerminé d'éléments dont le dernier est ineomi>let, eonnne dans le distique élégiaquc et les divers syslènies iambiques ou trochaïques. La combinaison la plus complexe est la strophe. C'est tout un air, composé de plusieurs phrases musicales, tantôt coulées dans un moule fixé par la tradition, comme pour les poésies éoliennes, tantôt modulées d'après un rythme que crée à chaque fois le poète, eonnne dans les odes doricnnes. Au vers, au système, à la strophe se ramènent toutes les compositions rythmiques de la Grèce.
Tous ces mètres ont commencé par être chantés. Mais le mode d'exécution variait suivant la structure du morceau. Pour les suites de vers semblables, on se contentait d'une sorte de déclamation modulée (xaTaXsysiv). Pour les systèmes et les strophes, c'était un véritable chant (àdoiiv). Archiloquc inventa un genre intermédiaire entre la déclamation et le chant (-acaxaTa>iY£iv).
Telle est, brièvement analysée, la technique de la poésie grecque. On voit que l'inspiration n'y suffisait pas. Le poète devait être un habile artisan de rythmes, un musicien consommé. Il fallait un long apprentissage du métier; aussi voyons-nous que la profession de poète fut longtemps héréditaire dans un petit nombre de familles. Ce n'est point par un caprice de pédantisme que les Grecs rédigeaient si volontiers des Arts poétiques. La technique du rythme devait s'enseigner comme celle de la plastique^ comm.e le canon de Polyclète.
Trois genres poétiques se sont développés successivement en Grèce, l'épopée, le lyrisme, le théâtre. Comme il est naturel, c'est dans le plus ancien de ces genres, l'épopée, que se montre le mètre le plus simple; c'est dans le genre le plus
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récent, le théâtre, que le rythme devient le plus complexe et le plus varié.
Les premières créations poétiques et musicales ont été des hymnes en l'honneur des dieux, des airs de danse destinés aux fêtes de la famille ou de la tribu, des chants liturgiques, des péans qui trouvaient place dans le rituel du culte d'Apollon, des refrains d'hyménée, des chansons de table, des thrènes ou lamentations funèbres. Dans les poèmes en l'honneur des morts, on célébrait naturellement leurs exploits : c'est l'origine des cantilènes consacrées aux héros, aux ancêtres. Les Grecs de l'époque classique vantaient le talent des vieux aèdes de Phrygie, de Tlirace, de Crète, Amphion et Linos, Eumolpe et Orphée, Olen et Chrysothémis, Thamyris etDémodocos. Même on croyait connaître quelques-unes de leurs œuvres. Nous pouvons nous les figurer d'après plusieurs passages des poèmes homériques, où retentit un écho des naïves compositions primitives.
Hésiode et les Homérides ont recueilli les antiques traditions des tribus grecques sur l'origine du monde, la naissance des dieux, les générations de héros^ Dans leurs récits légendaires, ils ont peint, sans y songer, la civilisation de leur temps. Ces premiers chefs-d'œuvre de la poésie grecque ont puissamment agi sur l'imagination de toute la race. Les Grecs ont toujours cru se reconnaître dans le fougueux Achille et le malin Ulysse. Ils n'ont jamais cessé de chanter ou de relire les adieux d'Hector et d'Andromaque, les plaintes de Priam au camp des Achéens ; ils suivaient Nausicaa dans son chariot attelé de mules, et s'aventuraient avec Ulysse dans la caverne de Polyphème. Ils savaient par cœur la généalogie des dieux et les étonnantes révélations d'Hésiode sur la naissance du monde. Les vieilles épopées ont été l'inépuisable répertoire de légendes
\. Welcker, le Cycle épique, I8G0; Duntzer, Questions homériques, 1876; M. Croiset, Histoire de la littérature grecque, tome I".
i:ii 1,A liHLCH AN A M A l.K X A M) U U.
OÙ tous rofrouvaioni Icui- l)i('ii, k's artistes comme les j)oètes. Celaient les livres saints de la (Irèee.
