Scène nuptiale : l'enlèvement du voile. (Terre cuite de Myrina
rester avec ses fils qui gardent la fortune de leur mère et l'entretiennent.
Le divorce est ordonné par la loi en cas d'adultère, autorisé en cas de soupçon ou de stérilité. D'ordinaire, la séparation se fait à l'amiable. Les deux époux se réunissent devant le foyer, en présence d'un prêtre et de témoins. On leur offre
un gâteau que tous deux repoussent. Ils prononcent des formules de malédiction. On rend la dot et tout est fini. Mais, parfois, le mari s'oppose au divorce ou prétend garder la fortune de sa femme après la séparation. Alors on va devant l'archonte. Le magistrat ordonne ou non le divorce. S'il donne raison à la femme, celle-ci reprend sa dot. S'il lui donne tort, le mari peut garder la fortune et répudier la femme, qui retombe sous l'autorité de son père ou tuteur.
La famille se constitue par le mariage ; elle se développe par la naissance des enfants. La femme, avant sa délivrance, sacrifie à Ilithye, à Artémis, aux Nymphes. Sitôt né, on baigne l'enfant, et on l'enveloppe de langes; à Sparte, on le trempe dans du vin et on le laisse libre de ses mouvements. Pour un fils, on suspend à la porte une couronne d'olivier; pour une fille, une bandelette de laine. Cinq jours après, la famille tient une réunion solennelle. En présence des parents et des amis, le père offre un sacrifice au foyer, puis il déclare s'il accepte ou s'il abandonne l'enfant. A Sparte, c'est un conseil nommé par l'État qui décide s'il convient d'élever ou d'exposer le nouveau-né; à Thèbes, la loi autorise les parents trop pauvres à le remettre aux magistrats. Si l'on garde l'enfant, on le purifie aussitôt par la cérémonie de la lustration : toute la famille et le bébé sur les bras de sa nourrice font plusieurs fois encercle le tour du foyer ; puis l'enfant est frotté d'huile, baigné d'eau lustrale; après une prière, le père le présente au foyer et l'initie au culte domestique. La fête se termine par un banquet où l'on convie tous les assistants. Le dixième jour après la naissance, on célèbre une seconde cérémonie. On donne un nom à l'enfant : c'est le nom du grand-père, ou du père, ou une appellation qui indique la consécration à une divinité. On sacrifie à Hèra Ihthye, à Artémis, à Apollon, aux Nymphes, aux Fleuves. Un nouveau banquet réunit les parents et les amis, qui apportent des jouets au bébé et des cadeaux à la mère. Enfin, le troisième jour des Apaturies, le père présente
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son fils à la phratrie. Dès lors, l'enfant fait partie de la famille et est initié au culte ; mais il devra attendre sa dix-huitième année pour se faire inscrire au registre civique.
. La mort semble dissoudre ou mutiler la famille. Dès qu'une personne a rendu le dernier souffle, on lui glisse une pièce de monnaie entre les dents, on lui ferme les yeux et la bouche, on lui voile la ligure. Des femmes, les proches parentes du défunt, lavent et parfument le corps, l'habillent de blanc,
Convoi funèbre. — Plaque de terre cuite estampée.
couronnent la tète. A l'entrée de la maison, on place un vase de terre remph d'eau. Le lendemain, dans le vestibule, on expose le mort sur une litière, les pieds en avant ; près du ht funèbre, on laisse une fiole d'huile, un vase lustral et une branche de cyprès; tout autour se lamentent des pleureuses à gages. Le surlendemain, avant l'aurore, on lève le corps et le convoi se forme. En avant, voici les joueurs de flûte et les pleureuses; en cas d'assassinat, on tient une épée nue devant le défunt. Puis défilent les hommes ; les parents et les amis, tout en noir, cheveux ras, portent tour à tour le lit funèbre. En arrière se groupent les parentes du mort, les seules femmes
admises dans le cortège. On arrive au lieu de sépulture. D'ordinaire le mort est enseveli dans une bière de cyprès, de pierre ou d'argile. Quelquefois, on le brûle sur un bûcher qu'allument les proches parents et où l'on jette des cheveux, des vêtements, des ustensiles ; quand le feu tombe, on réunit les ossements dans une urne. Puis on place l'urne ou le cercueil dans la sépulture de famille. On y enferme aussi des lécythes, des armes, des miroirs, des jouets, les prix gagnés par le défunt. On verse sur la tombe des libations de vin, de miel et de lait. On adresse un dernier adieu au mort. On se réunit au banquet des funérailles, puis on purifie la maison. Après un deuil de onze jours à Sparte, de trente à Athènes, on va offrir un sacrifice au tombeau ; puis on revient aux vêtements et à l'existence d'autrefois.
