L.\ FAMILLK
ruie, on pouvait les prendre pour des paysans pauvres. On n'avait pas le droit de les frapper. Ils n'étaient pas tenus de céder le pas aux citoyens. On leur reprochait même d'oublier souvent de saluer. Ils avaient la langue bien effilée, et ne se gênaient pas pour dire ses vérités à leur maître.
L'esclave n'a pas de personnalité civile. Il n'est pas propriétaire, ne peut ni acheter ni vendre. Il n'hérite pas et ne peut tester. Même il n'a pas de nom : on le désigne par un prénom, un surnom, un sobriquet. Il n'a pas de famille légale : sa femme, ses enfants n'existent pas pour l'État. On le met à la torture lorsque, dans un procès, on a besoin de son témoignage. Pourtant, la loi protège sa personne. Le meurtre d'un esclave est puni de mort. S'il a reçu quelque dommage, son maître porte plainte et obtient une indemnité. S'il commet un assassinat, même s'il tue un des membres de la famille, on doit le remettre aux mains des magistrats; le maître ne peut plus faire justice lui-même, comme dans le droit primitif. Dans les procès criminels, l'esclave peut être appelé à témoigner même contre son maître. En cas de mauvais traitements, il trouve un asile au Théseion d'Athènes, au temple de Hêra àPhlionte, au temple des Palikes en Sicile, dans les temples de Gortyne, dans beaucoup d'autres sanctuaires. Le maître ne peut se faire remettre le fugitif que s'il jure solennellement de le ménager. Souvent même l'esclave peut exiger qu'on le vende. Ainsi s'était adoucie l'ancienne loi qui, sans restriction, faisait de l'esclave la chose du maître.
De la famille dépendent encore les affranchis. Quelquefois l'État, pour récompenser des services militaires ou autres, rachète et met en liberté des esclaves. Le plus souvent, c'est le maître lui-même qui délivre son serviteur. On connaît bien des modes d'affranchissement. Tantôt on se contente d'une déclaration faite devant un tribunal, ou sur un autel, ou au théâtre, par la voix d'un héraut, ou dans un testament. Mais la procédure la plus fréquente et la plus curieuse, c'est l'af-
franchissement sous forme de vente à une divinité. Pour éviter des contestations ultérieures, l'esclave est mis sous la protection d'un dieu qui touche une prime sur le prix de rachat; c'est ce que spécifient les innombrables actes passés devant Zeus d'Olympie, Apollon de Delphes, Poséidon du Ténare, Asklépios de Stiris ou d'Amphissa, Sérapis d'Orchomène, de Goronée, de Tithora. Comme l'esclave n'a pas qualité pour troiter, le prêtre intervient et le rachète avec l'argent que l'intéressé a déposé dans le temple. Souvent l'on convient en face du dieu que l'esclave sera libre à une époque déterminée, par exemple à la mort du maître. Celui-ci fournit un ou plusieurs garants qui veillent à l'exécution des clauses. On désigne parfois d'un commun accord les arbitres qui prononceront en cas de contestation. On le voit, c'est un véritable contrat par devant un dieu.
L'affranchi entre dans la classe des étrangers domiciliés. Mais il a encore des devoirs envers son ancien maître qui devient son prostate. Il lui doit certains égards, déterminés par la loi. Trois fois par mois, il doit se rendre au foyer du patron et lui demander conseil. Il ne peut se marier sans sa permission. Le prostate peut assigner en justice l'affranchi qui manque à ses obligations et le faire ramener à son ancienne condition servile. L'affranchi tient dans la famille une place intermédiaire entre l'esclave et les personnes libres.
Le mari et la femme, le fils et la fille, l'esclave et l'affranchi : voilà toute la famille grecque au iv^ siècle. L'organisation en présente bien des contrastes. On sent s'y heurter des conceptions opposées. Avec l'ancien droit qui régissait le yivoç s'accorde mal le droit nouveau, fondé sur le sentiment naturel et le respect de la personne humaine. De là, tous ces disparates qu'on observe dans la condition de la femme, des enfants, des affranchis et des esclaves.