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Foiicart, les A sscxia lions religieuses eti Grèce

Ces dieux d'Orient ont eu en Grèce des destinées très diverses. Parfois, ils se firent place dans le panthéon officiel des cités. Mais ils séduisaient d'autant plus les foules qu'ils conservaient mieux leur physionomie étrangère et restaient en dehors de l'État. L'influence des religions d'Orient se marque déjà très fortement au vi^ siècle dans les confréries orphiques qui renouvellent la théologie et la morale des Hellènes. Au V® siècle, les cultes exotiques commencent à séduire étrangement les foules. Le premier métragyrte qui se montre à Athènes est pris pour un fou dangereux, condamné à mort et jeté au Barathron : bientôt, sur l'avis d'un oracle, la cité fait amende honorable à la mémoire du métragyrte et élève un temple à Cybèle. Au temps de la guerre du Péloponèse arrive le dieu Sabazios ; sa prêtresse Ninus est punie de mort comme magicienne et empoisonneuse ; mais la dévotion nouvelle gagne vite les gens du peuple ; et Démosthène, pour discréditer Eschine et sa mère la prêtresse, en raille les extravagantes cérémonies. Dès lors, l'imagination grecque est conquise par l'Orient. On voit débarquer en foule les dieux bizarres de Syrie et d'Egypte, Adad et Atargatis, Osiris, Isis et cent autres. Ces rehgions étrai-

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Sacrifice offert par la prêtresse

d'un thiase

et banquet des membres du thiase.

gères s'acclimatent surtout dans les villes commerçantes, comme Athènes et Corinthe, Délos et Rhodes. Nous possédons d'innombrables ex-voto, des dédicaces, des hymnes, qui attestent le prestige de tous les dieux orientaux ^ Un jour vint où les fêtes les plus populaires de la Grèce furent les Cotytties, les Adonies, les Sabazies, les Isiaques. De plus en plus, l'imagination de la foule se complut dans le mystère et les symboles des religions exotiques.

Pour adorer ces divinités étrangères, se forment des confréries de tout genre, des thiases, des éranes, des orgéons. Ces pieuses associations sont désignées le plus souvent par le nom ou l'épithète du dieu leur patron. Elles s'ouvrent à tous ceux qui sont exclus des cultes officiels ou y jouent un rôle subalterne, aux femmes, aux esclaves, aux métèques. On n'y est admis qu'après un examen. Tous les membres paient un droit d'entrée et des cotisations régulières. Tous prennent part aux repas communs. La confrérie s'enrichit souvent par des donations-. Suivant ses ressources, elle siège dans une grotte, dans une maison, le plus souvent dans un temple bâti exprès. Parmi les plus célèbres sociétés de ce genre, on peut citer celles de la Mère des Dieux, de la déesse syrienne, de Sérapis, d'Isis, d'Artémis Nana, de Mithra, d'Héraklès Tyrien, de Zeus Garien, des Gabires, de Sabazios, d'Adonis, de Gotytto. Beaucoup n'ont d'autre objet que de célébrer en commun des cérémonies. Mais souvent, avec les mêmes formes religieuses, elles ont des visées plus profanes. Telles sont les confréries de matelots et de marchands à Délos, placées sous le patronage de Zeus Xénios et d'Héraklès Tyrien ; les sociétés d'assurance mutuelle, qui prêtent de l'argent à leurs membres en cas de maladie; les collèges funéraires, qui promettent à cha-

L Kaibel, Epigrammala grœca.

2. Voyez une donation de ce genre, au profil d'une communauté d'cranistes, dans le UuU. de corr. helL. 1880.

cun d'eux un tombeau ; les associations d'acteurs et d'artistes dionysiaques, dont les bandes exploitent la curiosité des villes de rionie et de l'Hellespont, de l'Attique, du Péloponèse, même de l'Egypte et de la Grande-Grèce ; les sociétés de plaisir, dont les membres s'engagent à payer leur part de joyeux pique-niques et à fournir leur contingent de bons mots ; les sociétés littéraires, comme cette confrérie des Amis des 31uses, fondée par Sophocle. Tous ces collèges sont constitués sur le modèle des associations purement dévotes. Ils ont une chapelle spéciale, un dieu favori, une caisse, un trésorier et des chefs élus. Des affaires et du plaisir ils ne séparent point la religion.

