Plutarque, De la curiosité, 7; Stobée, Florileg., II
En 378, on adopta le système des symmories où les citoyens étaient classés d'après leur fortune. Depuis l'année 361, les trois cents citoyens de la première symmorie durent payer d'avance toute la taxe (-pottcoopà), sauf à recueillir ensuite les contributions des autres. Les stratèges fixaient la part de chaque groupe. Mais on ne recourait à cette mesure exceptionnelle qu'en cas de nécessité publique.
Le compte des dépenses n'était ni moins considérable ni moins varié. Service du culte, sacrifices, fêtes, réparation des temples; solde des troupes, entretien du matériel de guerre, constructions navales ; ambassades, salaires des employés subalternes ; achat d'esclaves publics ; secours aux orpheHns ; statues honorifiques, décrets du Sénat et du peuple, registres des magistrats : voilà les principales charges ordinaires qui incombaient aux finances de l'État. Dans les démocraties il y faut joindre le salaire des sénateurs et des juges, les distributions de blé, l'indemnité accordée aux citoyens les jours d'assemblée ou de représentation dramatique. Tout cela absorbait aisément les revenus ordinaires.
En plusieurs pays, par exemple à Athènes et dans l'ionie, les charges de l'État étaient allégées par une institution qui imposait en grande partie aux plus riches citoyens l'entretien de divers services publics. C'est ce qu'on appelait les liturgies. Les plus importantes étaient : 1" la chorégie. C'était l'obHgation de préparer et de payer, au nom de sa tribu, un chœur destiné aux représentations théâtrales. Longtemps une seule personne en fit tous les frais. En Attique, depuis la guerre du Péloponèse, la loi autorisa deux citoyens de la même tribu à s'associer pour la dépense ; 2" la gymnasiarquie. Cette liturgie consistait à organiser certains jeux, comme les courses aux flambeaux des Panathénées, à inspecter les écoles, à fournir l'huile et la nourriture pour les concurrents; 3° Vhestiasis, c'est-à-dire la charge de préparer le repas commun d'une tribu; Zi" la triêrarchie, qui consistait à équiper un vaisseau de guerre.
Toutes ces liturgies étaient obligatoires pour qui possédait plus de trois talents; on n'exemptait que les orphelins. Des charges analogues étaient imposées aux étrangers domiciliés. Mais on ne pouvait être liturge plus d'une année sur deux. Un règlement particulier, appelé Vantidosis, autorisait un citoyen menacé d'une hturgie à sommer un autre citoyen plus riche d'accepter cette charge ou d'échanger avec lui ses biens; si l'autre refusait, les deux fortunes étaient provisoirement séquestrées, jusqu'au moment où un tribunal imposait la liturgie à l'un des deux contestants.
Souvent des dépenses extraordinaires venaient troubler l'économie du budget : on devait payer les frais de quelque construction officielle, d'une expédition militaire ou maritime. Pour couvrir ces dépenses anormales, les souscriptions volontaires et la taxe sur le revenu ne suffisaient pas toujours. Il fallait alors recourir soit à un trésor d'État, soit à l'emprunt, soit au monopole, soit à la monnaie fiduciaire. Athènes, au temps de Périclès, s'était constitué, avec les tributs des alHés et la plus-value des recettes, un riche trésor de guerre, précieuse réserve en cas de crise. La ville de Mendé, en Thrace, arrivait au même résultat par un autre système : elle ne réclamait pas régulièrement les sommes dues par les fermiers de l'État ; en cas de besoin, elle encaissait tout l'arriéré, mais sans exiger d'intérêt. Souvent les cités grecques contractaient des emprunts. Quand on avait la chance d'avoir pour compatriote un dieu assez riche, on s'adressait naturellement à lui : bien des fois Athêna du Parthénon prêta de l'argent aux Athéniens, qui toujours la remboursèrent scrupuleusement, capital et intérêts. Les autres États, moins bien pourvus chez eux, avaient la ressource de solliciter l'appui des banques annexées aux sanctuaires internationaux de Delphes, d'Olympie, de Délos. Ou bien l'on faisait appel aux citoyens. Nous connaissons des exemples d'emprunt libre à Guide, à Syracuse ; d'emprunt forcé à Téos. En ce cas l'État donnait à ses créanciers