Pourtant le mort continue de vivre avec les siens. Il a quitté la maison de ses pères, mais pour la sépulture de famille, aussi sainte que le foyer domestique. Un Grec soignait la demeure de ses morts plus que son logis. Anciennement, on creusait la tombe dans le champ qui entourait l'habitation. Plus tard, la loi défendit d'enterrer dans les villes. Alors les tombeaux s'alignèrent dans les faubourgs, le long des routes, comme à Syracuse, à Corinthe, au Céramique d'Athènes ; ou bien l'on peupla une vaste nécropole, une vraie cité des morts, comme à Cyrène. La disposition des sépultures varie beaucoup. Ce sont des cercueils creusés dans le tuf; ou des sarcophages de pierre, de terre cuite, de plomb; ou des chambres sépulcrales, d'accès difficile, cachées sous des tumuh, comme à Pergame, en Thessalie, en Crimée; ou des grottes précédées d'un portique, comme en Lycie. Au-dessus du sol, la présence d'une tombe est généralement indiquée par quelque monument funéraire : c'est une table de pierre, une colonne, une pyramide, une stèle sculptée, un vase de marbre, ou bien une petite chapelle entourée de cyprès, d'asphodèles et de mauves. Les bas-rehefs qui décorent ces monuments rappellent le lien qui
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unit le mort aux membres vivants de sa famille : on y reconnaît des banquets funèbres, des scènes de chasse, d'offrandes, de séparation ou de réunion. On enferme dans les tombes tout un mobilier à l'image de ce qu'aimait le défunt : objets précieux, armes, bijoux, jouets, figurines de dieux, d'hommes et d'animaux, bronzes et fruits imités en terre cuite dorée ou peinte. Dans les sépultures de Myrina,près deSmyrne,on lit le
Charon dans sa barque (sur un lécythe blanc attique).
nom du mort gravé au pointillé sur des plaques de métal percées d'œillets où l'on avait passé une ficelle. Souvent, les inscriptions tumulaires résument la vie de celui qui dormait dans la tombe, recommandent aux héritiers de veiller sur la sépulture sous peine de déchéance ou d'amende, vouent aux dieux infernaux les profanateurs et les menacent du châtiment légal. Toujours ces épitaphes sont empreintes d'une touchante résignation philosophique. Les Grecs savaient mourir simplement, parce qu'ils ne voyaient pas dans la mort une séparation. Au fond du tombeau, ils vivaient encore avec leur famille par le culte qu'ils recevaient d'elle. Ce culte, la loi même le
leur garantissait. Des peines sévères frappaient quiconque profanait une tombe. A Athènes, le premier archonte veillait à ce qu'aucune famille ne vînt à s'éteindre. En beaucoup d'endroits, le célibat était un délit, et on autorisait le divorce pour cause de stérilité. L'État forçait chacun de rendre ce qu'il devait à ses ancêtres. Bien souvent, le mort avait luimême pris ses mesures. Il avait construit son tombeau de son vivant et réglé les cérémonies funèbres. Une femme de Théra lègue à ses proches une somme d'argent dont les intérêts serviront à payer les frais des sacrifices mensuels que trois personnes, déléguées par les vingt-trois héritiers, offriront à elle, à son mari et à ses fils. Mais, à vrai dire, il n'était besoin ni de ces précautions ni de l'intervention de la loi. Aucune famille n'oubliait ses morts. Le troisième, le neuvième et le trentième jour après les funérailles, on faisait, sur la fosse, des libations de miel et de lait, de vin ou d'huile ; on y égorgeait quelque animal pour l'y brûler et l'enfouir ; les pauvres remplaçaient la bête en chair et en os par une bête en pâte et laissaient du moins quelque mets sur le tombeau. Une fois l'an, on visitait les sépultures de famille pour y porter quelque offrande. Et le cinq de Boédromion, toute l'Attique fêtait officiellement la Nékysia ou jour des morts.
