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CHAPITRE IV

Dans tous les pays grecs, l'État s'est coustitué par la formation successive d'associations de plus en plus complexes.

Le groupe le plus simple est la famille au sens primitif du mot, le Y£voç d'Athènes, de Carystos ou de Samos, la ycvîà d'Élis, la TCàxpa de Rhodes et de Thasos.

De l'alliance des familles naît une confrérie à la fois religieuse et politique, la phratrie de l'Attique, d'Ilion, d'Andros, de Chios ou d'ÉHs, la auYyivsta de Calymnos ou de Mylasa.

De l'union des phratries se forme la tribu. On trouve généralement trois tribus en pays dorien, les Hylles, les Dymanes, les Pamphyles ; et quatre en pays ionien, les Géléontes, les Hoplètes, les Argades, les^Egicores.

En se groupant pour un culte et des intérêts communs, les tribus d'une même région constituent la cité.

L'État grec, en raison de cette origine, est fatalement voué aux révolutions. Évidemment, il cherchera à affaiblir par tous les moyens l'autorité des chefs de tribus, de phratries, de Y£vr,, qui gênent son action directe sur l'individu. De plus, les gens des classes inférieures, tous les nouveaux venus, enrichis par le commerce et enhardis par leur richesse, réclame-

1. Bœckh, Die Staatshaushaîtung der Athener, 1851; Thumser, Staatsalterthumer, 1889-1890; G. Gilbert, Handbuch der griechischen Staatsaltertliiimer, 1881- 1885; Telfy, Corpus juris attici, 1868; Perrot, Droit public d'Athènes; Fustel de Coulanges, ta Cité antique; Kuhn, Ueber die Entstehung der Stâdte der Alten, 1878, etc. — Pour Athènes, voyez surtout l'ouvrage d'Aristote, tout récemment déchiffré sur un papyrus du British Muséum : Kenyon, 'A9/ivaîwv DoXiteia, Aristotle on the constitution of Athens, et Fac simile of papyrus CXXXI in the British Muséum, Londres et Oxford, 1891 ; Th. Reinach, La République athénienne, d'Aristote, traduite en français, Paris, 1891 ; cf. la traduction d'Haussoullier {Hautes-Études, 1891).

ront et au besoin obtiendront de force une place dans l'État; comme ils sont exclus des ysy/j et des phratries, on ne pourra leur ouvrir la cité qu'en la transformant. La révolution a été plus ou moins prompte et plus ou moins complète suivant les régions. Mais, partout, l'on observe la même tendance.

Dans la nouvelle organisation, on substitue les divisions territoriales aux divisions ethniques. On classe les citoyens, non plus d'après leur origine, mais d'après leur résidence.

Prenons l'Attique pour exemple. Anciennement, les ylv/] s'y étaient groupés en douze phratries, les phratries en quatre tribus ; de l'union des tribus était née la cité. Au v' siècle, ces vieilles associations n'ont plus qu'une valeur religieuse. L'État, dans ses rapports avec les citoyens, ne connaît que les dêmes, les trente trittyes et les dix tribus locales fondées par Clisthène. Les dèmes sont des districts géographiques ; chacun a ses temples, ses routes, sa police, son agora, son assemblée municipale, ses biens-fonds loués à des fermiers, son chef élu, le démarque, qui administre le canton et tient au courant le registre d'état civil. La trittye, qui comprend plusieurs dèmes, est dirigée par un trittyarque, chargé surtout de faciliter dans son district le recrutement de l'armée de terre et de mer. La tribu, formée par la réunion de trois trittyes, a ses propriétés, son budget, son culte. Chaque année, elle tient une assemblée solennelle à Athènes pour vérifier les comptes, pour élire son prêtre-roi, son trésorier, son chorège, son gymnasiarque. Les dix tribus occupent exactement la même place dans l'État ; elles fournissent un nombre égal de magistrats, de sénateurs, de soldats et de marins ; elles se partagent les impôts. Dèmes, trittyes et tribus sont donc simplement des circonscriptions administratives. L'État respecte leurs libertés municipales, mais y exerce directement ses droits souverains.

Telle est la révolution qui s'accompUt partout en Grèce.

Les anciens groupes ethniques, qui en se combinant et en s'associant avaient créé la cité, ne subsistèrent plus que dans le culte. Pour le classement des citoyens, on ne tint plus compte que du domicile.