hypothèque sur une partie de ses domaines ou de ses revenus, Kymé sur ses portiques, Lampsaque sur son acropole. Parfois encore la cité se procurait de l'argent en établissant un monopole; c'est ce qui arriva à Byzance, à Lampsaque, à Sélymbria. Enfin l'on imagina parfois d'émettre une monnaie fiduciaire analogue à notre papier-monnaie. Ainsi Clazomène, pressée d'argent, émit un jour vingt talents en espèces de fer, avec cours forcé sur son territoire : elle en fut quitte pour racheter peu à peu toutes ces pièces. Monnaie fiduciaire, monopoles, emprunts, trésors d'État, impôt sur le revenu et souscriptions publiques, tels sont les divers moyens imaginés par les États grecs pour parer aux dépenses extraordinaires et rétablir l'équilibre de leur budget.
Les officiers de finances, partout très nombreux, constituaient en général des collèges distincts, composés chacun de dix membres désignés par le sort.
Les Polètes à Cos, à Halicarnasse, à Rhodes, comme en Attique, avaient pour mission de signer les contrats avec les fermiers publics, avec les locataires des mines et des domaines de l'État. Ils vendaient par adjudication les biens confisqués. Après l'expulsion des Trente, en Attique, on leur adjoignit des Syllogues et des Syndics, chargés les uns de dresser la liste des propriétés à saisir, les autres d'en poursuivre légalement la confiscation.
Les Practores, à Athènes, à los, à Sikinos, à Stiris, à Ténos, percevaient les amendes. On plaçait souvent à côté d'eux des Zêtêtes ou Enquêteurs qui recherchaient les débiteurs de l'État et faisaient rentrer les arriérés.
Les Épimélètes des liturgies veillaient à ce que les citoyens riches remplissent bien tous leurs devoirs envers l'État.
Les Eclogues recouvraient la taxe sur le revenu, dont les Épigraphes dressaient les rôles.
Athènes nommait encore des Épiscopes qui inspect^aient les États tributaires. Les Hellénotames, qui percevaient les
contributions des alliés, avaient d'abord été les trésoriers de la confédération de Délos; depuis hbli^ ils devinrent des fonctionnaires athéniens.
Tous ces commissaires étaient assistés de greffiers et de contrôleurs, généralement des esclaves publics, qui formaient leurs bureaux. En présence du Sénat, ils remettaient l'argent encaissé aux chefs de l'administration centrale, qui le versaient au trésor public. A Athènes, le trésor était placé dans l'opisthodome du Parthénon, sous la garde des trésoriers d'Athêna, qui géraient en même temps les biens de la déesse. En beaucoup de cités existaient aussi des caisses spéciales, affectées à tel ou tel service : à Rhodes, c'était la caisse des décrets; à Athènes, au milieu du iv' siècle, la caisse militaire, où Démosthène fit verser les excédents de recettes attribués auparavant à la caisse du théâtre.
Les chefs de l'administration centrale avaient d'abord été, en Attique, les dix Colacrètes. Depuis le milieu du v'' siècle, ces magistrats n'eurent plus d'autres fonctions que la préparation des sacrifices et le paiement des juges. Gomme directeurs des finances athéniennes, ils furent remplacés par les dix Apodectes, qui encaissaient toutes les recettes de l'État et remettaient des fonds aux diverses administrations. Au milieu du iv^ siècle on trouve à la tête de tous les services financiers un magistrat unique, nommé à l'élection pour quatre ans : c'est le trésorier de l'administration, appelé aussi l'administrateur du trésor ou l'intendant des revenus publics. Cette charge considérable a été occupée longtemps par EubuleetLycurgue.