Après le décès du chef de famille on s'occupe de la succession. A l'origine, les mâles seuls pouvaient hériter ou transmettre l'héritage, parce que seuls ils perpétuaient le culte; le patrimoine, toujours indivisible, passait à l'aîné de la famille. Le changement dans les mœurs entraîna des changements dans la loi : les biens furent divisés entre les héritiers du même degré, sauf quelques avantages réservés à l'aîné; et l'on admit, quoique à un rang inférieur, la parenté par les femmes.
C'est d'après ces idées contradictoires que la succession est réglée aux v^ et iv^ siècles. Les législations grecques inventent les combinaisons les plus ingénieuses, parfois bien
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singulières, pour concilier les vieux principes et les exigences nouvelles des sentiments naturels. D'abord, le fils unique recueille tout l'héritage, qu'il le veuille ou non. S'il y a plusieurs fils, ils se partagent les biens, mais l'aîné conserve la maison paternelle ; en ce cas, les filles sont ordinairement dotées par leurs frères. S'il n'y a que des filles, elles accompagnent l'héritage sans être elles-mêmes héritières. Plusieurs cas peuvent
Tombeaux du Céramique à Athènes.
se présenter; si la fille, dite épiclère, est mariée et mère, elle transmet la succession à ses enfants, que la loi considère comme les fils du grand-père maternel. Si la fille n'est pas mariée, le père peut disposer d'elle par testament et adopter son futur gendre, qui hérite. A défaut de testament, la loi donne la succession au plus proche parent mâle, mais à la condition qu'il épousera la fille. Si l'héritier légal est déjà marié, il doit divorcer; de même, une épiclère mariée et sans enfants doit rompre sa première union pour contracter la seconde. Telle est la théorie, logique malgré sa bizarrerie. Dans la pratique, l'héritier préférait généralement, suivant le cas, transiger avec
le mari de l'épiclère ou doter la jeune fille. Mais toutes les législations helléniques tendent également, s'il n'y a pas de fils, à faire épouser la fille par l'héritier légal. Les mêmes principes s'appliquent à la succession en ligne collatérale. Un homme meurt sans enfant : ses biens passent aux frères ou fils de frère; à défaut de frère, aux sœurs ou fils de sœur; à défaut de frère, de sœur et de neveux, aux cousins du côté paternel; en dernier lieu, aux cousins du côté maternel. Longtemps, les Grecs ne connurent pas le testament. 11 fut interdit à Thèbes, à Corinthe, à Sparte jusqu'après la guerre du Péloponèse, à Athènes jusqu'à Solon. D'abord la loi accorda le droit de tester seulement à qui mourait sans postérité. Plus tard, on put même déshériter ses enfants; mais le testament pouvait être attaqué ou cassé pour captation, faiblesse d'esprit ou vice de forme. Les fils mineurs, les femmes, les étrangers ne pouvaient tester; et l'acte n'était valable que si le testateur l'avait remis à un ami devant témoins. Les législations grecques n'ont jamais accepté qu'avec répugnance cette dérogation aux vieilles règles d'hérédité, conformes aux exigences du culte domestique et à l'organisation de la famille hellénique.
On vient de voir comment la famille se constitue par le mariage, se renouvelle par les enfants, se perpétue par le culte des morts, se maintient par les lois de succession. Reste à marquer le rôle des divers membres de la famille.
§ 2. Les membres de la famille. — Le chef de la famille, à l'origine maître absolu de tous les siens, conserva toujours une grande autorité sur les personnes qui demeuraient autour de son foyer, sur les femmes de la maison, sur les fils mineurs, sur les esclaves. Il préside aux cérémonies du culte domestique. Il dispose, comme usufruitier, de toute la fortune de la famille, du patrimoine héréditaire, de la dot de sa femme, du travail de ses esclaves, longtemps même du gain de ses enfants. Il peut seul paraître devant un tribunal, il représente enjustice
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tous les membres de la famille et répond de leur conduite. Il est le tuteur de sa femme, qui, sans lui, ne peut prendre aucune décision ; il la répudie en cas de stérilité ou d'adultère, tandis que pour obtenir le divorce elle doit s'adresser au magistrat;
Jeunes femmes grecques.