D'abord, l'État ne connaît plus que la famille naturelle, composée du père, de la mère, des enfants, des esclaves. Ce groupe de personnes constitue un oiy.oç,

La réunion des olxc. d'une même plaine, d'un même vallon, forme un bourg. C'est le dême de l'Attique, d'Égine, de Milet, de Cos, la ktoina de Rhodes, la kômê de Corcyre, de Lampsaque, de Téos. De même les villes sont divisées en quartiers ou arrondissements : tels sont les dèmes urbains d'Athènes, les pyrges de Téos, les toiies de Ténos. Chaque canton, à la campagne ou en ville, a son chef élu, le démarque, le comarque.

Plusieurs bourgs s'unissent dans une circonscription plus étendue qui joue un rôle important dans l'organisation financière, militaire et maritime. Telles sont les trittijes de l'Attique et de Délos, les triacadcs et les peniécostyes de Cos, les hêratostyes de Byzance, de Lampsaque, de Samos, les chiliastyes d'Éphèse, les symmones de Téos. Chacune de ces circonscriptions nomme son chef, qui veille aux recouvrements d'impôts, au recrutement de l'armée et de la flotte.

La tribu de l'époque historique comprend plusieurs districts administratifs et sert de base à toute l'organisation politique. Dans chaque tribu, on choisit ou l'on tire au sort un nombre égal des principaux magistrats de la cité.

Familles, bourgs, circonscriptions militaires, tribus, voilà désormais les parties constitutives de l'État. Chacun de ces groupes a ses fonctionnaires particuliers, son domaine, son culte, son trésor, ses assemblées où les citoyens se préparent à la vie publique. Toutes ces petites sociétés, qui s'enveloppent les unes les autres, dépendent directement de l'État, tandis que, dans l'organisation primitive, la cité, pour la sau-

vegarde de ses intérêts, dépendait de la bonne volonté et de l'entente des ylv*/], des phratries et des tribus ethniques. Dans cet organisme compliqué de groupes superposés, l'impulsion ne part plus d'en bas, mais d'en haut.

Sauf quelques détails secondaires, tous les Hellènes ont eu une conception identique de l'État. La cité, telle que nous la trouvons constituée au v^ siècle, fixe souverainement les droits et les devoirs de chaque catégorie de citoyens, les soumet tous à une éducation civique, organise le gouvernement et la justice, lève l'impôt, recrute l'armée et la marine, fonde les colonies. Les chefs des bourgs et des tribus ne sont plus que les instruments de l'État.

§ 1". Les divei'ses classes. cV hommes et de citoyens K — Rien de plus varié que la condition des habitants d'un pays grec. Les uns étaient membres de la cité, les autres y étaient tout à fait étrangers. Pour comprendre l'organisation politique, il faut commencer par éliminer tous ceux qui restaient en dehors de l'État.

Une grande partie de la population ne jouissait pas de la liberté personnelle. C'étaient d'abord les esclaves privés, employés comme domestiques dans les maisons, comme garçons de ferme et cultivateurs à la campagne, comme ouvriers dans les mines ou les fabriques. En Attique, on comptait six fois plus d'esclaves que de citoyens. C'étaient principalement des barbares, des Lydiens, des Phrygiens, des Scythes, desCappadociens, des Thraces. Ils se pressaient surtout dans les grandes villes de commerce et d'industrie. Les temples aussi possédaient un nombreux personnel de serviteurs qui remplissaient dans le culte les fonctions subalternes ou cultivaient

1. O. Mûller, les Doriens; Curtius, Peloponnesos : Gilbert, Études sur l'ancienne histoire de Sparte, 1872; Claudio Jannet, les Institutions sociales et le droit civil ci Sparte, 1873 ; Saglio, Dictionnaire des antiquités, article Attica respublica, etc.

