Partie centrale d'une trière. (D'après un bas-relief d'Athènes
Ath'ènes n'avait anciennement qu'un port, celui de Phalère. Thémistocle aménagea les trois baies de la presqu'île du Pirée, c'est-à-dire le Pirée proprement dit, Zéa et Munychie. Les Longs-Murs, bâtis par les soins du même Thémistocle, de Cimon et de Périclès, relièrent tous les ports à la capitale. Périclès compléta cette œuvre en faisant construire des bassins, des quais, des digues, des môles munis détours, de bastions et de chaînes. Dès lors, Athènes eut cinq ports : deux ports de commerce, Phalère et l'Emporion du Pirée; et trois ports miUtaires, Zéa, Munychie et le Kantharos. L'Emporion occupait tout le rivage sud-est de la grande rade du Pirée. De là jusqu'à l'agora d'Hippodamos s'étendaient des entrepôts,
des magasins, des halles, des marchés, des portiques. Des magistrats spéciaux circulaient sans cesse dans ce quartier remuant et le long des quais : c'étaient les épimélètes de l'Emporion, les sitophylaques, qui surveillaient le commerce des blés, les elliménistes, qui prélevaient les droits de port. Le Kantharos occupait tout le côté méridional de la rade du Pirée ; il était bordé, comme Zéa, par les magasins et les chantiers des arsenaux (xà v£c6pia). Autour des bassins de Munychie et de Zéa s'ouvraient les loges des vaisseaux (vewGotxoi), construites par Thémistocle et Périclès, et qu'on visite encore : c'étaient des cales couvertes, aménagées pour radouber ou conserver les navires dans l'intervalle des campagnes. Au nord-est de la baie de Zéa se dressait la Skeuothèque de Philon, un vaste édihce que nous connaissons par le contrat de construction et le devis ; on y plaçait les agrès, tout le matériel de la marine de guerre, dont on faisait régulièrement l'inventaire ^
A l'origine, chacune des naucraries, organisées par Solon et réorganisées par Clisthène, devait fournir, en cas de besoin, un vaisseau. Depuis l'époque de Thémistocle, l'État prit directement à son compte les constructions navales. Une commission de dix triéropes surveillait les travaux et faisait exécuter les clauses des contrats acceptés par les entrepreneurs. Les arsenaux étaient dirigés par dix épimélètes {i-llJ.ûcf^'zcà twv vecopicov). Au commencement d'une guerre, on nommait des délégués extraordinaires {àT.oG-:oktï<;) chargés de presser les armements et l'envoi des secours votés par le peuple. Parfois même on créait une sorte de dictateur de l'arsenal, qu'on appelait l'épistate de la marine. Tous ces commissaires dressaient des inventaires, tenaient registre des vaisseaux et agrès, des sommes dépensées, de tous les incidents sur-
1. L'Arsenal de Philon, contrat pour la construction de la Skeuothèque à Zéa. (Bull, de corr. hell., 1882.) ^'oJ■ez aussi Choisy, V Arsenal de Philon, 1883.
venus dans les ports militaires. Ils rendaient des comptes au Sénat, spécialement chargé de surveiller la marine.
L'armement d'une flotte était l'objet d'une liturg-ie, la triérarchie, imposée aux citoyens de la première classe censitaire. Ceux qui ne pouvaient servir eux-mêmes contribuaient du moins de leur fortune et se faisaient remplacer par une personne de leur dème.
Anciennement, chaque liturge devait équiper une trière. Depuis la fin du V® siècle, on autorisa deux citoyens à s'associer pour la dépense. Au IV® siècle, les douze cents Athéniens les plus riches furent répartis en vingt symmories. Chaque symmorie, composée de soixante personnes, équipait une ou plusieurs trières, suivant les besoins de l'État, et fournissait les commandants de ces navires. Un collège des Trois-Cents, qui
comprenait les quinze citoyens les plus riches de chaque subdivision, répondait de la prestation totale. Mais souvent les membres de ce collège s'entendaient pour rejeter sur autrui
Victoire de Samothrace. (Musée du Louvre.)
la plus lourde charge. Aussi Démosthcne demanda et fit voter une taxation proportionnelle aux ressources de chacun. Les citoyens des diverses symmories furent répartis en groupes, où le total des fortunes était de dix talents; chaque groupe fut frappe d'une contribution égale, déterminée par les besoins de l'État.