Partout le sénat contrôlait la comptabilité : à Téos, le trésorier général montrait ses registres tous les mois. En sortant de charge, tout officier de finances devait rendre des comptes. Pour cela il comparaissait devant des collèges de magistrats enquêteurs. Tels étaient les Euthynes d'Athènes et de Téos, chargés des calculs préliminaires, les Logistes d'Athènes, de Délos, d'Éphèse, d'Érétrie, de Ténos,
OU les Katoptes de Béotie, ou les Synégores d'Iasos, ou les Exétastes de Chios, de Guide, d'Halicarnasse et de Smyrne, qui revisaient tous les détails et dénonçaient les abus. Les procès-verbaux des redditions de comptes, comme tous les autres documents officiels, inventaires, baux, fermages, étaient autant de garanties pour les finances de l'État.
§6, L'armée^. — Tout État autonome a son armée. Chaque citoyen doit le service personnel pendant presque toute sa vie, généralement de dix-huit à soixante ans. 11 est enrôlé dans tel ou tel corps, suivant sa fortune et la classe politique à laquelle il appartient. 11 doit l'impôt de guerre, proportionnel à son revenu. S'il est riche, il est tenu de plus à certaines liturgies militaires. Les étrangers domiciliés dans un pays sont soumis au recrutement et d'ordinaire placés dans des corps spéciaux. Souvent l'État enrôle des esclaves, des mercenaires. Mais, à l'origine et en principe, l'armée comprend avant tout les citoyens.
L'infanterie des hoplites, la cavalerie, divers corps de troupes légères ou d'auxiliaires : voilà les éléments d'une armée grecque aux y'' et iv® siècles. Mais les cités ne sont arrivées que peu à peu à cette organisation complète. Par toute la Grèce, on a imité les institutions militaires des deux grands États qui ont joué le rôle prépondérant dans l'histoire delà race, Sparte et Athènes.
Sparte fut la première cité qui constitua une grande puissance militaire. Tout y était subordonné à l'armée. A sept ans commençait l'apprentissage; à dix-huit, on devenait mellirène ou aspirant-soldat; de vingt à trente, on était enrôlé dans les iranes. Jusqu'à soixante ans on appartenait à l'armée
1. Rûstow und Kochly, Geschichte der griechischen Kriegsicesens, 185-2; H. Dro\sen, Die griechischen Kriegsalterthitmer, 1889; Vollbrecht, Excurse uber das Heerwesen der Sôldner bei Xenophon, 1881; Hauveite-Besnault, les Stratèges athéniens, 1884; A. Martin, les Cavaliers athéniens, 1886. Cf. Dict. des antiquités, article Exercitus.
active ; mais, dans chaque division, les dernières compagnies comprenaient les hommes les plus âgés et formaient une réserve convoquée seulement en cas de besoin. Depuis sa vingtième année, chaque Spartiate devait se faire admettre dans un des groupes de citoyens, composés de quinze membres environ, qu'on appelait àvopsta ou cpiSiTta, et prendre part aux repas de corps. L'armée était commandée par les rois. Elle se divisait en six mores; les mores, en loches d'un effectif nominal de cinq cents hommes ; le loche, en pentécostyes, compagnies de cinquante hommes ; la pentécostye, en énomoties. Chaque more était menée par un polémarque, chaque loche par un lochage, chaque pentécostye par un pentécostère, chaque énomotie par un énomotarque. Suivant qu'on levait toute l'armée ou seulement quelques classes, chacun des six régiments Spartiates renfermait plus ou moins de subdivisions : c'est la raison des divergences qu'on observe entre les historiens qui nous donnent l'effectif des diverses armées de Sparte. Dans chaque more, on enrôlait aussi des périèques. Parfois avec des hilotes on constituait une sorte d'infanterie légère. Mais l'armée proprement dite ne se composait que d'hoplites. Trois cents cavaliers (luxEtç), commandés par deux hippagrètes, formaient la garde des rois ; mais, malgré leur nom, ils servaient d'ordinaire à pied. Depuis /i2/i, Lacédémone eut une véritable cavalerie. Les chevaux étaient fournis par les citoyens riches et montés par ceux que désignaient les officiers. On équipa d'abord quatre cents cavaliers, plus tard six cents : ils étaient divisés en six mores, dont chacune était jointe à une more d'infanterie et commandée par un hipparmoste. Les chefs des garnisons Spartiates en Laconie et à l'étranger portaient le nom d'harmostes. A vrai dire, les Lacédémoniens ne faisaient presque aucun usage de la cavalerie et des troupes légères; ils n'ont développé que la grosse infanterie des hoplites.
