‹ La Grèce avant AlexandreChapitre 23 sur 44 · Telfy, Corpus juris attici · texte numérisé non relu

Telfy, Corpus juris attici

4iO LA GRÈCE AVANT ALEXANDRE.

l'avait embellie de promenades, de bosquets et d'aqueducs; on y rencontrait, à chaque pas, des autels et des chapelles. Le Lycée était situé à l'est d'Athènes, au bord de l'Ilissos, près du temple d'Apollon Lykeios ; il fut décoré successivement par Pisistrate, Périclès et Lycurgue. Le Cynosarge était voisin d'un sanctuaire d'Héraklès; la légende n'était point embarrassée pour en expliquer le nom bizarre : un chien blanc (x'jwv àoyôi) y avait dévoré une part de l'offrande pendant le premier sacrifice offert au héros. Plus tard, Athènes s'enrichit de deux nouveaux gymnases, le Ptolémaion et le Diogéneion, dont on visite encore les ruines. Mais c'est au Cynosarge, au Lycée ou à l'Académie que se sont formés tous les grands citoyens d'Athènes. Au miheu de ces vastes parcs, autour de cours intérieures, s'alignaient des portiques et des salles. Sur les esplanades, on s'exerçait au saut et à la course ; on luttait dans les galeries. Chaque salle avait une destination fixée. On traversait successivement le vestiaire (apodytérion), l'élaeothésion où l'on se frottait d'huile, le conistérion où l'on ramassait de la poussière, le bain (balaneion), l'étuve (pyriatérion). Ailleurs on voyait le jeu de paume (sphaeristérion), les salles de cours pour l'enseignement des lettres et de la musique, les bibliothèques, les galeries de tableaux, l'éphébéion où se réunissaient les éphèbes. Le long des avenues et sur de hauts promenoirs, au miheu des statues de dieux et de héros, près des bustes de maîtres et des portraits d'Hermès, le patron des gymnases, circulaient sans cesse les éphèbes, leurs professeurs et beaucoup de citoyens qui se plaisaient dans ces sanctuaires vivants de la jeunesse. Aux gymnases se donnait l'éducation la plus complète. On y apprenait à courir, à lutter, à sauter, à monter à cheval, à manier le disque, le javelot et l'épée, à manœuvrer en pelotons par files et par rangs, à jouer de la lyre et de la cithare, à exécuter une poésie lyrique. On y étudiait Homère et Hésiode, les gnomiques, les tragiques, les Histoires d'Hérodote. Nous connaissons, par un document

découvert au Pirée*, le catalogue d'une bibliothèque de gymnase ; on y voit mentionnées des pièces de Sophocle, d'Euripide, de Ménandre, de Diphile. Et les éphèbes trouvaient encore le temps d'écouter Socrate dans les carrefours, d'aller prendre des leçons de beau langage chez Isocrate ou d'autres rhéteurs. Anciennement c'était l'Aréopage lui-même qui dirigeait réducation publique des jeunes Athéniens. Plus tard ils furent placés sous la surveillance de magistrats particuliers qu'on appelait les épimélètes des éphèbes ; on rencontre aussi à la même époque un épistate de l'Académie, un épimélète et un prostate du Lycée-. A la fin du iv^ siècle apparaissent dans les gymnases les Sophronistes, les Gosmètes, les Hypocosmètes, tous ces maîtres que mentionnent aux siècles suivants tant de documents attiques. Souvent, en l'honneur de leurs professeurs, les éphèbes consacraient en commun quelque monument. Car ces jeunes gens formaient une association amicale, bruyante aux jours des fêtes scolaires, aux Herméia ou aux Mouséia. Et les éphèbes ne se séparaient pas sans avoir fait graver sur un mur ou une table de marbre la liste complète de leur promotion, un décret de remerciement ou d'éloge pour un maître vénéré. Les exercices du gymnase occupaient toute la première année. Au commencement de la seconde, les éphèbes défilaient en bon ordre devant le peuple avec le bouclier et la lance, en chlamyde, coiffés du pétasos. On les inscrivait sur le registre militaire. En cas de guerre, ils partaient à l'appel du stratège. En temps de paix, on les rompait à leur métier de soldats par une série d'exercices et de promenades militaires ; on les envoyait même tenir garnison pendant plusieurs mois dans les places fortes de l'Attique. A la fin de cette seconde année, ils étaient passés en revue par le sénat et les magistrats. Dès qu'ils sortaient de l'éphébie, ils jouis-

i. Archœologische Zeitung, VI, 105; C. I. A., II, 992.