La cité fournissait la coque de la trière, les rames, les voiles, les cordages. Les triérarques devaient pourvoir à tous les détails, entretenir le vaisseau, quelquefois même payer les officiers subalternes. L'assemblée d'Athènes avait-elle ordonné d'armer une flotte, les stratèges, "d'après les registres de la triérarchie, désignent les groupes auxquels incombent les charges. Chaque groupe choisit le commandant du vaisseau qu'il équipe. Les triérarques courent au Kantharos, à Zéa, à Munychie ; ils tirent des cales le navire que leur attribue l'Etat ; ils se font livrer à la Skeuothèque les divers agrès auxquels ils ont droit. Tous se hâtent de mettre la trière en situation de prendre la mer, de réunir et d'exercer leurs matelots. Là-bas, à l'entrée d'une jetée, sur \e Klmna, siège le conseil des Cinq-Cents ; il s'est transporté au Pirée pour présider à l'armement de la flotte ; il réserve des couronnes aux trois triérarques qui arriveront les premiers au Khôma avec leur navire et leur équipage tout prêts.
Pour la marine, les stratèges enrôlent surtout les thètes, les citoyens de la quatrième classe, que la constitution de Solon dispensait du service militaire. Mais on y peut appeler, en cas de besoin, les citoyens de toutes classes. S'il le faut, on prend des étrangers, même des esclaves. Périclès fît établir une solde pour la marine, comme pour l'armée de terre. Chaque matelot recevait trois oboles par jour. Mais le salaire pouvait s'élever jusqu'à une drachme. Il variait non seulement suivant les circonstances, mais encore suivant la fonction remplie sur le navire.
La flotte est dirigée par un ou plusieurs stratèges. Chaque
vaisseau est commandé par le triérarque, c'est-à-dire par le citoyen qui a équipé la trière. Le triérarque a sous ses ordres un pilote, un maître charpentier, un kéleuste ou quartiermaître, chef des rameurs ; des officiers et sous-officiers pour chacun des groupes de matelots ou de soldats. L'équipage d'une trière comprend d'ordinaire près de deux cents hommes ; dix épibates ou soldats de marine, soixante-deux thranites ou rameurs du banc supérieur, cinquante-huit zugistes au banc intermédiaire, cinquante-quatre thalamites au banc inférieur. Les officiers maintiennent une discipline sévère. Les fautes graves sont punies après la campagne. Les stratèges intentent des actions publiques pour désobéissance, pour abandon d'un navire (YpaoT] XizovauTfou) , pour désertion au moment du combat (ypa^'/jàvautjiaytou). Les coupables sont traduits devant des jurys ou des conseils de guerre nommés par le peuple.
Telle est, dans ses traits essentiels, l'organisation de la marine athénienne. Les divers États grecs l'ont imitée. On retrouve, en beaucoup d'endroits, des ports, des bassins analogues à ceux de l'Attique. On visite encore des loges de vaisseaux à Cenchrées et Léchaeon, les deux ports de Corinthe; à Cyzique, à Rhodes, à Syracuse. On connaît à Carystos des surveillants des ports, et des triérarques à Halicarnasse, à Rhodes, à Samos. Mais beaucoup d'États, contrairement au système athénien, séparaient nettement le commandement sur terre et sur mer ; ils confiaient leurs flottes à des chefs spéciaux, des navarques ou amiraux.
Sparte n'avait que dix vaisseaux à Salamine. Dans ses guerres contre Athènes, elle eut une marine par nécessité, non par goût. Elle ne recrutait l'équipage de ses navires que parmi les hilotes et les périèques. Sa flotte était commandée par un navarque, que désignaient les éphores et à qui l'on imposait un conseil. On se méfiait des amiraux : on ne les nommait que pour un an, et ils étaient rarement réélus. En réafité, Sparte ne compte guère dans l'histoire de la marine
hellénique. Elle a suivi à contre-cœur l'exemple des Athéniens, les créateurs du grand art nautique chez les Grecs.