en mourant, il peut lui désigner un tuteur, même un second époux. Il accepte ou repousse l'enfant nouveau-né, et règle tous les détails de son éducation. Il marie son fils mineur et sa fille, sans consulter ni les intéressés ni la mère. Il peut émanciper son fils ou adopter un étranger. Avant Solon, en Attique, il avait le droit de vendre ses enfants ; même quand la loi se
fut adoucie, ilresta leur maître souverain, au moins jusqu'à la majorité du fils et au mariage de la fille. Enfin, il est l'unique propriétaire des esclaves de la famille. Il les achète, les vend, les affranchit à volonté. Seul, il peut leur commander. Longtemps il eut sur eux droit de vie et de mort. Quand la loi lui défendit de les tuer, elle lui permit encore de les châtier. S'il est assassiné par un meurtrier inconnu, ses serviteurs sont mis à mort. Femme, fils, fille, esclaves, tous obéissent en toute circonstance au mari, au père, au maître, à l'unique chef de la famille. La femme n'est jamais libre de ses actes. Toute sa vie elle reste sous l'autorité d'un tuteur (yjjpioç). Jeune fille, elle est soumise à son père, ou à son frère, ou à un agnat; épouse, à son mari; divorcée, à son plus proche parent; veuve, à son fils, ou au tuteur que son mari désigne par testament. Elle ne peut rien aliéner sans le consentement de son maître. Elle ne peut divorcer sans l'intervention d'un magistrat, tandis que son mari peut de lui-même la répudier, même la tuer si elle est coupable. Si son mariage est rompu, les enfants restent avec le père. En aucun cas on ne demande son avis sur la manière de les élever ou de les établir. Veuve, elle n'est pas leur tutrice; elle ne peut ni émanciper ni adopter. Elle n'a que la ressource d'intenter une action judiciaire pour mauvais traitements. Dans la plupart des villes, des magistrats spéciaux, à Sparte les harmosynes, ailleurs les gynéconomes, surveillent la conduite des femmes. Partout la loi tend à les tenir toujours en tutelle, mais leur condition diffère un peu suivant le pays ou la condition sociale. A Sparte, elles ont plus de liberté; elles font figure de vraies maîtresses de maison; elles ont de l'autorité au logis; elles sortent quand elles veulent, et prennent part aux jeux gymniques. A Mégare et à Delphes, elles peuvent même faire une donation sans être assistées d'un tuteur. Naturellement aussi les paysannes, les femmes du peuple gardent partout une plus grande indépendance d'allures. Mais la bourgeoise d'Athènes et des cités ioniennes ne sait que cuisiner et filer, peser la laine
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pour les esclaves. Elle ne reçoit que des femmes ou les très proches parents. Elle ne sort guère que les jours de fête. Tout cela n'empêche pas qu'il n'y ait eu en Grèce beaucoup de bons ménages et de fort aimables maîtresses de maison, comme la femme d'Ischomachos dont Xénophon esquisse un si charmant portrait dans ses OEconomiques^ . C'est que les mœurs corrigeaient la loi.
La fille tient dans la famille grecque encore moins de place que la mère. Elle mène une existence des plus effacées. Elle apprend la cuisine, tisse, file et brode tout le long du jour, comme les femmes esclaves. Ordinairement, elle ne sait ni lire ni écrire. Elle ne se montre hors du logis que les jours de fête, sauf à Sparte, où les jeunes filles sont plus
libres, suivent les exercices de gymnastique et prennent part aux chœurs de danse. Elle n'a point de majorité. Elle aura toujours un maître, son père, son mari, son fils, son parent, son tuteur. Elle n'a droit à aucune part de l'héritage, si elle a des frères; seulement il est d'usage de la doter. Si elle est fille unique, elle transmet la succession et doit épouser l'héritier, quel qu'il soit, vieux ou jeune, celui que désigne son père ou le plus proche parent. Toute sa vie, elle passera d'une tutelle à l'autre.
Pour le fils, au contraire, la loi a bien des ménagements, comme il convient pour un futur chef de famille. Anciennement,