L'exemple de Sparte entraîna les autres États à constituer
régulièrement leurs forces] militaires. Pour cela ils ne crurent pas nécessaire de tenir, comme Lacédémone, les cadres complets même en temps de paix. Après deux ans de service, l'éducation guerrière une fois terminée, les citoyens rentraient dans la vie civile, mais ils restaient presque toute leur vie à la disposition de l'État. Tel fut le système athénien.
Le chef de toute l'administration mihtaire en Attique était anciennement le polémarque. Plus tard, ce magistrat conserva seulement des attributions rehgieuses, judiciaires et honorifiques ; il n'intervint même plus dans les choses de l'armée, sauf en ce qui concernait les étrangers. Du polémarque héritèrent les dix stratèges, institués par CHsthène, élus par le peuple, un par tribu, nommés pour un an, mais indéfiniment rééligibles. Ils devinrent au iv" siècle les magistrats les plus importants d'Athènes, ils avaient la garde des fortifications, de la marine, du matériel de guerre. Ils levaient les taxes militaires, ils enrôlaient soldats et matelots, présidaient les tribunaux pour toutes les affaires relatives à l'armée. Ils négociaient et signaient les traités. Ils pouvaient requérir les prytanes de
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Soldat grec.
Stèle trouvée à Vélanidéza en Attique.
convoquer l'assemblée. Longtemps ils commandèrent les troupes à tour de rôle pendant un jour; mais plus tard on n'envoya plus en campagne que deux ou trois stratèges, et souvent le peuple désignait parmi eux le généralissime. Assistés des dix taxiarques pour l'infanterie, des deux hipparques et des dix phylarques pour la cavalerie, ils enrôlaient et conduisaient l'armée, décidaient toutes les questions d'organisation, d'approvisionnements, de justice militaire.
Les Athéniens doivent le service de dix-huit à soixante ans, depuis l'inscription sur le registre du dème qui leur a conféré les droits civiques. De dix-huit à vingt ans, ils sont soumis à l'éducation éphébique. De vingt à quarante, ils appartiennent à l'armée active; de quarante à soixante, à l'armée territoriale. Mais ils ne sont appelés qu'en raison des besoins de l'État. Le recrutement a pour base l'organisation politique de Solon et Glisthène. Les soldats d'une môme tribu sont enrôlés dans une même compagnie. Suivant sa fortune, on sert dans telle ou telle arme. Les personnes les plus riches sont inscrites dans la cavalerie; les autres citoyens des trois premières classes censitaires, dans l'infanterie des hoplites; les pauvres gens de la quatrième classe, les thètes, dans les troupes légères ou la marine. Dans chaque tribu, le taxiarque tient registre des citoyens qui peuvent être appelés comme hoplites; le phylarque, des cavaliers; d'autres officiers, des thètes; le polémarque, des étrangers. Chacun de ces catalogues est transcrit sur des planches blanchies à la craie. Les hommes qu'atteint la loi militaire y sont partagés en quarantehuit contingents. Chaque contingent comprend les citoyens de la tribus inscrit la même année à l'état civil des dèmes, et est désigné par le nom de l'archonte sous lequel s'est faite l'inscription. Un décret du peuple ordonne-t-il l'appel d'un ou plusieurs contingents, les stratèges, assistés des officiers de la tribu, procèdent à l'enrôlement des classes, en commençant par les hommes les plus jeunes, ceux qui sortent de l'éphébie.