Longtemps les vaisseaux ne servirent qu'à transporter des hoplites ou des troupes légères. On accostait, on combattait à l'abordage comme sur terre. A la bataille de Sybota, en 432, les Gorcyréens, avec leurs cent trente navires, les Gorinthiens, avec leurs cent cinquante trières, luttent encore à la façon antique. Gependant, dès le début du v^ siècle, des chefs novateurs avaient commencé à ranger les vaisseaux sur une ou plusieurs lignes, en croissant ou en cercle, pour arrêter ou enfermer l'ennemi. C'était le point de départ d'une nouvelle tactique qui ferait dépendre le résultat de l'habileté à manœuvrer une trière et une flotte. Gette tactique a été surtout développée et perfectionnée par Athènes.
Les manœuvres offensives des flottes grecques au iv® siècle peuvent se ramener à deux types, le diekplous et le périplous. Pour exécuter le diekplous, on s'élance à toute vitesse le long du flanc d'un navire et l'on cherche à lui briser ses rames. Si l'on tente le périplous, on tâche de tourner à toute vitesse autour d'une trière pour lui porter par derrière ou sur le côté un coup d'éperon. Ges deux manœuvres peuvent être exécutées par un vaisseau isolé. Conduites à la fois par un grand nombre de bâtiments que montent des marins expérimentés, elles mettent la confusion dans la flotte ennemie et dispersent ses navires, dont on vient vite à bout isolément.
Pour la défensive aussi, l'on dispose de bien des ressources. Les vaisseaux attaqués se rapprochent les uns des autres pour ne point laisser de passage et pour rendre impossible le diekplous. On tâche de présenter toujours la proue ou de se maintenir dans une ligne parallèle au bord du vaisseau assaillant. Une flotte qui se sent inférieure à l'ennemi recherche les détroits, le voisinage des côtes. Si pourtant l'adversaire tente la manœuvre du périplous, on fait volte-face et l'on essaye de le pousser à la côte. Si le rivage est trop éloigné, on se
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forme en cercle, en tournant les proues vers le dehors ; on place au centre les vaisseaux plus faibles, et, en arrière, des navires légers se tiennent prêts à secourir le point menacé. Pour toutes ces manœuvres, les gros bâtiments de guerre des Grecs, tout hérissés de rames, avaient une mobilité, une rapidité et une souplesse merveilleuses. On n'a pas connu d'autre système naval ni d'autre tactique jusqu'à l'invention du canon.
§ 8. Les colonies^.
— Souvent la cité se prolonge au dehors par des colonies. Tantôt celles-ci font partie de l'État, tantôt elles en sont politiquement indépendantes. Aussi l'on distinguait en Grèce les àxoixtat, complètement autonomes, unies seulement à la métropole par des liens religieux, et les cléroitquies, simples annexes du territoire de la cité.
Les àzoiydCLi avaient été fondées surtout du vni^auvi^ siècle. Bien des causes avaient amené l'étabhssement de ces vieilles colonies. Souvent les émigrants fuyaient devant des conquérants étrangers, par exemple les tribus éoliennes et ioniennes
1. Raoul Rochette, Établissement des colonies grecques, 1815; Diesterweg, De jure coloniarum grœcarum, 1865; Lampros, De conditorum colonianim grœcarum indole prœmiisque et honoribus, 1873; Foucart, Mémoire sur les colonies d'Athènes, 1877; Kiepert, Atlas von Hellas und der hellenischen colonien. — Voyez aussi le Bull, de corr. hell., 1878, 1880, 1883.
Offrande à Athéna Polias
à l'occasion d'une victoire navale.