Beaucoup de confréries étaient des sociétés secrètes où l'on n'était admis qu'après de longues initiations. Tout se passait à huis clos, et les membres s'engageaient par serment à ne rien révéler de ce qu'ils voyaient ou entendaient. Dans les mystères clandestins originaires de Thrace ou d'Asie, dans les corporations de Ménades, de Corybantes, de Galles, se succédaient les scènes de fanatisme, les macérations, les extases, les orgies, comme dans les confréries actuelles du monde musulman. D'autres associations avaient surtout des préoccupations morales. Tels sont, par excellence, les groupes orphiques. Ils avaient emprunté à l'Egypte et à l'Asie beaucoup de nouveautés religieuses, l'habitude des expiations, des initiations, des cérémonies mystiques et des drames allégoriques. Ils exposaient leurs doctrines dans des hymnes et des poèmes, qui agirent indirectement sur la littérature de l'époque. Tous les groupes d'initiés correspondaient entre eux et comptaient aussi une foule d'adhérents isolés : l'orphisme avait des ramifications dans la Grèce entière. Dans l'Italie méridionale se développèrent surtout les loges pythagoriciennes. L'Institut de Pythagore était d'abord à moitié politique, ce qui lui attira de terribles persécutions. Aussi les loges se résignèrent peu à peu à n'être plus que des associations religieuses. On y menait

une vie ascétique, on y observait toutes les règles d'un rituel qui interdisait, par exemple, de manger des fèves ou de la viande. Le temps s'y passait en purifications, en exercices pieux, en cérémonies où l'on psalmodiait des formules liturgiques, où l'on écoutait en extase les récits sacrés. Dès qu'un confrère mourait, on enveloppait son corps d'une étoffe de lin, et il allait attendre sa résurrection dans le tombeau commun.

Les mystères prirent peu à peu une telle action sur les esprits qu'en plusieurs pays on les fit entrer dans la religion officielle. Mais ils ne se confondirent jamais avec les cérémonies ordinaires. Ils restèrent secrets, et l'on n'y était admis qu'individuellement, à la suite d'épreuves et d'initiations. La surveillance et la garantie de l'État n'en changeaient pas le caractère ; elles protégeaient seulement les confréries contre les excès de tout genre. On distingue en Grèce deux classes de grands mystères. Les uns sont très restreints : ils sont célébrés seulement par les prêtres et les personnes spécialement attachées au culte. Les autres ont une clientèle beaucoup plus nombreuse : ils sont accessibles à tous les gens qu'on veut bien accepter dans la confrérie et qui ont subi les épreuves réglementaires. Partout il est défendu, sous des peines très sévères, de révéler la liturgie aux profanes. Quelques-uns de ces mystères étaient lameux par toute la Grèce, par exemple ceux de Samothrace, ceux d'Andania en Messénie, ceux d'Isis, surtout les Éleusinies de rAttique,avec toutes leurs succursales fondées à l'étranger par des prêtres d'Eleusis.

Ces mystères, ces cultes particuliers pouvaient conserver un caractère élevé quand ils s'adressaient à une élite. Dès qu'on y admettait la foule, on y voyait germer les plus absurdes superstitions. Il n'est pas de folies que n'aient imaginées les métragyrtes, prêtres de la Grande Mère Phrygienne, les Sabaziastes, les Orphéotélestes, membres des associations orphiques populaires. La profession de devin était hbre : aussi,

SOUS ce nom respecté, pullulent les charlatans, les magiciens et les sorciers. Ils ont d'autant plus d'action sur les naïfs que les plus grands esprits, en Grèce, admettaient le surnaturel. Empédocle prétendait pouvoir prolonger la vie humaine, évoquer les morts, déchaîner l'ouragan. Les grimoires venus d'Egypte et de Babylone, les livres sacrés trouvés, disait-on,

.Stèle funéraire de Pharsale.

dans le tombeau de Dardanos, ou ceux qu'on mettait sous le nom de Démocrite, surtout les ouvrages du Perse Osthanès, qui avait accompagné en Grèce l'armée de Xerxès, accréditèrent partout la magie orientale. Désormais, les sorciers surent appeler à eux les démons et les dieux, surtout les divinités étrangères, plus complaisantes et plus bavardes. Ils saluèrent en Hécate, confondue avec Artémis et Perséphoné, la reine des sortilèges. Avec des incantations, ils guérirent les blessures.

