Aristote, Politique, V
père ne peut plus vendre sa fille ni son fils ; et le fils majeur devient libre de ses actes.
Cette révolution, plus ou moins rapide suivant les régions, amène partout la dislocation du ylvoç, qui conserve seulement une valeur religieuse ; l'avènement de la famille restreinte, comme l'entendent les modernes ; un adoucissement dans les anciennes lois qui régissaient les rapports entre le mari et la femme, le père et les enfants, le maître et les esclaves.
§ 1". Co7istiUition de la famille. — La famille fut longtemps un monde absolument fermé, soumis à l'autorité d'un chef absolu. Le domicile fut toujours inviolable. Plus tard, l'État intervint pour fixer les lois de succession, inscrire les citoyens et protéger les personnes. Mais tout le reste était réglé par la volonté du père, chef de la religion domestique.
C'est le mariage qui, seul, constitue la famille : aussi le célibat est-il interdit en plusieurs pays.
La loi fixe les conditions d'un mariage légitime. Les deux époux doivent être citoyens ; si la femme est étrangère, elle doit appartenir, du moins, à un pays qui a le privilège d'épigamie. Le jeune homme, s'il n'est majeur, ne peut se marier sans le consentement de son père ou tuteur. La jeune fille ne peut jamais se passer du consentement de son père ou de son plus proche agnat : autrement, les enfants seront exclus de l'héritage. La loi autorise l'union entre les cousins, entre l'oncle et la nièce, entre le frère et la sœur consanguins. On peut se marier très jeune, les femmes depuis quinze, treize, même douze ans. Ainsi l'État détermine les conditions légales du mariage ; mais il n'intervient pas dans les cérémonies, qui sont exclusivement rehgieuses.
Les actes préliminaires (irpoTlXsia, 7:poya(i.ta) sont une série d'hommages aux dieux. Dès que l'union est décidée, le fiancé en informe les membres de sa phratrie. La veille du mariage, les deux familles vont dans les temples offrir des sacrifices
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aux divinités conjugales (6col ^(olu-t^^ioi) : ce sont, suivant les pays, Hêra, Artémis, les Moires, Ouranos et Gaea, ZeusTeleios, Aphrodite ou les Nymphes. A Athènes, la fiancée est conduite par ses parents sur l'Acropole, au sanctuaire d'Athêna Polias. Souvent, la jeune fille consacre aux déesses des boucles de sa chevelure. Enfin, le matin des noces, les deux fiancés prennent un bain ; à Athènes, on avait soin d'en puiser l'eau dans la fontaine Callirhoé.
Les noces grecques sont une cérémonie en trois actes :
Le premier acte se déroule chez les parents de la fiancée (EYY'jTjCtç, ou l'ACoaiç). Le père, ou, à son défaut, le frère ou le plus proche parent, offre un sacrifice au foyer et donne sa fille au prétendant. Suit un repas de noces, où les femmes sont admises, mais à des tables séparées. La mariée y paraît voilée; on lui jette des gâteaux et des fruits.
Le second acte (r.otx-f^) se résume en un cortège qui conduit la jeune femme à son nouveau logis. Le visage voilé, couronnée de fleurs, vêtue de blanc, elle est amenée sur un char attelé de mulets ou de bœufs. Assise entre son mari et le garçon d'honneur, elle tient en main des ustensiles de ménage, ordinairement une broche à rôtir. Devant elle, on porte le flambeau nuptial et des torches allumées par les deux mères à leurs deux foyers. Autour d'elle, au son des flûtes, éclate le chant d'hyménée, joyeux et lascif.
Le troisième acte (Té^o;) se passe à la maison des nouveaux époux. La mariée est reçue devant la porte tout enguirlandée par la mère de son mari. Celui-ci fenlève du char après une lutte simulée et la dépose à l'intérieur du logis sans lui laisser toucher le seuil. Puis, la jeune femme, arrosée d'eau lustrale, s'approche du foyer, lui adresse une prière, partage avec son mari des gâteaux et des fruits. Enfin, elle est conduite par la Nympheutria à la chambre nuptiale. Des chœurs de jeunes garçons et de jeunes filles se renvoient les strophes alternées de l'épithalame. Un ami monte la
garde devant la porte pour arrêter les mauvais plaisants.
Le lendemain arrivent les cadeaux des parents et des amis. On remarque surtout les présents du beau-père, solennellement portés derrière un jeune garçon et une jeune fille en blanc. Dans la journée, la femme consacre son voile à Hèra; elle se montrera désormais à visage découvert. La présentation à la phratrie et le banquet offert aux phratores terminent les cérémonies du mariage.
Dans les premiers temps, on achetait sa femme ; on recevait seulement quelques cadeaux de son beau-père. Mais au V® et au iv^ siècle, une dot est ordinairement constituée par le père ou le tuteur de la femme. Les deux parties rédigent un contrat de mariage, qui se dépose chez un tiers. Pour assurer l'exécution des clauses du contrat, on se fournit réciproquement des garanties, des hypothèques. Nous lisons sur une borne hypothécaire trouvée à Amorgos : « Borne indiquant les maisons affectées en garantie, sous l'archontat de Kritoboulos, par î]xékestos, à Kleinokratès, fils de Timagoras, pour une partie de la dot, à savoir pour trois mille drachmes, conformément au contrat déposé chez Aristonikos^ » L'hypothèque fournie par le père répondait du payement intégral de la dot; celle que fournissait le mari en assurait la restitution éventuelle.
La loi réserve toujours la fortune de la femme. En principe, ses biens appartiennent au mari ; mais elle est considérée comme sa créancière pour une somme égale ; elle a sur lui une première hypothèque. Aussi la dot ne peut' être saisie en cas de vente judiciaire ou de confiscation. Le mari doit toujours être en mesure d'en restituer la valeur au père ou au tuteur de sa femme. Cette restitution a lieu si l'un des époux meurt sans laisser d'enfant ou si le mariage est dissous par le divorce. Si l'on tarde à rembourser, on doit payer, outre le
i. Bull, decorr. hell., 1889, p. 342 et suiv.
LA FAMILLE
capital, un intérêt de dix-huit pour cent qui court depuis l'échéance. Si le mari vient à mourir laissant des enfants, la femme peut, à son choix, ou bien retourner chez son tuteur, qui réclame la dot ou tout au moins l'intérêt de la dot, ou bien