(Bas-relief du Louvre.)
devant les Doriens envahisseurs. Ou bien l'excès de population, la guerre civile forçaient une partie des citoyens à s'expatrier : c'est l'origine de Cyrène, de Tarente, de beaucoup de villes doriennes. Ou bien une cité entreprenante créait des comptoirs de commerce : c'est ainsi que Milet colonisa toutes les côtes de l'Euxin, et que les Ioniens établirent l'Hellénion d'Egypte. Parfois, l'initiative d'un particulier ou l'ordre d'un dieu mettait en mouvement une bande d'émigrants : par exemple, Archias de Corinthe fonda Syracuse, et l'oracle de Delphes envoya les Bottiens en Thrace, les Magnètes en Asie, les Eubéens à Rhégion. A l'époque historique, plusieurs colonies furent créées pour des motifs tout miHtaires : Amphipolis, Naupacte et Bréa n'ont eu à l'origine d'autre raison d'être que de fournir des points d'appui à la politique et aux armées d'Athènes. Conquête, excès de population, guerre civile, fantaisie d'un aventurier ou d'un oracle, commerce et précautions stratégiques : voilà les causes principales de la création des colonies grecques.
La troupe de colons se recrute un peu au hasard, suivant les circonstances. Parfois, dans une ville déchirée de factions, émigré un parti entier. Souvent, un État invite par une proclamation une partie des citoyens à chercher fortune ailleurs, ou il force de partir un membre de chaque famille désigné par le sort. Le plus fréquemment, un homme entreprenant invite les gens de bonne volonté à s'en aller avec lui.
On ne se met pas en route sans consulter un oracle sur le choix de l'emplacement. Le chef des émigrants, l'oekiste, emporte du feu sacré, pris au foyer de la ville où l'on s'embarque. Il a pleins pouvoirs pour organiser la future colonie. Il fixe la place duPrytanée, il invoque les divinités protectrices, il accomplit les rites consacrés pour la fondation des villes, il trace les rues, les carrefours; il délimite le domaine des dieux, il désigne les géonomes qui partagent le reste du sol en portions égales, et promulgue la constitution ; il est le premier
magistrat de la nouvelle cité. Après sa mort, il sera adoré comme le héros fondateur; il sera à jamais le principal protecteur de la ville qu'il a créée de toutes pièces.
Pour les établissements fondés à l'époque historique, souvent la métropole règle à l'avance les dispositions essentielles de l'organisation coloniale. C'est le cas pour la bande d'émigrants qui, au milieu du v^ siècle, partit de l'Attique et se fixa à Bréa en Thrace^ Un décret du peuple athénien décida que les colons seraient choisis dans les deux dernières classes censitaires, que tous seraient inscrits sur des stèles d'émigration, qu'ils seraient transportés sur trente vaisseaux, qu'ils recevraient leurs lots de terre par les soins de dix répartiteurs élus à Athènes, qu'ils respecteraient dans leur nouveau pays les domaines divins déjà existants, que d'ailleurs Démoclide, l'auteur de la proposition, aurait pleins pouvoirs pour organiser la colonie. C'est, on le voit, une conception nouvelle des rapports de l'à-otxta avec la métropole. Athènes ne réglera pas avec plus de soin la fondation de ses clérouquies.
D'ordinaire, les colonies ne s'établirent pas sans de violentes luttes contre les indigènes. Les Ioniens d'Asie Mineure, pour venir à bout des Carions qu'ils dépossédaient, durent massacrer les hommes et épouser les femmes. Cyrène et Syracuse, les Dorions de Crète, Byzance et Héraclée du Pont, Crotone et Sybaris réduisirent les barbares à la condition de serfs. Souvent se produisit une violente réaction des populations indigènes. Byzance eut à soutenir bien des luttes contre les Thraces, Chalcédoine contre les Bithyniens, Abdère contre les Triballes, Olbia contre les Scythes, Tarente contre les lapyges et les Lucaniens, Marseille contre les Gaulois et les Ligures. Dans ces longues guerres, les colons grecs n'eurent pas toujours l'avantage. Il suffit de rappeler l'histoire des cités de la côte d'Asie Mineure, qui ont subi tour à tour la domina-
tion des Cimmériens, des Lydiens, des rois de Perse, du Carien Mausole.