Avec des pommades et des infusions de plantes vénéneuses, ils se métamorphosèrent à volonté. On les soupçonne d'avoir le mauvais œil, de rendre malades ceux qu'ils regardent, surtout les enfants et les animaux domestiques. Gomme Aphrodite avec sa ceinture, les magiciennes, avec leurs philtres, savent forcer l'amour : c'est déjà l'industrie de Ninus, prêtresse de Sabazios, dans l'Athènes de Périclès. Pour les sorcières de Thessalie, c'est un simple jeu que de faire descendre la lune du ciel. Toutes ces croyances baroques se répandent si bien que, parfois^ elles sont officiellement acceptées. A Gorinthe, plusieurs fonctionnaires, les anémocœtes, étaient chargés de calmer les orages. A Gléones, on nommait des inspecteurs qui détournaient la grêle avec du sang de taupe. Sparte fit venir des exorcistes pour délivrer la ville du fantôme du roi Pausanias, mort de faim dans le temple d'Athêna Ghalciœkos. On peut juger par là de la créduhté des foules. Elles se pressent autour des charlatans pour interroger les Bœtyles, ces pierres mystérieuses qui s'agitent d'elles-mêmes, s'élèvent dans l'air, et d'où sort la voix des démons. On admire les fanatiques qui, par des danses extatiques, par un charivari de cymbales et de tambourins, guérissent un patient, assis sur un escabeau. On suit les prêtres mendiants qui transportent la chapelle d'Isis sur le dos d'un âne et expHquent les rêves pour deux oboles. On écoute religieusement les Engastromythes ou ventriloques, en qui résonne la voix d'un dieu. Pour se défendre des sortilèges, on recueille avec soin les feuilles de laurier, l'épine vinette, la scille marine; on plante devant sa porte un arbuste protecteur; on suspend aux branches des têtes et des pattes d'animaux; on prend sur soi, même dans sa bouche, des morceaux de bois ; on garde précieusement des poupées, des figurines bizarres, sculptées ou peintes, couvertes de grimoires ; on enferme dans sa bourse une bande de parchemin noircie de formules éphésiennes ; on se charge d'amulettes; on se tatoue.

Voilà où aboutit en Grèce la dévotion populaire. La fantaisie mystique a pu conduire une élite à une morale élevée ; elle livrait la foule aux plus grossières superstitions. C'est un peu la faute des religions officielles, qui demandaient principalement des pratiques et ne donnaient pas assez au sentiment intime, à l'esprit affamé de certitude. Mais, à vrai dire, les confréries ne sont qu'un épisode dans l'histoire morale des Hellènes. Il faut s'arrêter surtout à la religion réglée de la famille et de l'État.

§ 2. La religion dans la famille. — Chaque famille possède ses dieux domestiques, qu'elle seule a le droit et le devoir d'honorer ^ Ils sont de la même race, du même sang (©soi auYY£vîîç, (7'jvai[XGi) . Parmi eux, l'on peut distinguer trois classes :

1° Les ancêtres. Primitivement, on plaçait dans l'habitation même le tombeau commun. Plus tard, on le transporta en dehors, mais le plus près possible de la maison. A certaines dates anniversaires, on ne manque pas de visiter la sépulture, d'y prier pour les morts, d'y renouveler les offrandes ou d'y célébrer le repas funèbre. Au logis, l'on invoque, chaque jour, les protecteurs de la famille, Apollon Patroos, les dieux paternels (0£oi xa-pwGi), souvent aussi quelque héros considéré comme un ancêtre, quelque divinité indigène ou étrangère dont le culte est la propriété héréditaire des membres du Y£voç ;

2° Les dieux du foyer. Au centre de l'habitation, dans la salle qui fait face au couloir d'entrée, se dresse l'autel d'Hestia, sous la protection de Zeus EpJiestios, gardien du foyer, et de Zeus Herkeios, gardien de l'enclos;

3° Divers dieux, aux attributions précises, honorés à des places déterminées dans la maison. Les uns sont communs à

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