2. Dinarque, Contre Philoclès, 15; Hypéride, Contre Démosthène, 20; C. /. G., 466.'

saient de tous leurs droits de citoyens ; ils votaient dans l'assemblée, ils pouvaient être élus aux fonctions pour lesquelles la loi n'exigeait pas un minimum d'âge.

L'éphébie est organisée dans tous les pays grecs comme à Athènes ou à Sparte. Partout l'éducation civique proprement dite dure depuis dix-huit jusqu'à vingt ans. Elle est dirigée par des magistrats spéciaux : tel est le gymnasiarque à Iulis de Géos, à Sestos, à Téos. Dans tout le monde grec, l'État s'empare du jeune homme à sa majorité, pour le préparer à son rôle de citoyen.

Dans la plupart des cités, l'éducation publique se terminait avec l'éphébie. En quelques endroits, cependant, elle se prolongeait encore quelques années, soit par la volonté expresse de la loi, soit par l'association des anciens camarades d'éphébie. C'est comme une troisième éducation, destinée aux vioi, c'est-à-dire aux jeunes gens de plus de vingt ans.

A Sparte, le noviciat continue longtemps encore. Les hommes de vingt à trente ans forment, dans l'armée, des compagnies (ïirènes ou iranes. Ils sont divisés en deux catégories. Jusqu'à vingt-cinq ans, on est dans les prati'res; depuis cet âge, dans les sphaeres. C'est à trente ans seulement qu'un Spartiate devient vraiment citoyen.

En beaucoup de villes, des collèges de vioi, composés des jeunes gens de vingt à vingt-deux ans, achèvent l'éducation commencée pendant l'éphébie. Nous connaissons des corporations de ce genre à Chios, à Cyzique, à Éphèse, à Pergame, à Sestos et en bien d'autres pays. Ces collèges avaient leurs gymnases et leurs bains particuhers; ils réglaient leurs affaires dans un conseil et une assemblée commune.

Ainsi, dans tous les pays grecs, le futur citoyen est soumis à une éducation civique pendant deux ans. Là se borne presque, à Athènes et dans quelques cités, l'intervention de l'État. Mais ailleurs ce régime commence dès l'enfance et se

prolonge même au delà de l'éphébie. Après ce long noviciat minutieusement réglé et observé dans tous les détails, l'Etat avait des chances d'être bien servi.

§ 3. Le gouvernement. — Si l'on apportait tant de soin à l'éducation civique, c'est que chaque citoyen devait jouer un rôle actif dans l'État. Dans la vie politique des cités, la tyrannie n'a été qu'un accident, et les rois eux-mêmes, à Sparte comme dans les sociétés héroïques, n'étaient que les premiers entre leurs pairs. Les Hellènes n'ont vraiment compris qu'une forme de gouvernement : la forme républicaine. Le pouvoir législatif est exercé directement par l'assemblée commune et un sénat élu ; le pouvoir exécutif par des magistrats responsables. Tantôt le sénat, recruté dans des familles privilégiées, exerce une autorité prépondérante, et les fonctions publiques sont réservées à une sorte de caste poUtique : c'est le système oligarchique, longtemps en faveur chez les populations éoliennes et doriennes. Tantôt l'assemblée populaire est souveraine, le sénat n'en est qu'une sorte de commission permanente, et les magistratures sont partagées entre un certain nombre de délégués responsables et révocables, nommés pour un an au plus : c'est le système démocratique, vers lequel inclinèrent promptement la plupart des pays ioniens. Dans ces deux méthodes de gouvernement varie l'importance relative des éléments politiques, mais partout ces éléments sont les mêmes.

Assemblées et magistrats ont avant tout la garde de la constitution^ Dès le vif siècle, les classes inférieures réclamèrent contre l'arbitraire des rois et des nobles; dès le Yi^ siècle, elles avaient obtenu partout des lois écrites. On attribuait ce travail de rédaction à des législateurs, légendaires ou non, choisis d'un commun accord par les partis

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