Les colons tenaient surtout à la métropole par un lien religieux. Ils avaient reçu d'elle le feu sacré de leur Prytanée. S'ils voulaient fonder à leur tour quelques comptoirs, ils devaient lui demander des oekistes pour conduire les bandes d'émigrants. Ils avaient adopté ses principaux cultes et accueillaient les grands prêtres désignés par elle. Ils envoyaient des théories et des offrandes à ses fêtes. Aux grandes processions de Corinthe étaient représentées toutes ses colonies. Bréa, d'après la charte de fondation, devait expédier à Athènes un taureau et deux brebis pour les Panathénées et les Dionysies. La colonie devait témoigner à sa métropole une sorte de piété filiale. On évitait d'en venir aux mains. On s'aidait réciproquement en cas de danger. Les alliés d'Athènes devaient même secourir les colons de Bréa.
Parfois aussi l'on saisit entre la colonie et la métropole une sorte de lien politique. Le plus souvent, les deux cités sympathisaient naturellement en vertu de l'analogie de leurs constitutions. Nous savons même que Corinthe envoyait tous les ans à Potidée des magistrats appelés épidémiurges. Aux bords de la mer Noire, Kérasos, Kotyora et Trapézonte payaient un tribut annuel à leur métropole Sinope, qui avait conquis sur les barbares le territoire de ces villes. Une curieuse table en bronze nous a conservé une loi des Locriens Opontiens qui réglait leurs relations avec leurs colons de Naupacte. D'abord les nouveaux habitants de Naupacte s'engagent par serment à ne nuire en rien aux Locriens Opontiens. Un colon ne peut rentrer en Locride, s'il ne laisse à sa place dans sa nouvelle patrie un fils ou un frère. En cas de mort d'un colon, son plus proche parent demeuré en Locride doit, dans les trois mois, aller prendre possession de son héritage. Les Locriens et les colons de Naupacte forment politiquement deux États autonomes ; mais ils sont entre eux comme deux frères devenus
tous deux chefs de famille. Dans les établissements créés à l'époque historique, on voit se resserrer de plus en plus le lien entre la métropole et la colonie.
La colonisation grecque prit en deux ou trois siècles un prodigieux développement. A la suite des migrations thessalo-doriennes, des bandes d'Ioniens, d'Éohens, de Doriens occupèrent les îles et les côtes d'Asie Mineure. De Chalcis et d'Érétrie partirent d'innombrables émigrants pour l'Itahe et la Thrace. Des Corinthiens s'établirent à Leucade, à Corcyre, à Ambracie, à Apollonie, à Syracuse ; des Mégariens à Ghalcédoine, Byzance, Héraclée; des Phocéens au bord de l'Adriatique, sur les rivages de Gaule et d'Espagne. Milet fonda quatre-vingts villes ou comptoirs sur l'Hellespont, la Propontide et l'Euxin. Les Grecs couvrirent de leurs colons toutes les côtes de la Méditerranée, sauf la Phénicie et la région de l'Atlas.
Les clérouquies appartiennent exclusivement à l'époque historique, à la période de la colonisation méthodique. Ce sont des étabhssements officiellement fondés par l'État sur des terres qu'il possède en toute propriété. Ils sont partie intégrante du territoire de la métropole. Les colons restent membres de la cité au même titre que les autres citoyens.
On fonde une clérouquie pour occuper solidement un pays conquis, ou pour tenir en respect certains aUiés, ou pour améhorer le sort d'une partie des citoyens pauvres, pour augmenter le nombre des propriétaires et des hoplites. Mais, qu'on l'établisse pour des raisons militaires, poHtiques, économiques ou sociales, la colonie d'État a toujours les mêmes caractères.
La cité doit se procurer d'abord le terrain nécessaire. Souvent elle le possède par droit de conquête. Parfois, elle l'obtient par contrat, elle se le fait céder à l'amiable par une ville sujette moyennant une diminution de tribut. Au besoin, elle l'achète.