Sont exempts les sénateurs de l'année, les fermiers de l'impôt, les choreutes des Dionysiaques, les triérarques, et souvent les marchands de blé.
La plupart des citoyens des trois premières classes censi-
Cuirasse grecque trouvée dans le Ht de TAlphée.
taires, c'est-à-dire la partie la plus riche et la plus influente de la population, servaient dans la grosse infanterie des hoplites, organisée sur le modèle de Sparte. Chaque hoplite devait s'équiper lui-même. Il portait une tunique couleur de pourpre ; un casque de cuir ou de métal; une cuirasse formée de deux fortes
plaques d'airain qui couvraient le dos et la poitrine, et que maintenaient des épaulières et une ceinture; des jambières en métal doublé de cuir; un bouclier ovale en peaux de bœuf superposées, suspendu au cou par un baudrier et muni d'une poignée où passait la main gauche; une lance, longue de deux mètres, à deux pointes; un poignard et un couteau à la ceinture; une épée droite à deux tranchants. Cette armure complète pouvait peser environ trente-cinq kilogrammes. Aussi l'hoplite devait-il entretenir un valet qui, pendant la marche, portait ses armes ou les surveillait dans les fourgons. Les hoplites constituaient la force principale de l'armée athénienne, comme de toutes les armées nationales des cités grecques. Au commencement de la guerre du Péloponèse, Athènes put réunir jusqu'à vingt-neuf mille hophtes. Tous ceux d'une même tribu formaient une taxis, commandée par un taxiarque élu. La taxis se divisait en loches, dirigés par des lochages que nommaient les stratèges. Les lochages avaient sous leurs ordres les dècadarqiies et les pempadarqiies, qui conduisaient dix et cinq hommes.
En dehors de ses corps d'hoplites, Athènes entretint de bonne heure une troupe de mille archers scythes, commandés par des toxarques et chargés de la police. Plus tard, on adjoignit fréquemment à l'armée régulière des corps d'archers, de frondeurs, de lanceurs de javelots; enfin, au commencement du iv^ siècle, des corps de peltastes qui, pour l'armement, tenaient à la fois des hoplites et des troupes légères. Dans ces compagnies auxiliaires on enrôlait des thètes, des métèques, parfois des esclaves, surtout des mercenaires. Leurs officiers avaient les mêmes titres et les mêmes grades que ceux des hoplites ; quelquefois ils étaient commandés par un stratège non citoyen, assimilé aux autres stratèges. Enfin au iv^ siècle apparaissent des armées uniquement composées de mercenaires.
C'est Solon, sans doute, qui créa le corps militaire des cavaliers, correspondant à la classe pohtique des \z,TSrfi. Chacune des quarante-huit circonscriptions administratives, ou naucra-
ries, dut fournir deux cavaliers. Il n'y en avait donc d'abord que quatre-vingt-seize. A la suite de la réforme de Clisthène, qui porta de quarante-huit à cinquante le nombre des naucraries, on compta cent cavaliers. Évidemment cette troupe ne pouvait avoir aucune importance militaire. Après les guerres médiques, Athènes eut trois cents, puis six cents cavaliers. Entre lihb et Ù38, elle réorganisa ce corps, qui comprit désormais mille citoyens, plus deux cents étrangers enrôlés comme archers à cheval. Le service dans la cavalerie est une liturgie militaire, analogue à la triérarchie ; il est dû par les citoyens des deux premières classes, comme la triérarchie par ceux de la première. Les officiers, élus pour un an, tiennent les effectifs au complet. Les citoyens non valides se font remplacer par un citoyen pauvre de leur dème, dont ils payent l'équipement. Le conseil des Cinq-Cents passe l'inspection de l'homme et du cheval. L'armement réglementaire du cavalier se compose d'une cuirasse d'airain, protégée par une cotte de mailles, d'une ceinture à frange de métal, de brassards, de cuissards et de jambières en cuir, d'un casque, d'une épée droite, d'une lance plus mince que celle des hoplites. On monte sans étriers un cheval bien sanglé, muni d'une couverture, d'un mors, de rênes, d'un licou pour le bivouac, d'un frontal, d'un pectoral et d'une cuirasse sur les flancs, jamais ferré, mais aux sabots durcis par l'exercice.