L'épopée ne eonnail (ju'nne forme métrique, toujours la mèiue. Le vers épique, composé de si\ pieds, a pour élément le ilaetyle, une mesure à deux temps. 11 est coupé d'ordinaire en deux parties, équivalentes ou non en imiiortance rytinni(iue, c'est-à-dire contenant ou non le même iiond^re de temps marqués. Dans une série d'hexamètres dactyliques purs, la mélodie comprenait deux membres de phrase, séparés par la césure, el indétlniment répétés comme dans les psalmodies ou les déclamations des chanteurs musulmans. La substitution du spondée au dactyle dans plusieurs pieds entraîna quelques variations dans la musique du vers; mais les deux derniers pieds, toujours les mêmes, suffisaient à conserver pour l'oreille l'unité d'impression. La mélodie épique, construite d'après plusieurs types différents, se ramenait pourtant à une phrase musicale de six mesures, coupée par la césure en deux membres d'importance variable. Elle se déroulait, simple et régulière, mais point monotone, avec accompagnement de cithare.
Après leurs épopées, les Grecs ont créé les genres lyriques, qui représentent par excellence la poésie chantée K On y observe une étonnante variété d'inspiration. Les hymnes religieuses, les chants guerriers, les satires, les préceptes moraux s'v mêlent aux chansons d'amour ou de table et aux airs de danse. Pour traduire tant d'idées et de sentiments divers, on dut créer en foule les nouveaux rythmes dont chacun ouvrit un nouveau domaine poétique. Toutes les combinaisons des mètres lyriques s'expliquent par l'invention de la mesure à trois temps, du système et de la strophe. C'est l'origine du genre élégiaque, des compositions iambiques et trochaïques, des chansons ioniennes, des strophes éoliennes et doriennes.
1. Flach, Geschichte der (/riechischen Lyrik, 1883; A. Croiset, la Poésie de Pindare et les lois du lyrisme grec, 1880; Littérature grecque, 11, 1890.
La poésie élégiaque, illustrée par Tyrtée, Théognis, Pythagore et Selon, est caractérisée par l'emploi du distique élégiaque, inventé, dit-on, par Callinos d'Éphèse. Ce distique comprend un vers épique et un pentamètre, vers dactylique à six temps marqués avec deux silences, l'un après la troisième syllabe forte, l'autre après la dernière syllabe. On y compte deux phrases musicales dont la seconde est incomplète. C'est le premier système qu'aient inventé les Grecs.
Les genres trochaïque et iambique ont été créés par Archiloque. C'est lui qui imagina ou fixa la mesure à trois temps. Suivant que le temps fort suit ou précède le temps faible, le mètre est iambique ou trochaïque. De ce double principe, Archiloque et ses successeurs ont tiré une infinie variété de combinaisons. Tantôt l'on débitait ces poésies sur un ton de déclamation modulée, tantôt on les chantait. La mélodie était plus variée que dans les rhapsodies épiques ou les distiques élégiaques. Encore assez grave dans le rythme iambique, elle s'égayait dans le rythme trochaïque. Elle se faisait bouffonne dans les choliambes d'Hipponax, qui imagina de placer un spondée au dernier pied du vers iambique. Ces divers mètres, d'abord appropriés à la satire, devaient avoir plus tard une éclatante fortune au théâtre.
Le poète ionien Anacréon de Téos reprit et développa plusieurs des inventions métriques d'Archiloque. 11 en tira des effets tout nouveaux et fixa pour les chansonniers grecs à venir le joli vers sautillant qu'on appelle, de son nom, le vers « anacréontique ». C'est un dimètre iambique, dont la dernière mesure est incomplète. Désormais l'on composa dans ce rythme la plupart des chansons amoureuses et bachiques.
La poésie éolieune a pour principe l'emploi d'une strophe fixée une fois pour toutes et indéfiniment répétée. C'est une période musicale invariable, composée de quatre phrases. Dans le rythme saphique, les trois premières phrases sont exactement semblables; la quatrième est coupée de silences et ne
2o6 l.A lillKCK AVANT ALI- X AN DUE.
ivjirodiiil que dos fraj^inoiils des précôdeiilcs. D.ius I(^ l'yllinic alcaïtiiio, les deux prciuiùres phrases sont idciili(|U('s ; la Iroisieme a une conslrueliou analopfue, avec des silences; la (|ua- Iriènie, formée île deux dactyles et de deux trochées, insisic sur les mesures dominantes. La mélodie constituait une périoiU:' étendue aussi longue que la strophe, et se divisait en mend)res de j^hrases séparés par les fins de vers et les césures. On chantait sur le même air toutes les strophes et portions de strophes semblables : aussi d'un bout à l'autre le nombre des syllabes était identique dans tous les couplets construits sur le même modèle. Les deux rythmes alcaïque et saphique ont été créés par les deux principaux poètes éoliens : Alcée, auteur de chants guerriers, de chansons amoureuses et de satires contre les tyrans de Mytilène; Sapho, qui composa surtout des parthénies pour les chœurs de jeunes filles. Ce qui caractérise ce genre lyrique, ce sont des formes invariables fixées par un grand poète et transmises par la tradition.
