‹ La Grèce avant AlexandreChapitre 11 sur 44 · Harpokration, au mot Siay^asy · texte numérisé non relu

Harpokration, au mot Siay^asy

Caniei's au travail.

(Plaque de terre cuite peinte, du musée de Berlin.)

mines d'argent du Laurion. Athènes en louait les divers districts à des entrepreneurs, moyennant un prix d'achat et une redevance annuelle de quatre pour cent sur le produit. Des fonctionnaires particuhers surveillaient sans cesse les fermiers héréditaires des mines. Les ouvriers étaient des esclaves achetés ou loués pour l'exploitation. Le Laurion fournissait à Athènes d'importants revenus.

La propriété bâtie prit de siècle en siècle plus d'importance dans la vie économique de la Grèce. Une petite maison de famille, au iv'^ siècle, valait de 3 à 7 mines. Une habitation riche, comme celle d'Alcibiade, se vendait liO à 50 mines. Dans les grandes villes, on bâtissait beaucoup de maisons à locataires {synœkia) avec plusieurs étages ; de nombreux escaliers en pierre ou en bois conduisaient directement de la rue aux divers appartements, composés d'ordinaire de deux ou trois pièces. Au temps de Démosthène, on estimait 100 mines une maison de ce genre qui appartenait au banquier Pasion. Le loyer rapportait souvent au propriétaire huit pour cent. Nous connaissons les conditions ordinaires du bail, d'après les inventaires de Délos. Les contrats étaient dressés d'après un modèle consacré et devant témoins ; ils étaient conclus pour dix ans au v^ siècle, pour cinq ans au second siècle. A l'époque de Périclès s'élevèrent partout les prix de location ; ils continuèrent d'augmenter aux siècles suivants, parce que la valeur du sol ne cessa de s'accroître dans les villes. Les créanciers pouvaient prendre hypothèque sur les maisons. En cas de contestation, des magistrats particuliers, les Horistes, établissaient les droits de propriété, de même que les Astynomes forçaient les propriétaires à observer les règlements de police.

Les forêts variaient d'aspect suivant les régions et l'altitude. Ici se plaisaient le pin, le chêne, le hêtre; là, le citronnier, le figuier, l'oranger, le palmier. Mais de siècle en siècle on vit se déboiser les cimes. « Les montagnes, nous dit Platon,

LA PROPRIÉTÉ. 55

étaient couvertes de forêts, dont il reste encore aujourd'hui des vestiges. » Dans cette œuvre de dévastation, les bergers et les chevriers ont été encore plus actifs que les architectes. On eut beau faire surveiller les bois par des hylores ou gardes forestiers, presque toutes les hauteurs se dénudèrent peu à peu. Dès le v^ siècle, les Athéniens durent faire venir de l'étranger tout le bois nécessaire aux constructions navales.

On ne trouvait d'importants pâturages qu'en Thessalie, en Eubée, en Béotie, en Messénie. Au v' siècle s'introduit en Grèce l'herbe de Médie, autrement dit la luzerne : dès lors se répand l'usage des prairies artificielles. En beaucoup de régions existaient des pâtures communales ; le droit d'y mener des troupeaux était réservé aux citoyens et à quelques étrangers qui avaient obtenu la même faveur par décret. Souvent aussi, dans la montagne, le pacage était affermé à des sociétés d'éleveurs. Un bœuf valait de cinquante à cent drachmes : on voyait de grands troupeaux de bêtes à cornes en Eubée et en Épire. Les moutons se vendaient de dix à vingt drachmes : les paysans s'habillaient de leurs peaux, vendaient en ville les agneaux et la laine. Sur tous les rocs on apercevait quelque troupeau de chèvres; avec le poil se fabriquaient des cordes et de grossières étoffes; avec le lait, les fromages dont on se nourrissait à la campagne. En Arcadie, en Laconie, en Étolie, les porcs semblaient maîtres du sol : leur chair était le régal des jours de fête, leur peau se transformait en excellents manteaux. Dans les pâtures et sur les landes s'engraissaient encore la volaille et le gibier ; les abeilles y butinaient le miel. On y élevait les ânes et les mulets. Un bon cheval valait douze mines, un cheval médiocre encore trois mines, un peu plus qu'un esclave. Pour indiquer la provenance, on marquait la bête avec une lettre : car les Grecs étaient justement fiers de leurs races de chevaux; on estimait surtout celles de Sicyone, de Sicile, deCyrène et de Thessalie. Bœufs, moutons, chèvres, porcs, volaille, abeilles, ânes, mulets et chevaux étaient la

principale fortune de bien des villages ; une bonne partie de la population vivait de l'élevage.

La culture variait beaucoup d'une région, d'un canton à l'autre, suivant l'orientation et l'altitude. Sauf en Thessalie, en Béotie, en Eubée et dans une partie du Péloponèse, le sol était peu fertile. Là oîi ne perçait pas le roc nu, on trouvait un terrain d'argile et de craie, rarement arrosé d'eau courante, toujours trop humide ou trop sec. On produisait du blé, mais en quantité insuffisante, puisque la Grèce fut toujours en cela tributaire du Pont, de la Sicile et de l'Egypte. Dans la plupart des pays grecs se plaisaient surtout la vigne, l'olivier, l'oranger, le grenadier et le figuier. On se préoccupait beaucoup de l'agriculture, comme l'attestent les ouvrages d'Hésiode, de Xénophon, d'Aristote, de ïhéophraste. On exécutait de grands travaux hydrauliques pour assainir et défendre de l'inondation les contrées marécageuses, ou pour combattre la sécheresse. Tels sont les canaux d'écoulement du lac Copaïs et des Catavothra ou les aqueducs de l'isthme et d'Olympie. Mais, uialgré tous les efforts des paysans et des ingénieurs, la nature a été plus forte que l'homme, et l'agriculture n'a jamais pris en Grèce un très grand développement.

Toujours des bornes, placées sous la protection de Zeus, d'Hermès et des dieux termes (Ô£cl ooioi"), marquaient la limite des propriétés particulières, des domaines de l'État ou des dieux ^ C'était un grand crime que de toucher à une de ces pierres. On lit sur un document de Ghios - : « Quiconque aura enlevé, ou déplacé, ou couvert une borne pour faire tort à la ville sera puni d'une amende de cent statères et perdra ses droits de citoyen. » Sur les propriétés veillaient des horophylaques ou surveillants des bornes, des agronomes ou gardes champêtres \ Dans un document attique de la fin du

\. C. I. A. I, 504, .507, 519 et suiv.; II, 1055 et suiv., etc; Platon, Lois, p. 842.

Page 1