Revue des cavaliers athéniens.
D'après une coupe du musée de Berlin.
A son entrée au service, le cavalier reçoit une indemnité en argent pour se monter et s'équiper; de plus, il touche chaque année une somme fixe pour la nourriture de son cheval. Il doit s'entretenir, lui et sa monture, et il reste toujours sous la surveillance du Sénat. La cavalerie dépend des stratèges, comme les autres corps; elle a pour officiers spéciaux les deux hipparques, élus chaque année, les dix phylarques, dont chacun dirige le contingent d'une tribu et transmet les ordres à dix décadarques. Depuis l'alliance conclue par les Pisistratides avec laThessalie, et souvent renouvelée aux siècles suivants, on trouve d'ordinaire, en Attique, un corps de cavaliers thessaliens. Les ïxTz/jç défilent solennellement dans toutes les grandes processions; ils jouent un rôle très actif aux jeux des Théseia et des Panathénées. En campagne, ils servent surtout à porter des ordres et à reconnaître le pays ; ils n'agissent pas isolément.
Cavalerie, troupes légères et hoplites, tout cela constituait une puissance militaire considérable pour l'époque. Pendant la guerre du Péloponèse, Athènes met en ligne une armée active de 13,000 hoplites, 1,600 archers à pied, 1,000 cavaliers citoyens, 200 archers à cheval, et une armée territoriale de 16,000 hommes, où l'on enrôlait les citoyens de quarante à soixante ans, les éphèbes et les métèques, pour le service des places fortes.
Périclès fit étabhr, pour l'armée, une solde réguhère ((xicrGoç), payable jusqu'au bout delà cessation du service effectif. Cette solde était de deux oboles pour un fantassin, de six pour un cavalier. De plus, chaque soldat recevait des frais de subsistances (ar/^plcriov, gItoç) et une indemnité supplémentaire, l'hoplite pour son valet, le cavalier pour son cheval. En tout, un hoplite touchait par jour de quatre oboles à une drachme; un cavalier touchait le double, quelquefois le triple ou le quadruple. En effet, la solde variait suivant les circonstances. Au début de la guerre du Péloponèse, on augmenta l'indemnité accordée aux citoyens qu'on envoyait en expédi-
tion lointaine ; on donna jusqu'à deux drachmes par jour à un hoplite. Ce salaire était élevé, surtout si l'on considère la valeur de l'argent à cette époque et le bon marché des choses nécessaires à la vie. On dut réduire la solde. Mais la dépense resta toujours très lourde. Dès qu'une expédition était commencée, il fallait prélever la taxe sur le revenu; dans la troisième année de la guerre du Péloponèse, on imposa de deux cents talents les citoyens des trois premières classes. Plus tard, on institua une caisse spéciale, administrée par le trésorier des fonds militaires : Démosthène fit décider qu'on y verserait, en temps de paix, tous les excédents de recettes.
Les fautes légères étaient punies par les officiers. Mais il n'était pas toujours facile de conduire ces citoyens, habitués à diriger l'État dans l'assemblée et à élire tous les magistrats. Les manquements graves à la disciphne étaient châtiés après la campagne. On intentait au délinquant une action criminelle, soit pour n'avoir pas répondu à l'appel, soit pour désertion, soit pour lâcheté (ypa^-^ ào-xpaTsiaç, At-OTaHtou, oiiki'xç). Le stratège instruisait l'affaire et en saisissait l'assemblée, qui renvoyait le coupable devant un jury composé de ses compagnons d'armes et présidé par un officier. La condamnation entraînait la perte des droits civiques.
