‹ La Grèce avant AlexandreChapitre 19 sur 44 · Xénophon, Œconomiques, VII · texte numérisé non relu

Xénophon, Œconomiques, VII

comme à Rome, il restait dans la dépendance jusqu'à la mort de son père. Mais aux v* et iv^ siècles, le fils n'est mineur que jusqu'à dix-huit ans. S'il devient orphelin avant d'avoir atteint cet âge, il est confié à un tuteur, qui ne peut être son héritier et que désigne le testament du père, ou le plus proche parent, ou farchoute. Quelques jours après sa naissance, le fils est présenté à la phratrie et inscrit sur le registre. Puis on

l'abandonne aux femmes pour les premières années. Mais le père intervient directement dès que commence l'éducation.

A Sparte et dans quelques pays doriens, l'État s'empare de l'enfant presque à sa naissance et le fait élever avec les autres fils de citoyens sous la direction de magistrats spéciaux, les Bidéens et les Pédonomes. Mais c'est là un régime d'exception. A Athènes et dans la plupart des cités, l'éducation pubhque ne commence qu'à dix-huit ans. Avant cet âge, la loi exige seulement que le père donne à ses enfants une instruction élémentaire, et les magistrats veillent à l'exécution de la loi.

Cette première éducation, dirigée parla famille, est donnée dans des écoles privées que surveille la poHce et où les hommes ne doivent pas entrer. Elles restent ouvertes du lever au coucher du soleil. Les enfantsy sont conduits par un esclave spécialement chargé de ce service, le pédagogue. La discipline y est dure; les enfants y sont tenus sévèrement à l'écart delà foule et sont punis pour la moindre faute. L'éducation complète (È^yjj/.Aioç r.'uM'y.) comprend :

d'après une figurine en terre cuite.

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1° La gymnastique. Les exercices ont lieu dans les palestres des dêmes que dirige un athlète et que surveillent des magistrats. Ces palestres, ouvertes d'ordinaire par l'initiative privée, sont le plus souvent des terrains à ciel ouvert, entourés de murs, où un ruisseau serpente au milieu des arbres. On s'exerce surtout à la lutte, au saut et au pugilat.

2° La musique. On conduit les enfants dans des écoles

Une classe athénienne. Leçon de musique et de poésie. (Peinture de vase.)

particulières où l'on apprend à jouer de la lyre et de la flûte, à chanter, à déclamer une poésie lyrique.

3° La grammatiqiie. Elle comprend les exercices de lecture et d'écriture, l'étude de la grammaire et de la littérature. On y ajouta, au iv*" siècle, le calcul, les éléments de la géométrie et le dessin. Les enfants de la bourgeoisie passent successivement entre les mains du maître d'école, du grammairien et du rhéteur. Le maître d'école (Ypa[ji.aaTGGtGào-xaAoç), généralement peu estimé, tient boutique en plein air et n'enseigne guère que l'alphabet. Le grammairien a une véritable école ; on apprend chez lui l'écriture, les éléments de la littérature et des sciences. Assis sur un siège bas, avec leurs genoux pour pupitre, armés

d'un stylet de métal ou d'ivoire, pointu d'un côté pour graver les caractères, aplati de l'autre pour effacer, les enfants s'escriment sur des tablettes enduites de cire. Ils portent aussi à la ceinture un encrier de métal avec couvercle, auquel ils ont recours pour s'essayer à écrire sur les planchettes de bois ou le papyrus. Plus tard on va chez le rhéteur étudier la rhétorique, la critique httéraire, la politique ; on y apprend par cœur de longs fragments des poètes, àQÏ Iliade, de YOdyssêe, d'Hésiode, de Solon. Les honoraires du maître sont payés par les parents des élèves. Les rhéteurs les plus célèbres tiraient de leur enseignement de grands revenus. En moyenne, un cours complet de rhétorique durait trois ans et se payait de cinq à dix mines. Chez le rhéteur portait tous ses fruits l'éducation commencée par le maître d'école et le grammairien.

A dix-huit ans, dans la plupart des cités grecques, on devient majeur. On se fait inscrire sur le registre du dême. On est soumis à l'éducation publique pour deux ans, et enrôlé dans les compagnies d'éphèbes. Dès lors, on est citoyen, on assiste aux assemblées, on peut défendre ses intérêts devant un tribunal. Les mœurs avaient affaibli peu à peu l'autorité paternelle, si bien que la loi déclara le fils majeur tout à fait indépendant. Il pouvait se marier sans le consentement de son père. Il pouvait se créer une fortune particulière. Si le père est reconnu incapable par les tribunaux, le fils se fait adjuger les biens de la famille. Il peut même intenter à son père un procès en mauvaise gestion des biens qu'il tient de sa mère. Mais il n'a pas le droit de refuser l'héritage; il est responsable des dettes laissées par son père. Malgré cette obligation, on voit que la loi s'était adoucie de plus en plus en faveur du fils, futur chef d'une famille.