le domaine des dieux. Enfin, tous les États avaient des esclaves publics. A Athènes, on les employait comme agents de police ou commis dans les bureaux. On connaît surtout les hilotes de Laconie. A l'origine, on désignait ainsi les prisonniers de guerre saisis dans la ville maritime d'Hélos. Plus tard, on étendit ce nom à tous les esclaves publics de la région. Les hilotes appartenaient à l'Ëtat, qui seul pouvait disposer d'eux. Sparte les enrôlait dans les troupes légères, dans les corps de frondeurs, de lanceurs de javelots, de terrassiers, de rameurs et dans le service d'intendance. Ou bien elle les prêtait aux particuliers, qui ne devaient ni les tuer, ni les vendre au delà des frontières, ni les affranchir. En ce cas, les hilotes n'habitaient pas chez le maître : ils cultivaient les champs qu'on leur assignait et payaient au propriétaire une redevance avec la dîme des récoltes. La loi fixait nettement leurs obhgations et leurs droits. Par leur nombre, ils inspiraient souvent des craintes au gouvernement. Pour les surveiller, on établit un service permanent de gendarmerie, cette krypteia qu'exerçaient tour à tour les jeunes Spartiates. Parfois, on donnait la liberté aux hilotes qui avaient servi comme hoplites dans quelque grand danger public. Il est vrai qu'à la suite de cette faveur, l'État n'hésitait pas toujours à se débarrasser d'eux traîtreusement ; c'est ce qui arriva à tous ceux qui avaient été affranchis pour leur belle conduite dans l'armée de Brasidas. Il y avait un péril permanent pour les cités grecques dans cette énorme population d'esclaves qui peuplaient les maisons privées, les temples, les administrations et les armées de l'État. En bien des régions, le sol fut longtemps cultivé par des serfs de la glèbe. En Attique, le servage fut aboli par la constitution de Solon. Mais, ailleurs, il se maintint pendant toute la période historique. Telle était la condition des Mnôtes de Crète, des Coronéphores de Sicyone, des Gymnètes d'Argos, des Pénestes de Thessalie. Les serfs étaient partout d'anciens habitants du pays, dépossédés par la conquête ; ils ne pou-

vaient être vendus qu'avec la terre et ne devaient au propriétaire qu'une redevance fixe. Ils gardaient le surplus de leur gain et parfois devenaient plus riches que leurs maîtres.

Ailleurs, les populations primitives s'étaient mieux défendues contre les envahisseurs. Elles étaient devenues sujettes, mais en conservant la possession d'une partie du sol. Tels étaient les périèques de Laconie et des contrées limitrophes de la Thessalie propre. Ils étaient restés propriétaires. Et s'ils ne remplissaient aucun rôle dans l'État, ils jouissaient du moins dans leurs bourgs d'une certaine liberté municipale. Ils payaient des impôts, servaient comme hoplites et comme matelots, pouvaient même obtenir des grades dans l'armée. Ils différaient surtout des citoyens en ce qu'ils n'avaient aucune part au gouvernement.

Les étrangers domicihés fournissaient un fort contingent à la population des villes, surtout dans les riches États ioniens. A Athènes, lors d'un recensement fait au iv^ siècle, on n'en compte pas moins de cinquante mille, presque tous occupés d'industrie ou de commerce, A ces étrangers établis à demeure dans une région on donnait divers noms. On les appelait métèques à Athènes, à Argos, à Gnide, à Rhodes; parèqueia, à Ephèse, Ilion, Téos, Thespies ; énèques, à Érétrie, Mykonos, Théra; catèque», à Larissa et Sestos; épùques, à Hiérapytna; syncqiies, à Delphes. Tous ces noms signifient également « ceux qui demeurent avec les citoyens ». Ce sont les étrangers qui habitent un pays depuis longtemps, souvent de père en fils. Ils n'ont aucun des droits civiques. Ils ne peuvent posséder le sol; par suite, tous logent dans des maisons louées. Ils doivent avoir un prostate ou patron qui les représente dans toutes les affaires civiles, commerciales ou religieuses; faute de quoi, ils sont exposés à des peines très sévères ; ils peuvent être vendus comme esclaves. En beaucoup de villes, ils sont justiciables de tribunaux particuliers, présidés à Athènes par le polémarque, à Ephèse, à Médéon et à Rhodes par les juges des

L'ÉTAT. iOI

étrangers. Ils payent les mêmes impôts que les citoyens et, de plus, diverses taxes particulières, surtout la taxe sur les métèques, le métœkion, qui était à Athènes de douze drachmes pour les hommes adultes, de six pour les femmes. Ils doivent le service militaire. Ils assistent aux grandes fêtes officielles, y contribuent de leur argent et y jouent un rôle fixé par la loi. Ils sont astreints à la chorégie et à toutes les charges des citoyens, sans compter certaines liturgies spéciales aux métèques. Pour faciliter le contrôle, l'État inscrit sur un registre distinct tous les étrangers domiciliés.

Souvent la cité améhore la condition de certains métèques qui lui ont rendu quelque service. Par un décret d'isotélie^ elle les dispense de la taxe de séjour et les assimile aux citoyens. Par Yatélie, conférée bien plus rarement, un métèque peut même être exempté d'une partie des impôts et liturgies.