Tout autre est la structure des odes doriennes. Ici, pour chaque pièce, le musicien crée une strophe; il n'a d'autre obligation que de rester fidèle, jusqu'au bout du morceau, aux lois qu'il s'est imposées. Les odes doriennes ne renferment pas de vers proprement dits; les paroles y sont plutôt une sorte de prose rythmée, qui accompagne la mélodie de mesure en mesure, et où les césures séparent les membres de la période musicale. Les initiateurs en ce genre ont été Terpandre de Lesbos et Thalétas de Crète, qui composèrent des danses et des airs pour les fêtes de Sparte. C'est encore pour les Lacédémoniens que plus tard Alcman de Sardes créa la strophe : l'invention consista à circonscrire nettement la période musicale, à la répéter deux ou plusieurs fois, en observant jusque dans les moindres détails la plus rigoureuse symétrie. Stésichore compléta l'œuvre d'Alcman en imaginant l'épode, qui introduisit plus de variété dans la disposition des strophes. Simonide de Céos, le poète des guerres médiques, constitua
définitivement l'ode triomphale. Par là il est le précurseur, même l'émule de Pindare.
Pindare est pour nous le représentant par excellence de la grande poésie dorienne. Il avait composé des œuvres de tout genre, hymnes, péans, cantiques de processions, dithyrambes, parthénies, hyporchèmes, thrènes, chansons de table. De toutes ces œuvres, nous n'avons que des fragments. Mais nous possédons le recueil de ses Epinikia, des odes triomphales où il célébra les victoires remportées aux champs de courses d'Olympie, de Delphes, de l'Isthme et de Némée. La raison d'être de ces odes était l'éloge de l'athlète couronné. Mais, avec d'inépuisables ressources d'imagination, Pindare agrandit merveilleusement le cadre de ses poèmes. Au triomphe du vainqueur il associe sa famille, sa patrie, les dieux ou les héros. Il se plaît au développement des traditions, des légendes, des idées morales. Le rythme dorien se prêtait étonnamment à la fantaisie riche et colorée du poète. La pensée se déroule en longues périodes sonores, en images éclatantes, en ingénieuses digressions où revit toute la Grèce du temps des guerres médiques. La poésie, la musique, le chant et la danse s'y unissaient pour captiver à la fois toutes les facultés et tous les sens de l'homme. Pindare devait concevoir à lui seul ce qui relèverait aujourd'hui de trois ou quatre arts différents. Il composait la musique et les paroles, dirigeait les chanteurs, les instrumentistes et les danseurs. Une fois l'ode terminée, il en surveillait l'exécution matérielle, recrutait, formait une troupe et courait au bout du monde grec, jusqu'en Sicile, pour présider à ce spectacle, aussi compliqué qu'un opéra moderne. Chacune de ses odes a une structure différente, qui est déterminée par la musique. Mais, une fois le rythme fixé, le poète s'y conforme jusqu'à la fin de l'ode. Il s'astreint à une correspondance exacte des mesures dans tous les morceaux chantés sur le même air. Ses grandes odes se divisent en triades, composées chacune de la strophe, de l'antistrophe et de l'épode.
î;i8 LA (iUi:i;K AVANT A l.H \ A M) l{ Iv.
Ces Irijulos se ivpoiitlonl syllabe par syllabe, noie par note, et dans cliaiiiie triade la strophe et l'aiitistrophe sont exactement semblables. Une ode ne renferme done en réalité que deux airs iiuléliniment répétés : celui des s(,ro|dies et antistroplies, celui des épodes. A la symétrie des périodes musicales s'ajoute une symétrie minutieuse dans les mendjres de phrase, les pieds, les syllabes, les pas de ballet, même dans les idées. F.videmmenl, dans la poésie dorienne, tout était sul)ordonné à la musique. Tandis que les périodes grammaticales paraissent souvent un peu lâches et molles, les périodes rythmiques se déroulent régulières, harmonieuses et transparentes malgré leur ampleur. Pindarc est avant tout un musicien qui règle sur ses airs les paroles, le chant et la danse. De tout cela se forme une magnifique poésie nationale, qui charme et glorifie la Grèce entière réunie aux grands jeux.