Athènes savait honorer ses morts. On dressait exactement le catalogue des citoyens tombés au champ d'honneur : tel est le fameux marbre de Nointel où se lisent les noms des Athéniens tués, en divers pays, dans l'année hbS. L'État célébrait solennellement les funérailles des guerriers morts pour la patrie. Trois jours avant la cérémonie, les ossements étaient exposés sous une tente et l'on apportait les présents funèbres. Le matin des funérailles, on enfermait les restes des glorieux soldats dans dix cercueils de cyprès, un par tribu ; on les plaçait sur des chars, et l'on y joignait un lit vide pour les hommes dont le corps s'était perdu. En avant du cortège marchaient le polémarque, les magistrats, les officiers; puis se
<oO LA GRÈCE AVANT ALEXANDRE.
pressait la foule des citoyens et des étrangers, que suivaient les femmes parentes. On se dirigeait vers le Céramique extérieur, jusqu'à la voie des tombeaux. Un orateur désigné par l'État montait sur une estrade et prononçait l'oraison funèbre. La cérémonie se terminait par un banquet national, payé par l'État, organisé par les pères et les frères des morts. Pendant des siècles, les Athéniens célébrèrent régulièrement des funérailles publiques. Et tous les ans, dans un service que dirigeait le polémarque, on fêtait les morts enterrés aux frais de l'État.
Les différentes cités grecques ont imité, en les combinant, les institutions militaires de Sparte et d'Athènes. Partout, à dix-huit ans, on est éphèbe; à vingt, on entre dans l'armée active, que l'on quitte à quarante ou à cinquante, pour rester jusqu'à soixante dans l'armée territoriale. Les citoyens composent les corps d'hoplites et de cavaliers. Les troupes légères se recrutent parmi les pauvres gens, les étrangers, les esclaves, les mercenaires. Divers pays ont des corps d'élite, comme la garde royale de Sparte, les Trois-Cents d'Élis et de Béotie, le bataillon sacré de Thèbes, les Mille d'Argos, les Eparites de la ligue arcadienne. Les corps d'hoplites se divisent en ^'jXai ou Tay^ui-aTa et en Xo/ot, conduits par des taxiarques et des lochages. Toujours le service dans la cavalerie est une liturgie imposée aux riches ; à Corinthe, les veuves et les orphelins fournissent de l'argent pour l'achat et l'entretien des chevaux. Les corps de cavaliers forment des divisions et des escadrons, commandés par des hipparques, des phylarques ou des ilarques. L'ensemble de l'armée est dirigé par des polémarques, comme en Béotie, à Phlionte, à Mantinée, à Ambracie, ou par des stratèges, comme dans beaucoup de cités. Polémarques ou stratèges, outre leurs fonctions militaires, ont partout d'importantes attributions politiques.
