CHAPITRE III
LA FAMILLEi
Les Grecs, dans les premiers siècles de leur histoire, concevaient la famille tout autrement que nous. C'était pour eux un groupe de personnes bien plus considérable, composé de tous les individus qui descendaient, par les mâles, d'un même ancêtre. Peu à peu, le groupe s'est restreint à la famille naturelle.
La famille primitive ou yivoç comprenait la branche aînée, les branches cadettes et de nombreux clients. C'était quelque chose d'analogue aux tribus d'Israël ou du monde arabe. Chaque y^voç avait son chef héréditaire, ses cultes, surtout le
1. Blûmncr, Die griechischen Privataîterlhumer, 1882; Thalheim, Die griechischen lieclitsalterlhihner, 1884; Panofka, Griechinnen und Griechen, 1844; Mahaffy, Social life in Greece, 1875; Lallier, De la condition de la femme dans la famille athénienne, 1875; Fustel de Coulanges, la Cité antique; Donaldson, the Woman in ancient Greece {the Contemporain lievieic, 1878); Caillemer, la liestitiition de la dot à Athènes, 1867; ic Droit de tester à Athènes, 1870; les Enfants nés hors mariage étaient-ils citoyens? 1878; le Droit de succession légitime à Athènes, 1879; Dareste, Haussoullier et Reinach, Recueil des inscriptions jutidiques grecques, 1891.
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culte de l'ancêtre divinisé, ses assemblées, son domaine, son tombeau.
Les anciens yivq existaient encore à l'époque historique. Les orateurs du iv" siècle mentionnent les sacrifices communs des Lycomèdes, des Butades, la sépulture des Busélides, un champ assez vaste fermé de murs où l'on célébrait chaque année une fête*. Mais les ysvYj n'ont alors aucun rapport avec les divisions politiques du pays : Démosthène cite dans un plaidoyer sept témoins qui tous sont des Brytides et qui, cependant, appartiennent à six dêmes différents ^ Les groupes primitifs, dont le lien était un culte commun, n'existent plus, dès lors, que pour la religion. Les seuls qui restent bien vivants sont ceux qui ont le privilège de fournir les grands prêtres de certains cultes, par exemple les Eumolpides, les Céryces ou les Étéoboutades.
La famille primitive s'est désagrégée plus ou moins vite, suivant les pays. A Sparte, dès le temps où fut rédigée la constitution dite de Lycurgue, on trouve la famille au sens moderne du mot. En Attique, la transformation fut plus lente; elle ne fut officiellement consacrée que par la constitution de Selon. Mais on observe partout la même évolution. D'abord disparaît la clientèle. Puis on supprime le droit d'aînesse : il se maintint plus longtemps en quelques pays, à Sparte, à Thèbes, à Gorinthe ; ailleurs, à Cnide, à Héraclée, à Marseille, les branches cadettes durent s'insurger pour en obtenir l'abohtion^ Désormais, l'héritage se divise également entre les frères, sauf la maison, qui revient à l'aîné. Plus tard, on accorde le droit de tester à Ihomme qui meurt sans enfant. On admet la parenté par les femmes, mais en la subordonnant toujours à l'autre. Enfin, on limite la puissance paternelle : le
i. C. I. G., 397, 399, etc.; Démosthène, in Macart., 79; in EubuL, 28; Eschine, De fais, leg., 147; Plutarque, Thémistocle, i.