Tous les arts se sont combinés au v° siècle dans un art* nouveau, le plus complexe de tous. L'épopée lui a fourni le sujet de ses compositions. Les genres lyriques lui ont prêté leurs principales formes métriques. La musique, le chant, la danse l'ont embelli pour le plaisir des yeux et des oreilles. L'architecture a créé pour lui des monuments d'un nouveau type, décorés à l'envi par les peintres, les sculpteurs et les artisans. De ce concours de tous les talents est sortie l'une des plus merveilleuses créations du génie grec, l'art dramatique ^
Sous son double aspect, sérieux ou bouffon, le théâtre a pour origine les cérémonies, tour à tour recueillies et burlesques, du culte de Dionysos. Lors de l'immolation du bouc, on entonnait un chant liturgique, l'hymme dithyrambique. Puis l'on se réunissait pour le kômos,un banquet égayé de chansons
i. Wicseler, Theatergebàude ; A. MuUcp, Die griechischen Buhnenalterthumer, 188G; Patin, Études sur les traniques grecs ; Paul de Saint-Victor, les Deux Masques; Du Méril, Histoire de la comédie grecque, 18Gi-18G9j Denis, Histoire de la comédie grecque, 1888; MuUer-Strûbing, Aristophane et la critique historique, IS'3; Couat, Aristophane et l'ancienne comédie attique, 1889, etc.
licencieuses. Les buveurs, travestis, dansaient la cordace, amusaient la foule de leurs quolibets et de leurs parades, raillaient les passants, parodiaient leur démarche et leurs travers. Des mélodies bruyantes sur le mode phrygien accompagnaient les chants et les danses. De ces graves cérémonies et de ces joyeuses mascarades sont sorties, d'une part, la tragédie ; d'autre part, la comédie. Ces deux genres commencèrent à prendre une forme artistique dans les villes doriennes, surtout à Corinthe, à Mégare et en Sicile. Mais c'est Athènes qui constitua vraiment le théâtre.
Pour la rythmique des parties lyriques, la tragédie des Athéniens ne fit que reproduire les traditions métriques, musicales et chorales de la poésie dorienne. C'est par le développement
considérable donné aux parties non lyriques que s'est vraiment formé l'art nouveau. Le premier, dit-on, Thespis eut l'idée d'établir un dialogue entre le chef du chœur dithyrambique et un personnage étranger au chœur. Il n'y eut d'abord qu'un seul acteur : c'était Thespis lui-même. Mais, pendant que se chantaient les strophes, il changeait de costume et de masque, ce qui lui permettait déjouer successivement plusieurs personnages. Les successeurs de Thespis imaginèrent quelques innovations de détail. Eschyle réunit tous ces éléments et donna les premiers chefs-d'œuvre dramatiques. Il développa le dialogue, montra deux acteurs ensemble sur le théâtre, varia les costumes, les masques, les décors, les machines. Surtout il créa une action véritable. Avec lui, la tragédie n'est plus seulement un grand poème lyrique avec intermèdes dialogues : elle devient un vaste tableau de la vie héroïque, où se heurtent les passions rivales, oîj l'homme se débat contre la
Billet d'entrée au théâtre.
260 I.A (i UI'.C.l': A\.\.\T Al.LXANDlU'.
falalili'. ()ii voit se nouer et se tléiiouer «les silualiiuis. L'onivre
niailiossc d'Eschyle est son Orcsdr, ce nia^nifuiiic di'anie en
trois parties où loiit s'enchaîne avec une lojjique ini|)hi('able,
{IcjHiis le retour d'Aganieninon jus(jirau moment où Oresle,
vengeur de son père et meuitricr de sa mère, triomjihe de la
colère des Erinnyes. Sophocle anime encore davantage la scène
en y introduisant un troisième, puis un quatrième acteur. 11
allVanchit l'honniie de la fatalité, place l'intérêt dramatique dans
le jeu des passions humaines, crée des figures inoubliables,
comme sou Electre ou son Philoctète , qui , par la pureté
des lignes et la netteté des contours, semblent taillés dans un
marbre du Pentélique. Il donne dans soa OEdipc-lioi un modèle
d'intrigue et concilie tous les éléments de son art dans une
merveilleuse harmonie. luuipide trouve moyen de renouveler
encore le théâtre par l'emploi du pathétique, la variété des
péripéties, l'éclat de la mise en scène. Il imagine de charmantes
ligures de femme, son Iphigénie, son Alceste, toujours jeunes
et fraîches, d'une impérissable beauté. Mais il compromet les
destinées de son art en donnant souvent à la tragédie un autre
objet qu'elle-même, en y mêlant la philosophie, la polémique
et la satire littéraire. Il est le dernier représentant illustre de
ce grand art, constitué par le génie d'Eschyle, porté par
Sophocle à sa perfection.