Dans la plupart des pays grecs, on trouve des corps de troupes légères. On s'en servait pour jeter le désordre dans les rangs ennemis avant d'engager les corps d'ho-
L'ETAT. <o1
plites, et en temps de paix pour faire la police. Les troupes légères n'avaient pas d'armes défensives. On leur donnait divers noms suivant la nature de leurs armes offensives. C'est ainsi que l'on distinguait les corps de toxotes ou d'archers, de sphendonètes ou frondeurs, d'acontistes ou lanceurs de javelots. Des rois, des tyrans imaginèrent de louer à l'étranger des mercenaires armés à la légère pour s'en faire une garde du corps. Bientôt les villes prirent l'habitude de recruter leurs troupes spéciales dans les pays renommés pour l'habileté à manier telle ou telle arme. Elles firent venir leurs frondeurs de Rhodes, de ïhessalie, de Thrace; leurs archers, de Crète et de Scythie; les lanceurs de javelots, d'Étohe, d'Acarnanie, d'Arcadie. Ces troupes étrangères tiennent une place de plus en plus importante dans les armées grecques, surtout depuis l'exemple donné par Brasidas en Chalcidique et par les Athéniens en Sicile. Les Dix mille étaient tous des mercenaires, dont beaucoup équipés en hoplites. Iphicrate, dans la guerre de Corinthe, organisa des corps de peltastes. Avec leur cuirasse de lin, leur petit bouclier de bois ou d'osier couvert de cuir en forme de croissant, leurs jambières de peau, leurs javelots, leur lance et leur longue épée, les peltastes constituaient un corps intermédiaire entre les troupes légères et les hoplites. Dès lors, on rencontre fréquemment en Grèce des armées entièrement composées de mercenaires. Il se forme même, en dehors des cités, des troupes indépendantes avec officiers et stratèges, qui se mettent à la solde du plus offrant. Athènes a dix-sept mille mercenaires au temps de Démosthène. On ne peut plus décider les citoyens à servir eux-mêmes. Isocrate se plaint de ne plus voir dans l'armée que des mercenaires et des vagabonds.
En même temps changea la tactique. Jusqu'à la fin du V* siècle, les hoplites décidaient presque seuls le sort des batailles. Les Dix mille et les généraux de la guerre de Corinthe, surtout Chabrias et Iphicrate, modifièrent les conditions du com-
bat. On donna plus de profondeur aux corps d'hoplites; surtout l'on fit un emploi méthodique des troupes légères et des cavaliers. Epaminondas imagina la ligne de bataille obhque; l'offensive fut réservée à l'aile gauche, plus profonde, composée des meilleures troupes et soutenue par des charges de cavalerie. A l'organisation compliquée de la phalange macédonienne aboutit l'art militaire chez les Grecs.
§ 7. La marine^. — Pendant l'âge héroïque, les vaisseaux n'avaient servi qu'à transporter les combattants. Au vm® siècle avant notre ère, les Corinthiens inventèrent le navire de guerre à trois rangs de rames superposées. C'est la trière hellénique, qui jusqu'à la fin du moyen âge est restée le type du vaisseau de combat dans la Méditerranée. Denys de Syracuse et les Ptolémées construisirent des navires à quatre, cinq, dix rangs et plus ; mais, jusqu'au temps d'Alexandre, la trière a seule joué un rôle actif dans la marine militaire des Hellènes. Les vaisseaux de guerre, longs, minces, conduits surtout à la rame, se distinguaient nettement des vaisseaux marchands ou des navires de transport, plus arrondis, plus larges, presque toujours menés à la voile.
Au miheu du va® siècle s'était livré, entre les flottes de Corinthe et de Corcyre, le plus ancien combat naval dont les Grecs eussent conservé le souvenir. Corinthe, Milet, Samos ont possédé des marines de guerre importantes. Mais, dès le commencement du Y® siècle, Athènes devint la première puissance maritime. C'est là qu'il faut étudier surtout l'organisation navale d'un grand État grec.
La flotte athénienne, sans doute constituée par Solon, développée par Pisistrate et ses fils, décida de la victoire des
1. Bœckh, Urkunden iiber das Seewesen des attischen Staates, 1840; Graser, De veterum re navali, 1864; A.Breusing, DieNaiitik der Alten, 188G; Carlault, la Trière athénienne, 1881; Jurien de La Gravière, la Marine des anciens.
Hellènes à Salamine et à Mycale. Thémistocle fit voter une loi qui ordonnait de construire au moins vingt trières par an et enjoignait au sénat d'y veiller. Au temps de la confédération attico-délienne, grâce à des efforts persévérants et aux tributs des alliés, Athènes put entretenir constamment une escadre de soixante trières dans la mer Egée. Aux v® et iv^ siècles, ses flottes réunies comptaient d'ordinaire trois à quatre cents vaisseaux.