Esclaves privés ou publics, serfs de la glèbe, sujets, métèques et| isotèles, voilà, par ordre d'importance, toutes les personnes qui peuvent demeurer dans un pays grec sans faire partie de l'État. La cité ne comprend que les citoyens.

Encore beaucoup de ces citoyens ne jouent-ils qu'un rôle tout passif. Ils ne participent pas au gouvernement et ne possèdent que les droits civils. A cette catégorie très complexe appartiennent : 1" les affranchh, toujours soumis à la tutelle de leur ancien maître ; 2° les dêmopoiètes, c'est-à-dire les étrangers, les métèques et les esclaves qui ont obtenu droit de cité. A moins de mentions spéciales dans le décret rendu en leur honneur, ils ne peuvent exercer de magistrature ni même voter dans les assemblées ; 3" les iSéodamodes de Sparte, c'està-dire les hilotes affranchis et leurs fils ; A" les Nothes, tous ceux dont le père ou la mère n'était pas citoyen ou originaire d'une ville qui avait l'épigamie ; à Athènes, ils n'héritaient pas de leur père qui pouvait seulement leur léguer mille drachmes; 5" les Parthêmai,^i\%o\i descendants des femmes Spartiates mariées par ordre de l'État à des hilotes affranchis après les guerres

de Messénie ; 6° les Mothaces, fils de Spartiates et de femmes hilotes ; 7° les cadets déshérités dans les pays de droit d'aînesse, par e,xQm^\Q\e?> Hypomeiones de Sparte; $° enfin les citoyens frappés (Vatimie. Cette dégradation civique frappait les débiteurs du trésor, les magistrats qui n'avaient pas rendu leurs comptes, et quiconque avait mal rempli son devoir dans l'armée de terre ou de mer, ou avait maltraité ses parents, ou avait fait trois fois un faux serment. L'atimie entraînait la perte des droits civils, religieux et politiques. L'atimos ne peut ni déposer en justice ni réclamer satisfaction. Il faut un décret du peuple pour lui rendre la plénitude de ses droits. Jusque-là, il reste dans une situation inférieure même à celle des gens qui avaient seulement un droit de cité incomplet.

Les vrais, les seuls membres de l'État étaient les personnes qui avaient le droit de cité complet (£7:iTi[7.iot, Ivii^oi).

Pour figurer dans cette classe, il fallait, à Sparte, appartenir à Taristocratie des Egaux qui comprenait les descendants et héritiers directs des anciens conquérants de Laconie et où l'on avait admis, de loin en loin, quelques individus de condition inférieure. Il fallait aussi posséder une certaine fortune et pouvoir payer sa part des repas publics. A l'origine, il y avait huit à neuf mille Spartiates. Le nombre en diminua de plus en plus. « Sur la place publique, dit Xénophon, on voyait quarante Spartiates sur quatre mille personnes. »

A Athènes était citoyen quiconque était né de parents athéniens et avait été inscrit au registre du dème. On comptait en Attique quinze à vingt mille citoyens adultes ^

De même, dans le reste de la Grèce, la règle générale est que, pour remplir toutes les fonctions civiles, religieuses et pohtiques, il ne suffit pas d'avoir soi-même obtenu le droit de

1. Egger, De l'état civil chez les Athéniens, 1861; Caillemer, la Naturalisation à Athènes, 1880 ; Letronne, Mémoire sur la population de l'Attique {OEuvres choisies de Letronne, IIF série, tome P'') ; Dumont, la Population de V Attique {Journal des Savants, 1871).

cité ; il faut encore l'avoir hérité de ses parents. Pour conserver ses privilèges, il faut s'être acquitté de ses devoirs envers l'État. Les citoyens en possession de tous leurs droits formaient une réelle aristocratie politique.

Aussi l'on dressait avec soin le catalogue de tous les citoyens. De temps en temps on revisait ces listes. Alors ou rayait les métèques et les intrus qui s'étaient fait inscrire par fraude. Pour les punir de ce crime contre l'État, on les vendait comme esclaves. Nous savons qu'à Athènes on revisa le registre civique en lihb , en Û03, en 3Zi6. Au second de ces recensements, l'archonte Euciido exclut et fit vendre cinq mille Nothes indûment inscrits depuis Périclès.