La comédie apparaît à Athènes, au milieu du v^ siècle, complètement organisée. Elle s'y montre nettement politique. Cratinos, Hermippos, Eupolis poursuivent de leurs railleries tous les hommes d'État et les ambitieux d'Athènes. Mais un nom résume pour nous toute la vieille comédie attique : c'est celui d'Aristophane, un des génies les plus riches et les plus étonnamment doués qu'ait produits cette Grèce si féconde en grands hommes. Dans ses pièces s'unissent tous les tons, la plus haute poésie et la plus hardie crudité, tous les rythmes, toutes les fantaisies, toutes les audaces. On y voit défiler, marqués au fer chaud, les originaux de la société athénienne,
l'ambitieux sans vergogne, le démagogue vantard et poltron, le juge avide et maniaque, le philosophe utopiste, le sophiste ergoteur, le peuple athénien lui-même, dupe de sa naïve et radoteuse politique. On y voit sautiller les guêpes, voltiger les oiseaux, danser les grenouilles, grimacer Cléon, Euripide et Socrate. La variété pittoresque, l'originalité de
l'œuvre d'égale
n'ont que la structure savante de la langue et du rythme.
A ces merveilles de l'art dramatique , les Grecs ont donné le cadre qui convenait le mieux une pente de colline arrondie en hémicycle , sous leur ciel d'un bleu métallique, avec un horizon de
montagnes ou la silhouette d'une côte. A chaque pas, dans les pays helléniques, on rencontre quelque ruine de théâtre. Les dispositions essentielles de ces édifices ne varient pas. Toujours l'on y reconnaît trois parties : le théatron proprement dit, où se plaçaient les spectateurs ; V orchestra, où évoluaient les chœurs ; le logeion, où paraissaient les acteurs. Le mur de scène, percé de trois ou cinq portes, représentait un palais, un temple, un groupe de maisons, un camp, un désert, une côte, un bois. Des prismes triangulaires, tournant
Plan du théâtre de Dionysos, à Athènes.
262 LA (illKCH AVANT ALKXANDRK.
sur un pivol, piMMiicllaiout île varier le décor. Une inp:('uicusc uincliination aidai! à l'illusion scéniquc, que complélail, d'aill(Mii'^ la comi^laisaule iuia^inalioii du public. Le nia^^dsli'al qui oitlonnail la foie de Dionysos acceplaiL ou refusait les pièces, donnait à chacun des concurrents agréés un cliorègc et trois acteurs. I.a représentation comnienrait de bonne lieure et durait toute la journée. Le fermier du tliéàti'e faisait vendre aux portes les jetons d'entrée qu'on payait deux oboles. Tout le peuple prenait part à la fête; car l'Etat indemnisait les citoyens pauvres*. Avant de jouer, la troupe défilait sous les yeux du public. On reconnaissait aisément les personnages ; car le type et le costume de chaque dieu, de chaque héros, de chaque classe d'hommes était fixé parla tradition. Des danseurs, déguisés en vieillards, en jeunes filles, en chevaliers, en charbonniers, même en oiseaux ou en guêpes, figuraient le chœur. Dans les comédies, les acteurs étaient grotesquement rembourrés, enrichis d'infirmités postiches, percés de trous, gonflés de bosses ; leurs chaussures légères se prêtaient aux facéties et aux gambades. Dans les tragédies, ils s'alTublaient de hautes perruques et d'un énorme frontal, fixé à un masque de toile ou d'écorce qui emboîtait la tête, renforçait la voix et reproduisait les traits du personnage représenté ; autour des bras, sur la poitrine, sur le dos, ils s'appliquaient des coussins pour s'agrandir le buste ; de leurs manches sortaient des gantelets terminés par de fausses mains ; embarrassés de tout cet attirail, juchés sur de hauts cothurnes, ils auraient trébuché à chaque pas, sans le bâton dont ils s'étayaient. Après le défilé des acteurs, un héraut proclame le nom du poète. Les juges du concours prêtent serment. Le prix sera décerné au chorège, à l'auteur et au principal acteur. Les vainqueurs seront présentés au peuple, ornés de lierre et de bandelettes. Ils recevront une couronne d'olivier et un trépied. Le chorège