Ce qui confère ses droits au fils, c'est beaucoup moins le hasard de la naissance que la participation au culte domestique. Ainsi, les enfants naturels sont absolument étrangers à la famille; ils n'ont aucun droit à l'héritage; ils ne sont même

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pas sous l'autorité de leur père, à moins qu'ils n'aient pour mère une esclave, auquel cas ils sont eux-mêmes esclaves. De même, par l'émancipation, le fils légitime rompt tout lien avec sa famille : il renonce au culte, aux biens, même aux affections naturelles. Par l'adoption, au contraire, on acquiert tous les droits et privilèges du fils légitime. Pourvu qu'on soit citoyen, qu'on n'ait pas d'enfant mâle et qu'on soit plus âgé de quatorze ans, on peut adopter un étranger, de son vivant ou par testament. Le fils adoptif est initié au culte domestique par une cérémonie analogue à celle qui suit la naissance. Il devient le seul héritier légal, il offrira les sacrifices au tombeau des ancêtres.

Le principe de la famille grecque est donc l'inégalité des droits entre le mari et la femme, le fils et la fille. Tout au bas delà hiérarchie domestique, nous trouvons encore l'esclave^ Il fait réellement partie de la famille. A Athènes, pour l'introduire dans une maison, on le fait approcher du foyer, on l'arrose d'eau lustrale, on partage avec lui des fruits et des gâteaux. C'est la même cérémonie que pour le mariage et l'adoption. Dès lors, l'esclave assiste à toutes les prières et à toutes les fêtes du logis. A sa mort, il sera même enseveli dans la sépulture de famille.

L'esclave pouvait être ou un prisonnier de guerre, ou un enfant trouvé, ou un ancien métèque qui n'avait pas acquitté la taxe des étrangers. Le plus souvent, c'était un fils d'esclave ou un barbare acheté sur la place. La traite du bétail humain s'alimentait surtout à l'intérieur de l'Asie Mineure, en Phrygie, en Cappadoce. Tous ces malheureux se rencontraient sur les marchés de Corinthe, de Délos ou du cap Ténare. Un esclave ordinaire valait de deux à dix mines, beaucoup moins que le chien d'Alcibiade ; mais un musicien, un lettré, un habile

1. Wallon, Histoire de l'esclavage dans l'antiquité ; Foucart, Mémoire sur l'affranchissement des esclaves, 1867; Richter, Die Sklaverei im griech. Alterthum, 1880.

artisan se vendait cher. Les gens de condition serviie étaient nombreux, surtout dans les villes maritimes et les centres industriels. On en comptait ZiOO,000 en Attique, /i60,000 à Corinthe, Zi70,000 à Égine. Ailleurs, surtout en Laconie et à Chio, ils constituaient la presque totalité de la population.

On distinguait en pays grec bien des catégories d'esclaves. Les uns appartenaient à l'État, aux temples ; les autres aux particuliers. Les esclaves ruraux cultivaient les champs sous la direction d'un intendant, ou les exploitaient pour leur compte moyennant une redevance. D'autres travaillaient à la maison comme ouvriers, ou exerçaient au dehors quelque métier, à la condition de payer une drachme par jour. D'autres étaient loués ou achetés par des entrepreneurs pour le travail des mines ; c'est ainsi que Nicias trafiquait de ses esclaves; il les cédait aux fermiers du Laurion, qui lui faisaient une rente égale à la moitié du prix des pauvres gens; peu importait que la plupart mourussent à la peine; Nicias exigeait seulement qu'on lui rendît le même nombre de bêtes humaines. Mais le plus grand nombre des esclaves étaient attachés à la maison ou à la personne de leur maître. Ils remplissaient chez lui toutes les fonctions domestiques, de concierge, de boulanger, de cuisinier, de valet ou de femme de chambre, de préposé aux provisions, de muletier, d'intendant, de pédagogue ou de nourrice. Ceux-là étaient les plus heureux, parce qu'ils se mêlaient directement à l'existence de la famille.

Leur condition variait d'un pays à l'autre. Dans beaucoup de cités d'Asie Mineure, ils étaient durement traités ; et nous savons que des insurrections d'esclaves éclatèrent à Chio, Abydos et Samos. D'ordinaire pourtant, on avait assez d'égards pour ceux qui vivaient dans la maison. A Athènes, ils jouissaient d'une liberté relative. Ils s'habillaient presque comme des hommes libres. Quand ils passaient, drapés dans leur chiton à une manche, la tête serrée dans leur bonnet de four-

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