Nulle part, même dans les États les plus démocratiques, les citoyens n'étaient complètement égaux entre eux. Ils étaient partout divisés en plusieurs classes, suivant lesquelles variaient les droits et les obligations de chacun. Dans les oligarchies, la noblesse a seule le pouvoir politique. A Sparte, les Égaux, et jusqu'à Solon les Eupatrides en Attique, étaient seuls membres actifs de l'État. Dans les démocraties, les citoyens sontrépartis entre diverses catégories suivant la fortune. Solon partagea les Athéniens en quatre classes d'après le cens. La première comprenait les penti/cosiomédimnes, c'est-à-dire ceux qui possédaient un revenu de cinq cents médimnes de blé ou d'autres produits, ou bien de cinq cents drachmes. La seconde se composait des chevaliers, qui avaient un revenu de trois cents médimnes ou trois cents drachmes et servaient dans la cavalerie. La troisième classe est celle des Zeugites, qui pouvaient nourrir une paire de bœufs et fournissaient le gros de l'infanterie des hoplites. Dans la quatrième étaient relégués les Thètes, les prolétaires de l'Attique, qui ne payaient pas d'impôt mais n'avaient pas le droit de vote. Les citoyens des trois premières classes prenaient part aux assemblées et aux élections; ceux des deux premières pouvaient être nommés aux magistratures, mais l'archontat était réservé aux pentacosiomé-

dimaes. Le progrès démocratique modifia plus tard les droits et les obligations des diverses catégories de citoyens ; mais le classement subsista toujours. Dans les pays de gouvernement populaire, la fonction publique de chacun dépend de sa fortune, comme dans les aristocraties le privilège de la naissance prime tout le reste.

Le citoyen a partout le droit de posséder la terre, d'ester en justice, de participer au culte, de contracter un mariage légitime. Il a des attributions politiques plus ou moins étendues suivant le pays, l'époque et la fortune de chacun. Dans les démocraties, les citoyens décident toutes les affaires à l'assemblée et composent les tribunaux. Dans les oligarchies, si tous ne peuvent être élus, tous concourent du moins à l'élection de la plupart des magistrats.

Le citoyen doit à l'État l'impôt, le service militaire et diverses liturgies. Il joue un rôle dans les fêtes officielles. Il a des obligations précises envers son dème et sa tribu comme envers la cité. En certains pays, il dépend complètement de l'État. Sparte règle son éducation et sa nourriture, l'oblige à se marier, lui interdit de voyager sans autorisation, fixe tous les détails de sa vie et jusqu'à la forme de son tombeau. La loi exige qu'il assiste à certains repas communs, qu'il fasse partie d'un syssition, d'une table de quinze personnes, où l'on est admis par un vote de tous les convives, et où l'on paye sa quote-part : celui qui ne peut fournir à la table commune un médimne de blé par mois, vingt-huit congés de vin et une portion de fromage perd ses droits civiques. Ailleurs, par exemple à Athènes, l'individu est plus libre dans sa vie privée ; on exige seulement qu'il s'acquitte bien de toutes ses obligations envers l'État.

Mais, pas plus à Athènes qu'à Sparte, les Grecs n'ont conçu •à la façon des modernes la liberté individuelle. La liberté pour eux, c'est la sécurité, le privilège de posséder, d'épouser une citoyenne, de parler en public. Jamais les Hellènes n'ont marqué nettement où s'arrête le droit de l'État, où commence celui de

l'individu. Entre Athènes et Sparte, la différence est dans les mœurs plus que dans la loi. Interrogez les philosophes et les poètes : ils vous diront que le citoyen se doit tout entier à l'État, à sa tribu, à sa phratrie,' à son dème. Ils n'auraient point imaginé qu'après avoir accompli strictement son devoir civique on pût songer à s'abstraire dans une hautaine et solitaire indépendance. Le citoyen n'était rien sans l'État; il était tout par la cité et pour la cité.

§ 2. L'éducation du citoyen^. — L'idée que les Grecs se faisaient du citoyen les entraîna partout à organiser une éducation publique. Cette éducation se proposait uniquement de préparer les futurs membres de l'État à leurs fonctions civiques. Le principe est toujours le même, mais l'application varie suivant les régions. A Sparte, l'éducation s'étend à presque toute la vie. A Athènes et dans la plupart des villes, elle prend seulement quelques années.

L'éducation d'un Hellène se divise en trois périodes . Il faut distinguer listes enfants (7:atOcç); 2° les adolescents (à^ÉvEtoi, è'cprjêoO; 3° les jeunes gens (v£ot).

Les divers peuples grecs entendaient d'une façon assez différente l'action de l'État sur l'enfant.