Un décret du Sénat et du peuple décide l'envoi de clérouques en un endroit déterminé, fixe tous les détails d'organisation, désigne l'oekiste qui sera honoré plus tard comme héros fondateur, et lui adjoint des commissaires. L'État fournit les moyens de transport, les armes et l'argent. Les colons sont choisis en nombre égal dans toutes les tribus. Du sol on fait trois parts : celle des dieux, celle de l'État fondateur qui afferme ce domaine et en tirera un revenu, celle des clérouques. Le terrain concédé est partagé entre les tribus et coupé en
autant de lots qu'il y a de colons.
Chaque lot est assigné par le sort.
Avec les rites consacrés, on trace l'enceinte de la ville, les murs, les rues, les limites
Monnaie de Clazomène. dcS tcmplcS Ct du
domaine public.
Le territoire de la clérouquie reste territoire de l'État. Les colons sont citoyens, eux et leurs descendants. A dix-huit ans, ils viennent dans la capitale se faire inscrire au registre de leur dème. ils reçoivent l'éducation éphébique. Ils sont exemptés des liturgies, mais doivent le service militaire et les impôts ordinaires ou extraordinaires. Ils sont soumis à tous les décrets de l'assemblée et du Sénat. Ils participent aux mêmes cultes; ils envoient des représentants aux fêtes. Les procès importants sont jugés par les tribunaux de la capitale.
Les clérouques gardent une assez grande autonomie municipale. Ils ont un Prytanée, une assemblée populaire, un Sénat, des magistrats élus. Parfois même, comme à Myrina ou à Héphaestia, ils frappent des monnaies de cuivre. Mais ils ne peuvent rien changer à leur organisation sans y être autorisés
par l'État. Athènes envoie dans ses clérouquies un épimélète chargé de surveiller les assemblées et les magistrats locaux, de présider aux levées d'hommes et d'impôts, de faire exécuter les décrets. Souvent, à côté des clérouques, subsistent des communes distinctes, de condition très diverse, tantôt sujettes, tantôt entièrement autonomes ; c'était le cas à Chalcis, à Erétrie, à Andros et Naxos.
On ne connaît bien que les clérouquies athéniennes. C'est à la fin du vi" siècle qu'Athènes commence à établir des colonies de citoyens. Elle suivit cette politique pendant tout le V® siècle. Elle fonda des communautés de clérouques à Chalcis, Érétrie et Oréos en Eubée; dans l'île d'Égine ; à Skyros, Imbros, Lesbos, My-
rina et Héphaestia de Lemnos, Samos, Mélos, Andros et Naxos, dans la mer Egée ; à Potidée, Skione et Torone, en Chalcidique ; à Éion et dans la Chersonèse de Thrace. Chaque progrès de la puissance territoriale d'Athènes est marquée par la création d'une clérouquie.
Les anciennes colonies, constituées en États indépendants, assuraient à leur métropole une grande autorité religieuse et morale. Elles facihtaient aussi l'extension de son commerce, comme il arriva pour Milet et Phocée, Chalcis et Corinthe. Avec les mêmes avantages, les clérouquies augmentaient encore la puissance politique et militaire d'une cité. Athènes a fondé en grand nombre des colonies de tout genre. Anciennement, elle avait couvert de ses émigrants l'ionie et les Cyclades, qui formèrent le noyau de la confédération atticodélienne et de l'empire athénien. Au v^ siècle, elle créa Amphi-
Tétradrachme de Thurii.
polis, Bréa, Thurium, des comptoirs dans le Pont, et elle établit des clérouquies dans tous les pays conquis. A tout cela, elle a dû de devenir et de rester longtemps le centre religieux et commercial, politique et militaire d'une grande partie du monde hellénique. Pour la colonisation, comme pour l'organisation sociale et l'éducation civique, comme pour le gouvernement et la justice, comme pour les finances, comme pour l'armée et la marine, Athènes présente le plus complet et le plus harmonieux développement de l'État grec.