La constitution athénienne laissait aux familles le soin d'élever le fils jusqu'à dix-sept ans révolus. Mais on devait lui apprendre à lire et à nager, et lui faire suivre les exercices d'une palestre. Dans les familles pauvres, le père devait donner à ses fils un métier, les mettre en situation de gagner leur vie par l'agriculture, l'industrie ou le commerce. Pour les enfants de la bourgeoisie, les magistrats recommandaient l'étude des

1. Eggcr, Éducation chez les Grecs; Cramer, Éducation dans l'antiquité, 1868; Dumont, E^sai sur l'éphébie atlique, 1876 ; CoUignon, De collcgiis epheborum, iSlS ; les Collèges de Néoi dans les cités grecques (Ann. de la Faculté de Bordeaux, 1880); Mahaffy, Greek éducation, 1881 ; Schmidt, Geschichte der Erziehung, 1884; P. Girard. Éducation athénienne aux v" et iv" siècles. 1889-1891.

auteurs, la musique, l'équitation, la chasse. Pour constater que les enfants recevaient au moins le minimum d'éducation exigé par la loi, on leur faisait subir un examen annuel. Le troisième jour de la fête des Apaturies, le père amenait ses fils au bureau de la phratrie : là, on leur faisait débiter des Fragments de poésie, on jugeait de leurs progrès et l'on distribuait des prix aux plus avancés. Nous connaissons au Pirée un collège de Mellèphèhes, composé d'enfants qui étaient à la veille de devenir éphèbes. Mais c'est là sans doute une association volontaire. A l'examen annuel se bornait l'intervention de la cité athénienne dans la première éducation.

A Sparte, au contraire, l'État s'occupe de l'enfant dès sa naissance. Il le fait examiner par une commission. On l'expose sur le Taygète, s'il est mal constitué. S'il est solide, on le laisse pour quelque temps aux mains des femmes. A sept ans commence l'éducation publique. Le paedonome réunit les enfants du même âge en groupes (iXai). Plusieurs groupes forment une classe (àyiXa ou Boua). A la tête des petits détachements on place un ilarque, un bouagor : ce sont des moniteurs élus par les enfants parmi leurs camarades plus âgés. Les chefs de groupe et de classe dirigent les exercices sous la surveillance du paedonome et des bidéens assistés de mastigophores ou fouettards. Jusqu'à douze ans, le jeune Spartiate porte un chiton, toujours le môme. Depuis douze ans il revêt un tribon ou manteau court. 11 couche sur un lit de roseaux. L'éducation comprend des exercices violents, la gymnastique, la lutte, la pyrrhique, le jeu de balle, une instruction très élémentaire et la musique. Tous les quinze jours on passe une inspection, et l'on punit les enfants trop gras. Les filles sont soumises à un régime analogue. Comme les garçons, elles sont réparties en groupes et en classes. Elles reçoivent la même éducation, jusqu'au jour où on les marie. Elles sont vêtues d'une tunique sans manches, fendue de côté, qui descend seulement jusqu'aux genoux.

Dans les autres pays grecs, l'État intervient de même dans la première éducation, soit simplement pour la contrôler -comme à Athènes, soit pour la régler dans tous les détails comme à Sparte. Dans les villes de Crète, un paedonome est chargé de surveiller les enfants. A Smyrne, on nomme en outre un magistrat spécial pour les jeunes filles ^ D'ordinaire, les gymnases où se donne l'éducation sont fondés et entretenus par l'État ou le bourg.

Mais souvent des particuliers viennent en aide à la commune : un citoyen de Gythion donne à la ville une somme de huit mille drachmes, dont les intérêts serviront à payer l'huile pour le gymnase. Nous connaissons aussi des donations particulières affectées à la fondation de véritables collèges. Tel est le legs de Polythroos à la cité de Téos, qui nous fait connaître toute l'organisation d'un gymnase sur les côtes d'Asie Mineure

vers la fm du iv® siècle-. Le gymnasiarque ou directeur du collège est élu par le peuple pour un temps fixe. Il est assisté d'un paedonome, qui surveille les travaux des élèves et reçoit les réclamations des professeurs. C'est aussi le paedonome qui désigne les jeunes filles destinées à figurer dans les fêtes : car dans ce collège on donne l'éducation aux filles comme aux garçons. Le personnel enseignant comprend : 1° trois grammairiens, nommés chaque année par le peuple. Le maître

Intérieur depalostre: Exercices des éphobes.

(Peinture de vase.)

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